mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2010032 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | MARCOIN-CHASSANG |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 30 septembre 2020, enregistrée le 2 octobre 2020 au greffe du tribunal, le président par intérim du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Versailles le 23 juillet 2020 et un mémoire complémentaire, enregistré le 19 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Marcoin-Chassang, demande au tribunal :
1°) la décharge, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) la décharge de l'obligation de payer la somme de 16 128 euros résultant de deux mises en demeure de payer émises le 16 janvier 2020 et de deux nouvelles mises en demeure de payer émises le 13 octobre 2020 par le comptable public en vue du recouvrement des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités y afférentes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les frais d'instance non compris dans les dépens au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure de vérification de comptabilité de la SAS BGC est irrégulière dès lors que le délai de vérification sur place de la comptabilité de 3 mois n'a pas été respecté, viciant de ce fait les redressements en matière d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux résultant des rehaussements adressés à la SAS BGC ;
- les deux mises en demeure de payer ne pouvaient pas être régulièrement employées à son encontre dès lors qu'il a demandé le bénéfice du sursis de paiement dans sa réclamation préalable du 5 février 2020 ;
- la majoration de 25% est contraire au principe d'égalité et ne doit porter que sur des sommes dont le contribuable a effectivement disposé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Les parties ont été informées, par un courrier du 2 février 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la demande en décharge de l'obligation de payer résultant des mises en demeure émises le 16 janvier 2020 par l'administration fiscale, était sans objet dès l'introduction de la requête, et donc irrecevable, puisque le sursis de paiement obtenu avant son enregistrement a rendu caduque cette obligation de payer.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) BGC a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. M. B, dirigeant de fait de la SAS BGC a fait l'objet d'un contrôle sur pièces. A la suite d'une proposition de rectification du 10 juillet 2017, le service lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux, au titre des années 2014 et 2015, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, à raison de revenus regardés comme distribués sur le fondement de l'article 111, c du code général des impôts. La réclamation préalable du requérant en date du 5 février 2020 a été rejetée par une décision du 23 avril 2020. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.
Sur les conclusions d'assiette :
2. En premier lieu, en vertu du principe d'indépendance des procédures, le requérant ne peut utilement invoquer la circonstance que la vérification de comptabilité dont la SAS BGC a fait l'objet se serait déroulée du 10 mars 2017 au 3 juillet 2017, soit au-delà de la durée de trois mois prévue par les dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales pour remettre en cause les rehaussements en matière d'impôts sur les revenus et de prélèvements sociaux issus des redressements de la SAS BGC. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a considéré que la comptabilité présentée par la SAS BGC sur la période vérifiée comportait des anomalies rendant la comptabilité de la société non probante. En particulier, le service a relevé que le relevé bancaire du mois de décembre 2015 n'a pas été enregistré en comptabilité, les produits de l'exercice ont été globalisés et enregistrés en comptabilité et correspondent aux encaissements des clients et non aux prestations facturées au cours de l'exercice, le solde de taxe sur la valeur ajoutée à régulariser a été soldé par le compte courant d'associé du gérant de la société, certaines dépenses ont été comptabilisées deux fois et d'autres, privées et personnelles, ont été inscrites en comptabilité. Dans ces conditions, compte tenu de ces graves irrégularités entachant la comptabilité de la société requérante, l'application du régime simplifié d'imposition n'ayant pas d'incidence sur leur gravité, c'est à bon droit que le service vérificateur a considéré que ladite comptabilité était privée de toute valeur probante. Dès lors, l'administration fiscale était en droit de prolonger, en application des dispositions du 4° du II de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, la durée de la vérification de comptabilité au-delà de trois mois, dans une limite, respectée par le service, de trois mois supplémentaires. Par suite, la procédure de vérification de comptabilité de la SAS BGC n'est pas viciée et l'administration était fondée à rehausser ses résultats au titre des exercices 2014 et 2015.
3. En second lieu, aux termes du 7 de l'article 158 du code général des impôts : " Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1, 25. Ces dispositions s'appliquent : / () 2° Aux revenus distribués mentionnés aux c à e de l'article 111, aux bénéfices ou revenus mentionnés à l'article 123 bis et aux revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice ". Aux termes du 1 de l'article 109 du même code : " Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués:/ (.) c. les rémunérations et avantages occultes () ".
