mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2010796 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 octobre 2020, M. A B, représenté par Me Richard, demande au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des pénalités y afférentes ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la reconstitution de sa comptabilité est arbitraire, radicalement viciée et excessive ;
- il a lui-même reconstitué, à l'aide d'un expert-comptable, le montant des bénéfices non commerciaux imposables pour 2013 et 2014, dans de plus justes proportions que celles retenus par l'administration fiscale ;
- l'administration a refusé de le recevoir après sa réclamation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2021, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, qui exerce une activité de consultant marketing, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité de cette activité professionnelle à l'issue de laquelle l'administration fiscale l'a informé, par une proposition de rectification en date du 5 décembre 2016, des rehaussements qui lui seraient notifiés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. En conséquence, après avoir procédé à l'examen de sa situation fiscale personnelle, elle a assujetti M. B à des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus à raison de cette activité imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux en application de l'article 92 du code général des impôts pour les années 2013 et 2014.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L 10 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié'; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ". Le paragraphe 6 du chapitre Ier de la charte remise au contribuable prévoit que : "'En cas de difficultés, vous pouvez vous adresser à l'inspecteur divisionnaire ou principal et ensuite à l'interlocuteur départemental ou régional. Leur rôle vous est précisé plus loin (page 16). Vous pouvez les contacter pendant la vérification°". Pour sa part, le paragraphe 4 du chapitre III de cette charte indique que : "'Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les redressements envisagés, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur principal (). Si après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur (voir p. 4)'".
3. La possibilité pour un contribuable de s'adresser, dans les conditions édictées par les passages précédemment cités de la charte, au supérieur hiérarchique du vérificateur puis à l'interlocuteur départemental ou régional constitue une garantie substantielle ouverte à l'intéressé à deux moments distincts de la procédure d'imposition, en premier lieu, au cours de la vérification et avant l'envoi de la proposition de rectification pour ce qui concerne, comme en l'espèce, les contribuables relevant de la procédure contradictoire, pour ce qui a trait aux difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle, et, en second lieu, après la réponse faite par l'administration fiscale aux observations du contribuable sur cette proposition, pour ce qui a trait au bien-fondé des rectifications envisagées. À ce second moment, cette garantie consiste pour le contribuable à pouvoir, avant la mise en recouvrement, saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur et, le cas échéant, l'interlocuteur départemental de divergences subsistant au sujet du bien-fondé des rectifications envisagées, et non à poursuivre avec ces derniers un dialogue contradictoire de même nature que celui qui s'est achevé avec la notification de la réponse aux observations du contribuable.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales : " Hormis lorsqu'elle est adressée dans le cadre des procédures mentionnées aux articles L. 12, L. 13 et L. 13 G et aux I et II de la section V du présent chapitre, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai. "
5. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle est adressée dans le cadre d'un contrôle sur pièces, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai. Il résulte en outre de la lettre même de ces dispositions qu'elles ne prévoient aucun droit à un entretien.
6. Eu égard à ce qui a été dit aux points 2 à 5 ci-dessus, M. B ayant fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle, prévu à l'article L. 12 du livre des procédures fiscales, et non d'un contrôle sur pièce, même s'il en avait fait la demande, l'administration fiscale n'avait pas à la recevoir, ou même à répondre à une demande qu'il aurait formulée en ce sens, postérieurement à la mise en recouvrement des impositions litigieuses qui est intervenue avant l'envoi de sa réclamation préalable. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration fiscale ne l'aurait pas reçu après sa réclamation préalable est inopérant et ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
7. En premier lieu, aux termes de l'article 98 du code général des impôts : " L'administration peut demander aux intéressés tous renseignements susceptibles de justifier l'exactitude des chiffres déclarés et, notamment, tous éléments permettant d'apprécier l'importance de la clientèle. Elle peut exiger la communication du livre-journal et du document prévus à l'article 99 et de toutes pièces justificatives. Si les renseignements et justifications fournis sont jugés insuffisants, l'administration détermine le bénéfice imposable et engage la procédure de redressement contradictoire prévue à l'article L 55 du livre des procédures fiscales ". Aux termes de l'article 99 dudit code : " Les contribuables soumis obligatoirement au régime de la déclaration contrôlée ou qui désirent être imposés d'après ce régime sont tenus d'avoir un livre-journal servi au jour le jour et présentant le détail de leurs recettes et de leurs dépenses professionnelles () ils doivent en outre tenir un document appuyé des pièces justificatives correspondantes, comportant la date d'acquisition ou de création et le prix de revient des éléments d'actif affectés à l'exercice de leur profession, le montant des amortissements effectués sur ces éléments, ainsi qu'éventuellement le prix et la date de cession de ces mêmes éléments () " . Enfin aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'un redressement, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou le redressement est soumis au juge () ".
