Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2009946
mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2009946 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 1er octobre 2020, 29 octobre 2021 et 18 avril 2022, Mme A D C épouse B demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions de rejet nées du silence gardé par le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Ile-de-France sur ses demandes des 4 novembre 2019 et 1er juillet 2020 tendant au versement de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) ;
2°) d'enjoindre au garde des Sceaux, ministre de la justice, de lui verser le montant correspondant.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées méconnaissent le décret n°2001-1061 du 14 novembre 2001 en ce qu'elle remplit les critères pour bénéficier de la NBI sur ce fondement dès lors que, d'une part, elle est fonctionnaire à l'accueil du secrétariat de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) qui se situe dans le ressort d'un contrat local de sécurité et, d'autre part, elle exerce ses fonctions dans un quartier situé dans une zone urbaine sensible ;
- elles méconnaissent l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 au regard des caractéristiques et de la technicité de son emploi ;
- elles méconnaissent l'article 1er de l'arrêté du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice dès lors qu'elle exerce ses fonctions en centre d'action éducative situé en zone urbaine sensible ;
- les décisions attaquées méconnaissent le principe d'égalité devant la loi dès lors que certains de ses collègues travaillant à l'UEMO de Sarcelles bénéficient de la NBI sur le fondement du décret du 4 décembre 2001.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, sa requête est tardive et dès lors irrecevable ;
- les moyens soulevés par Mme D C épouse B ne sont pas fondés.
Par un courrier du 7 mars 2024, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait l'administration pour refuser le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire sollicité sur le fondement des dispositions du décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice dès lors que Mme D C épouse B, adjointe administrative, n'entre pas dans le champ d'application de ces dispositions qui ne sont applicables qu'aux fonctionnaires exerçant un emploi listé par l'arrêté ministériel du 4 décembre 2001 fixant par département les emplois éligibles à la NBI au titre de mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice.
Mme D C épouse B a produit des observations sur ce moyen d'ordre public, enregistrées le 8 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n°91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n°2001-1061 du 14 novembre 2001 ;
- l'arrêté du 4 décembre 2001 fixant par département les emplois éligibles à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;
- le code de justice administrative.
Par ordonnance du 31 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2022.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fléjou,
- et les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C épouse B, née le 26 mai 1969, est adjointe administrative du ministère de la justice. Elle exerce les fonctions de secrétaire au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Sarcelles depuis le 1er octobre 2019. Par deux courriers, réceptionnés respectivement par l'administration les 4 novembre 2019 et 2 juillet 2020, elle a demandé à la directrice du service territorial éducatif en milieu ouvert (STEMO) du Val-d'Oise le bénéfice de quinze points de nouvelle bonification indiciaire (NBI) en application des décrets n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 et n° 2001-1385 du 31 décembre 2001. L'administration a gardé le silence sur ces demandes. Par la présente requête, Mme D C épouse B demande l'annulation de ces décisions implicites de rejet et à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de lui verser les sommes qui lui sont dues, selon elle, à ce titre.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret ". Aux termes de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret ". Figurent dans cette annexe, dans sa version en vigueur avant le 1er janvier 2015, les fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse exercées " () 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des zones urbaines sensibles ; / 2. En centre d'action éducative situé en zone urbaine sensible ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité " et, dans sa version applicable à partir du 1er janvier 2015, les fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse exercées " () 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. () ". Il résulte de ces dispositions que l'emploi d'adjoint administratif ne figure pas dans la liste, fixée par l'arrêté du 4 décembre 2001, de ceux qui sont éligibles à la NBI au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice dans le Val-d'Oise.
3. Mme D C épouse B soutient qu'en tant que fonctionnaire de catégorie C exerçant les fonctions d'adjointe administrative à l'UEMO de Sarcelles, qui se trouve dans le ressort d'un contrat local de sécurité et dans une zone urbaine sensible, elle avait droit au bénéfice de la NBI sur le fondement du décret du 14 novembre 2001 susvisé. Toutefois, il résulte des dispositions précitées, en particulier de celles de l'arrêté du 4 décembre 2001, que les fonctionnaires exerçant les fonctions d'adjoint administratif dans le département du Val-d'Oise ne sont pas éligibles à la NBI. Par suite, Mme D C épouse B n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplissait les conditions pour en bénéficier. Les moyens tirés de la méconnaissance du décret n°2001-1061 du 14 novembre 2001, du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 et de l'article 1er et de l'annexe du décret du 14 novembre 2001, ne peuvent dès lors qu'être écartés.
4. En second lieu, si Mme D C épouse B soutient, sans au demeurant l'établir, qu'un " certain nombre de professionnels " du département du Val-d'Oise bénéficie de la NBI, cette circonstance n'est en tout état de cause pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée dès lors que le principe d'égalité ne peut être utilement invoqué dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir pour obtenir un avantage illégal.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le ministre en défense, que les conclusions à fin d'annulation des décisions de rejet nées du silence gardé par l'administration sur les demandes de Mme D C épouse B tendant à l'attribution de la NBI doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme D C épouse B doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D C épouse B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D C épouse B et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La rapporteure,
signé
V. Fléjou
La présidente,
signé
E. Drevon-CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2009946
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026