4. D'une part, les dispositions précitées du 7 de l'article 158 du code général des impôts ont été introduites par le législateur dans le cadre d'une réforme globale de l'impôt sur le revenu qui prévoyait la suppression, à compter du 1er janvier 2006, de l'abattement de 20 % dont bénéficiaient les traitements, salaires, pensions et rentes viagères, en application du a du 5 de l'article 158 du code général des impôts, ainsi que les revenus professionnels des adhérents d'un centre de gestion ou d'une association bénéficiant d'un agrément, en application du 4 bis du même article, et la compensation de cette suppression par une réduction équivalente des taux du barème de l'impôt sur le revenu pour tous les contribuables. Compte tenu de la portée générale de cette mesure, le législateur a prévu, pour réserver aux seuls revenus précités le bénéfice de règles fiscales plus favorables, des mécanismes de majoration pour les contribuables ou les catégories de revenus imposables qui ne bénéficiaient pas jusqu'alors de l'abattement de 20 %, notamment pour les revenus de capitaux mobiliers. A cette fin, le 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts prévoit notamment, pour déterminer l'assiette imposable, l'application d'un coefficient de 1,25 pour les avantages occultes mentionnés aux c) à e) de l'article 111, les revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice et les revenus de l'article 123 bis du même code, qui sont imposés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
5. D'autre part, aux termes de l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : " Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ". Cette exigence ne serait pas respectée si l'impôt revêtait un caractère confiscatoire ou faisait peser sur une catégorie de contribuables une charge excessive au regard de leurs facultés contributives. En vertu de l'article 34 de la Constitution, il appartient au législateur de déterminer, dans le respect des principes constitutionnels et compte tenu des caractéristiques de chaque impôt, les règles selon lesquelles doivent être appréciées les facultés contributives. En particulier, pour assurer le respect du principe d'égalité devant les charges publiques, il doit fonder son appréciation sur des critères objectifs et rationnels en fonction des buts poursuivis. Cette appréciation ne doit cependant pas entraîner de rupture caractérisée de l'égalité devant les charges publiques.
6. Pour apprécier l'existence d'une charge excessive au regard des facultés contributives, il convient de prendre en compte l'ensemble des impositions portant sur le même revenu et acquittées par le même contribuable. En l'occurrence, pour les revenus de capitaux mobiliers visés par les dispositions contestées, il convient de cumuler l'impôt sur le revenu et la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, tous deux calculés en fonction d'une assiette majorée de 25 %, ainsi que les contributions sociales, puis de tenir compte de la déductibilité d'une fraction de la contribution sociale généralisée, prévue à l'article 154 quinquies du code général des impôts. Il en résulte que, sous l'empire de l'article 158 dans sa rédaction résultant de la loi du 28 décembre 2011, les revenus en cause étaient soumis à un taux marginal maximal d'imposition de 68,9 %. Sous l'empire du même article dans sa rédaction résultant de la loi du 29 décembre 2013, ce taux s'établissait à 73,6 %. Ces taux, qui ne s'appliquent qu'à de hauts niveaux de revenus imposables, portent sur des revenus de capitaux mobiliers dissimulés, non spontanément déclarés par le contribuable. Il ne résulte pas de ces taux une charge excessive au regard des facultés contributives des contribuables. Par suite, le moyen tiré de la rupture d'égalité devant les charges publiques doit être écarté.
7. Enfin, en cas de refus des rehaussements par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
8. Il résulte de l'instruction que M. B était le dirigeant de fait de la SAS BGC dont il détient l'intégralité des parts, il était le seul interlocuteur des clients, disposait d'un mandat pour le compte bancaire de la SAS BGC, le siège social de la SAS BGC est situé à son domicile personnel, il était le seul signataire du procès-verbal d'assemble générale alors que sa sœur Mme B gérante de la société résidait au Brésil à cette période, de sorte que M. B, qui ne remet nullement en cause ces constatations, était bien le maître de l'affaire. Par suite, l'administration était fondée à considérer que M. B était le seul maître de l'affaire au titre des exercices 2014 et 2015. C'est dès lors à bon droit que l'administration a imposé les sommes litigieuses en tant que revenus distribués entre les mains de M. B sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts.
Sur les conclusions de recouvrement :
9. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. " Il résulte de ces dispositions que les impositions contestées par un contribuable qui a formé une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement cessent d'être exigibles à compter de la date à laquelle le sursis a été accordé. Par suite, les actes de poursuite notifiés antérieurement au contribuable deviennent caducs à compter de cette date et il appartient au contribuable, si les impositions redeviennent exigibles, d'engager une nouvelle procédure afin de poursuivre la contestation du recouvrement de celles-ci.
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a introduit le 14 février 2020 auprès de l'administration une réclamation par laquelle il demandait la décharge des impositions qui ont fait l'objet de deux actes de poursuite délivrés à son encontre le 16 janvier 2020. Cette réclamation était assortie d'une demande de sursis de paiement qui a eu pour effet immédiat de suspendre l'exigibilité des impositions en litige. Dès lors, du fait de la caducité de l'obligation de payer résultant de cet acte de poursuite, les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer résultant de ces deux mises en demeure présentées par M. B étaient dépourvues d'objet dès l'introduction de sa requête le 23 juillet 2020 et, par suite, étaient irrecevables. Elles ne peuvent ce faisant qu'être rejetées.
11. En second lieu, si la réclamation contentieuse du 14 février 2000 est assortie d'une demande de sursis de paiement, elle n'est, en tout état de cause, pas régulière en la forme au motif qu'elle est signée par le seul comptable de la SAS BGC et n'est pas accompagnée du mandat correspondant. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de ce que les impositions en litige n'étaient plus exigibles à la date de la notification des mises en demeure de payer émises le 13 octobre 2020 ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles, au demeurant non chiffrées, présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°201003
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026