8. Il n'est pas contesté qu'au cours des opérations de vérification de comptabilité de son activité de consultant marketing au titre des années 2013 et 2014, imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux et soumise au régime de la déclaration contrôlée, M. B n'a produit aucune des pièces justificatives mentionnées à l'article 99 du code général des impôts. L'examen de ses comptes bancaires professionnels a, en outre, laissé apparaitre des minorations de recettes au titre de ces deux années de respectivement 114 889 euros et 304 406 euros, qui n'ont jamais été justifiées au cours des opérations de contrôle. Par suite, l'administration établit que la comptabilité du requérant comportait des irrégularités d'une gravité suffisante pour lui retirer tout caractère sincère et probant. Les bases d'imposition litigieuses ayant été établies conformément à l'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires dans sa séance du 12 février 2018, en vertu des dispositions de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, il appartient à M. B d'apporter la preuve de l'exagération de ces bases imposables.
9. En second lieu, aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus () ". Aux termes de l'article 93 du même code : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession () ".
10. Le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de soin résultat peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie et qu'elle doit faire connaître au contribuable, en vue de démontrer soit que cette méthode est radicalement viciée ou excessivement sommaire, soit qu'elle aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, apporter tous les éléments de preuve comptables ou extra-comptables.
11. Pour les recettes hors taxes réalisées par la requérant dans le cadre de son activité de consultant marketing, l'administration fiscale s'est fondée sur les encaissements effectués sur les comptes bancaires de l'intéressé désignés comme professionnels en excluant de la reconstitution les virements de compte à compte. Elle a ensuite, pour déterminer les dépenses professionnelles de l'année 2013 tenu compte des dépenses justifiées à partir des factures payées. Pour l'année 2014, en l'absence de la production de justificatifs de dépenses, le vérificateur a déterminé les dépenses en retenant un pourcentage équivalent à celui retenu au titre de l'année 2013.
12. D'une part, M. B fait valoir qu'en ne tenant pas compte des mouvements de compte à compte, l'administration fiscale a utilisé une méthode de reconstitution arbitraire. Toutefois, alors que l'administration en a tenu compte, il n'indique pas en quoi cette circonstance, qui a eu pour objet précisément de neutraliser des mouvements internes pour minorer ses recettes reconstituées, est de nature à qualifier la méthode de reconstitution retenue par l'administration, qui s'est fondée sur les conditions propres d'exploitation de son activité de consultant marketing, de radicalement viciée ou excessivement sommaire.
13. D'autre part, si le requérant a produit pour la première fois en annexe de sa réclamation préalable du 19 décembre 2019, une comptabilité rectifiée ainsi que des déclarations rectificatives de ses bénéfices non commerciaux, ces écritures comptables ne sont assorties d'aucune pièce justificative. L'intéressé qui a, à cette occasion, porté sur ses déclarations rectificatives des charges déductibles différentes de celles initialement déclarées, ne démontre notamment pas la réalité de ces charges, ni même leur caractère déductible, ne justifiant en particulier pas des motifs commandant que ses charges sociales obligatoires passent en 2013 et 2014 respectivement de 88 505 euros à 156 022 euros, et de 121 678 euros à 100 571 euros. Dans ces conditions, M. B, qui ne produit aucune pièce probante ou permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration, n'établit pas davantage que ses bases imposables seraient exagérées
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. B ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, celles liées aux frais du litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
Z. Saïh
La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2010796
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026