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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2010030

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2010030

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2010030
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFISCAREA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par cette requête enregistrée le 5 octobre 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Sculpture, représentée par Me de Montgolfier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés, en droits et pénalités, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la procédure est entachée d'une irrégularité dès lors que l'administration a méconnu l'article 47 A II du livre des procédures fiscales en procédant aux traitements informatiques sans tenir compte de l'option choisie par la société vérifiée de le faire elle-même, la privant ainsi d'une garantie ;

- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;

- c'est à tort que l'administration a rejeté la comptabilité de la société vérifiée en méconnaissance de l'article 242 nonies A de l'annexe II au code général des impôts, dès lors qu'aucune disposition légale n'impose l'édition de tickets de caisse numérotés, que l'administration aurait pu opérer un traitement informatique afin de constater l'effectivité des prestations en litige et que le logiciel Crystone est agrée ;

- c'est à tort que l'administration a utilisé les données obtenues à l'occasion du traitement informatique effectué par elle, alors que le contribuable avait choisi d'y procéder.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par la SARL Sculpture ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Froc, conseillère ;

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par lettre en date du 19 novembre 2019, l'administration fiscale a informé la SARL Sculpture, en sa qualité de société mère d'un groupe fiscal intégré au sens de l'article 223 A du code général des impôts, des conséquences financières sur les résultats de l'ensemble du groupe, pour les exercices clos en 2015, 2016 et 2017, des redressements effectués sur les résultats de la SARL Haut'Coiff, qui exploite un salon de coiffure à Cergy-Pontoise. La SARL Sculpture a, par une réclamation du 9 janvier 2020, contesté les impositions mises à sa charge. Par la présente requête, la SARL Sculpture demande la décharge des suppléments d'impositions mises à sa charge en conséquence du rehaussement opéré au niveau de la société Haut'Coiff.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " () II. - En présence d'une comptabilité tenue au moyen de systèmes informatisés et lorsqu'ils envisagent des traitements informatiques, les agents de l'administration fiscale indiquent par écrit au contribuable la nature des investigations souhaitées. Le contribuable formalise par écrit son choix parmi l'une des options suivantes () b) Celui-ci peut effectuer lui-même tout ou partie des traitements informatiques nécessaires à la vérification. Dans ce cas, après, le cas échéant, la remise des copies prévue au second alinéa du présent b, l'administration précise par écrit au contribuable, ou à un mandataire désigné à cet effet, les travaux à réaliser ainsi que le délai accordé pour les effectuer. Les résultats des traitements sont alors remis sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget ; / Toutefois, à la demande de l'administration, le contribuable met à sa disposition, dans les quinze jours suivant cette demande, les copies des documents, données et traitements soumis à contrôle. Ces copies sont produites sur tous supports informatiques répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget. L'administration peut effectuer sur ces copies tout ou partie des traitements informatiques nécessaires à la vérification. Dans ce cas, l'administration communique au contribuable, sous forme dématérialisée ou non, au choix du contribuable, le résultat des traitements informatiques qui donnent lieu à des rehaussements au plus tard lors de l'envoi de la proposition de rectification mentionnée à l'article L. 57 .".

3. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que la circonstance que le contribuable choisisse de procéder aux traitements informatiques ne fait pas obstacle à ce que l'administration procède à des traitements informatiques qui lui paraîtraient nécessaires à la vérification, sous réserve d'en transmettre le résultat au contribuable au plus tard à la date de notification de la proposition de rectification. Il n'est pas contesté en l'espèce que le service a communiqué les conclusions des traitements informatiques effectués par le service au moyen d'un CD-ROM joint à la proposition de rectification en date du 20 décembre 2018. Dans ces conditions, la SARL n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance par l'administration des obligations découlant des dispositions précitées de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales.

4. Aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales : " I.-Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts ; () 4° En cas de graves irrégularités privant de valeur probante la comptabilité. Dans ce cas, la vérification sur place ne peut s'étendre sur une durée supérieure à six mois ; () III () / En cas de mise en œuvre du II de l'article L. 47 A, la limitation à trois mois de la durée de la vérification sur place est prorogée de la durée comprise entre la date du choix du contribuable pour l'une des options prévues à cet article pour la réalisation du traitement et, respectivement selon l'option choisie, soit celle de la mise à disposition du matériel et des fichiers nécessaires par l'entreprise, soit celle de la remise des résultats des traitements réalisés par l'entreprise à l'administration, soit celle de la remise des copies de fichiers nécessaires à la réalisation des traitements par l'administration. ".

