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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2010226

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2010226

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2010226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPASSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 8 octobre 2020, le 30 décembre 2021 et le 17 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Passet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et le ministre de l'agriculture et de l'alimentation ont refusé de lui accorder le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi qu'elle sollicitait à compter du 26 mars 2018 ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de la transition écologique et solidaire et au ministre de l'agriculture et de l'alimentation de l'admettre au bénéfice de l'allocation de retour à l'emploi et de procéder au versement des allocations dues dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de leur enjoindre de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été fortement incitée par son employeur à former une demande d'admission à la retraite pour invalidité ;

- elle remplit l'ensemble des conditions pour bénéficier de l'allocation de retour à l'emploi en application des articles L. 5421-1 et L. 5424-1 du code du travail et des circulaires DGEFP/DGAFP/DGCL/DGOS/Direction du budget du 21 février 2011 et du 3 janvier 2012 relatives à l'indemnisation du chômage des agents du secteur public dès lors que, admise à la retraite pour invalidité, elle a été privée involontairement d'emploi, qu'elle est apte à l'exercice d'un emploi, qu'elle est inscrite sur la liste des demandeurs d'emploi et qu'elle accomplit des actes répétés en vue de créer son entreprise agricole.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 septembre 2021, le 11 février 2022 et le 11 mars 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- Mme A n'a pas reçu d'incitation à solliciter sa mise à la retraite pour invalidité ;

- elle ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'ARE dès lors qu'elle n'établit pas qu'elle serait apte à travailler, qu'elle s'est inscrite à pôle emploi sans l'informer de son inaptitude et de sa perception d'une pension d'invalidité, et qu'elle n'établit pas qu'elle est en recherche active d'emploi.

Par un mémoire enregistré le 20 septembre 2021, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire formule les mêmes conclusions et fait valoir les mêmes moyens que le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Par ordonnance du 13 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code du travail ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- l'arrêté du 4 mai 2017 portant agrément de la convention du 14 avril 2017 relative à l'indemnisation du chômage et les textes qui lui sont associés ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure,

- et les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, agent titulaire de l'Etat depuis 2002 et membre du corps des ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts (IPEF), exerçait depuis le 16 mars 2015 les fonctions d'adjointe au chef du bureau des écotechnologies et de la compétitivité à la direction de la recherche et de l'innovation du commissariat général au développement durable rattaché au ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Le 26 mars 2015, elle a été placée en congé de longue maladie, renouvelé jusqu'au 26 mars 2018. Par un courrier du 29 janvier 2018, elle a présenté une demande d'admission à la retraite pour invalidité, sur laquelle la commission de réforme a émis un avis favorable le 15 novembre 2018, la reconnaissant définitivement inapte à toute fonction. Par un arrêté du 15 mai 2019 du ministre de la transition écologique et solidaire et du ministre de l'agriculture et de l'alimentation, Mme A a été admise à la retraite pour invalidité à partir du 26 mars 2018. Par un courrier du 8 juin 2020, Mme A a demandé au ministre de l'agriculture et de l'alimentation et au ministre de la transition écologique de lui accorder le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, demande restée sans réponse qui a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision et l'ouverture de ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Sur le refus d'ouverture de droits à allocation d'aide au retour à l'emploi :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

3. Aux termes de l'article L. 5421-1 du code du travail applicable au litige : " En complément des mesures tendant à faciliter leur reclassement ou leur conversion, les travailleurs involontairement privés d'emploi (), aptes au travail et recherchant un emploi, ont droit à un revenu de remplacement dans les conditions fixées au présent titre ". L'article 1er du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'indemnisation du chômage agréée par l'arrêté du 4 mai 2017 du ministre du travail, de l'emploi et du dialogue social, applicable au litige, prévoit que : " Le régime d'assurance chômage assure un revenu de remplacement dénommé allocation d'aide au retour à l'emploi, pendant une durée déterminée, aux salariés involontairement privés d'emploi qui remplissent des conditions d'activité désignées période d'affiliation, ainsi que des conditions d'âge, d'aptitude physique, de chômage, d'inscription comme demandeur d'emploi, de recherche d'emploi ". Ces dispositions sont applicables aux agents fonctionnaires de l'Etat dans les conditions prévues par l'article L. 5424-1 du code du travail. Il appartient aux employeurs publics qui assurent la charge et la gestion de l'indemnisation de leurs agents en matière d'allocation d'aide au retour à l'emploi de s'assurer, lorsqu'ils demandent le bénéfice de cette allocation, qu'ils remplissent l'ensemble des conditions auxquelles son versement est subordonné.

4. D'une part, si, ainsi qu'il a été dit au point 3, les fonctionnaires de l'Etat ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions prévues par l'article L. 5424-1 du code du travail, le droit à cette allocation est, aux termes de l'article L. 5422-1 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige, de même qu'en vertu de l'article 1er du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'indemnisation du chômage, ouvert aux seuls " salariés involontairement privés d'emploi ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 29 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps () peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office () ". Aux termes de l'article 47 du décret 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit admis au bénéfice de la période de préparation au reclassement ou reclassé dans un autre emploi (), soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis d'un conseil médical. () ". Il résulte de ces dispositions que seule la mise à la retraite d'office constitue un cas de perte involontaire d'emploi pouvant ouvrir droit, pour un agent fonctionnaire de l'Etat, lorsque les autres conditions en sont remplies, à une allocation d'assurance telle que prévue à l'article L. 5424-1 du code du travail.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A a elle-même sollicité auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, par courrier du 29 janvier 2018, avant le terme de son congé de longue maladie qui devait intervenir le 25 mars 2018, son admission à la retraite anticipée pour invalidité à compter du 26 mars 2018, ne pouvant être ainsi regardée comme ayant involontairement été privée d'emploi. Si elle soutient avoir été incitée par son employeur à formuler une telle demande, elle ne l'établit pas en se bornant à produire un courriel, en date du 22 février 2018 par lequel le bureau du personnel du ministère de la transmission écologique lui demandait de faire connaître sa décision concernant sa situation administrative à compter du 25 mars 2018, qui est postérieur à sa demande d'admission à la retraite. Dans ces conditions, Mme A, qui ne peut utilement invoquer les énonciations des circulaires DGEFP/DGAFP/DGCL/DGOS/Direction du budget du 21 février 2011 et du 3 janvier 2012 relative à l'indemnisation du chômage des agents du secteur public, qui ne comportent aucune interprétation différente de celles dont il a été fait application, ne pouvait prétendre à l'allocation de retour à l'emploi sollicitée, en dépit de son éventuelle aptitude à occuper un emploi en dehors du secteur public, de son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi ou de la réalité de ses démarches de recherche d'emploi ou de création d'entreprise.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant au versement bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 26 mars 2018 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente affaire, au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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