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'à l'occasion des opérations de contrôle, le service a relevé des anomalies dans la gestion du logiciel de caisse. En particulier, il a constaté que le logiciel Crystone, bien qu'utilisant un système de chaînage qui aurait dû permettre de s'assurer qu'aucune facture ne disparaisse, certaines de ces factures présentes dans la table " LIGNFACT " n'existent plus dans la table " FACTURE ", ce qui empêche l'administration de s'assurer que la totalité des tickets ont été utilisés pour justifier les recettes comptabilisées. D'autre part, le service a constaté qu'il était techniquement possible pour le logiciel de gérer des systèmes secondaires de numérotation de tickets et de les faire disparaître sans possibilité d'identifier l'existence préalable des factures supprimées. Enfin, le service a mis à jour une fonction permissive du logiciel, utilisée à de multiples reprises par les salariés, permettant de créer des factures avec des montants négatifs ne correspondant pas à des avoirs et n'étant pas rattachés à des factures. La société SARL Sculpture, en se bornant à soutenir qu'aucune disposition légale n'impose l'édition de tickets de caisse numérotés et que le logiciel Crystone est agrée, ne contredit pas lesdites constatations, qui sont, à elles seules suffisamment graves, pour retirer à sa comptabilité toute valeur probante. La comptabilité de la requérante étant ainsi entachée de graves irrégularités, la vérification de comptabilité pouvait s'étendre sur une durée de six mois en application des dispositions rappelées ci-dessus de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la première intervention sur place a eu lieu le 29 mars 2018. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 5, la comptabilité de la société étant entachée de graves irrégularités, l'administration l'a rejetée par procès-verbal du 31 juillet 2018, étendant le délai de vérification à six mois. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société ayant décidé de réaliser les traitements informatiques, le délai prévu par l'article L. 52 du livre des procédures fiscales devait être prorogé d'une durée égale à la durée entre le 26 avril 2018, date à laquelle la société a opté pour le b du II de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales, et le 12 septembre 2018, date de remise des fichiers issus des traitements informatiques par la société, soit d'un délai de 107 jours. Dès lors que la vérification a pris fin le 7 décembre 2018, le moyen tiré de la méconnaissance du délai prévu à l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

7. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. () ". L'alinéa 2 de l'article R. 123-174 du code de commerce dispose que : " Tout enregistrement comptable précise l'origine, le contenu et l'imputation de chaque donnée ainsi que les références de la pièce justificative qui l'appuie. ". Aux termes de l'article 242 nonies A de l'annexe 2 du code général des impôts : " I. - Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : () 7° Un numéro unique basé sur une séquence chronologique et continue ; la numérotation peut être établie dans ces conditions par séries distinctes lorsque les conditions d'exercice de l'activité de l'assujetti le justifient ; l'assujetti doit faire des séries distinctes un usage conforme à leur justification initiale ; () ".

8. Par ailleurs le plan comptable général, dans sa version applicable à la date des exercices contrôlés, prévoit à son article 922-2 que " Chaque écriture s'appuie sur une pièce justificative datée, établie sur papier ou sur un support assurant la fiabilité, la conservation et la restitution en clair de son contenu pendant les délais requis.". L'article 911-3 du plan comptable général prévoit également que " L'organisation du système de traitement permet de reconstituer à partir des pièces justificatives appuyant les données entrées, les éléments des comptes, états et renseignements, soumis à la vérification, ou, à partir de ces comptes, états et renseignements, de retrouver ces données et les pièces justificatives. ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 5, eu égard aux éléments constatés par le service sur toute la période contrôlée, de nature à priver de son caractère sincère et probant l'ensemble de la comptabilité présentée, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'existence de graves irrégularités entachant la comptabilité de la SARL Sculpture justifiant qu'il soit procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires au cours de la période vérifiée.

10. La société SARL Sculpture conteste les rehaussements dont elle fait l'objet soutenant que les traitements informatiques effectués par le service ne prennent pas en compte les informations relatives aux doublons communiqués au moyen des fichiers issus des traitements informatiques qu'elle a opérés et remis à l'administration le 12 septembre 2018. D'une part, ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 9, l'administration a, au cours des traitements informatiques qu'elle a effectués, décelé la fonctionnalité permissive du logiciel Crystone, lequel permettait de créer des factures avec des montants négatifs non rattachés à des factures et ne constituant pas des avoirs, et a établi que la comptabilité de la société n'était pas probante. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'administration s'est fondée, pour reconstituer le chiffre d'affaires, sur des éléments recueillis au sein de l'entreprise. Enfin, en se bornant à soutenir, au travers d'un argument confus et sans produire le moindre élément probant, que l'administration n'aurait pas pris en compte les éléments provenant des fichiers issus des traitements informatiques de la société concernant le retraitement des espèces et des cartes bleues, la société n'apporte aucun élément de nature à combattre utilement le calcul de l'administration.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL Sculpture doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société à responsabilité limitée Sculpture est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Sculpture et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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