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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2010832

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2010832

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2010832
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantGODET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2020, la société d'exploitation de l'Arena, représentée par Me Valette et Me Godet, demande au tribunal :

1°) de réduire les cotisations à la taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 à raison de l'ensemble immobilier situé 99 Jardins de l'Arche à Nanterre ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'exploitation de son établissement nommé " A C " répond à la condition d'une affectation partielle à un service public ou d'utilité générale au sens du III A de l'article 1498 du code général des impôts, ce qui lui permet de bénéficier d'un abattement de 50 % dans l'évaluation de la valeur locative de son bien immobilier déterminée par voie d'appréciation directe.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise doit être regardée comme concluant au non-lieu partiel et au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la valeur du bien immobilier en cause ayant été rectifiée, la société requérante a bénéficié le 24 novembre 2021 d'un dégrèvement à hauteur de 44 799 euros au titre de l'année 2018 et à hauteur de 35 860 euros au titre de l'année 2019 ;

- les moyens soulevés par la société d'exploitation de l'Arena ne sont pas fondés ;

- la société requérante ne peut se voir communiquer la fiche d'évaluation du bien Accorhotel Arena situé à A en application de l'article L. 103 du livre des procédures fiscales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- la loi n° 2009-888 du 22 juillet 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Saïh, rapporteure ;

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société d'exploitation de l'Arena a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties à raison de l'établissement dit " A C " dont elle est propriétaire, sis 99 Jardins de l'Arche à Nanterre. Par une réclamation du 18 novembre 2019, elle a demandé à l'administration fiscale le bénéfice de l'abattement de moitié de la valeur locative de l'immeuble déterminée par voie d'appréciation directe prévue à l'article 1498, III du code général des impôts, ainsi que la réduction de la valeur vénale retenue par l'administration pour le terrain supportant la construction, concernant la salle d'évènements dite U Arena identifiée sous l'invariant 1035208, la salle de spectacle sise à la même adresse étant quant à elle identifiée sous l'invariant 1036393 a été évaluée selon la méthode tarifaire et ne fait pas l'objet du présent litige. Ces demandes ont été rejetées notamment pour défaut de justificatifs s'agissant de l'évaluation de la valeur vénale du terrain retenue dans le cadre de l'évaluation cadastrale de l'immeuble. Par la présente requête, la société d'exploitation de l'Arena demande la réduction de ces cotisations à la taxe foncière sur les propriétés bâties mises à sa charge au titre des années 2018 et 2019, par l'application de l'abattement de 50 % destiné à tenir compte de l'affectation de sa salle d'évènements en partie ou en totalité à un service public ou d'utilité générale.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 24 novembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a accordé à la société requérante un dégrèvement d'un montant de 44 799 euros de taxe la foncière sur les propriétés bâties mise à sa charge au titre de l'année 2018 et d'un montant de 35 860 euros au titre de cette cotisation concernant l'année 2019. Dès lors, les conclusions de la requête, à concurrence de ces sommes, sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins de réduction des impositions restant en litige :

3. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts dans sa version applicable au présent litige : " () III. - A. - La valeur locative des propriétés ou des fractions de propriété qui présentent des caractéristiques exceptionnelles est déterminée en appliquant un taux de 8 % à la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété, telle qu'elle serait constatée si elle était libre de toute location ou occupation à la date de référence définie au B du présent III. /A défaut, la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété est déterminée en ajoutant à la valeur vénale du terrain, estimée à la date de référence par comparaison avec celle qui ressort de transactions relatives à des terrains à bâtir situés dans une zone comparable, la valeur de reconstruction de la propriété à la date de référence. /La valeur locative mentionnée au premier alinéa du présent A est réduite de moitié pour tenir compte de l'impact de l'affectation de la propriété ou fraction de propriété, partielle ou totale, à un service public ou d'utilité générale. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la réduction qu'elles prévoient s'applique à toute propriété ou fraction de propriété affectée à une activité de service public ou d'utilité générale, même exploitée à titre commercial. Lorsque, outre l'activité de service public ou d'utilité générale, sont exercées dans la même propriété ou fraction de propriété des activités ne pouvant être qualifiées comme telles, si bien que l'affectation exigée n'est que partielle, cette réduction demeure applicable, pour autant que l'activité de service public ou d'utilité générale présente un caractère significatif. En outre, la circonstance que la collectivité publique propriétaire confie la gestion des locaux à une autre personne ne fait obstacle au bénéfice de l'exonération que si l'exploitation effective menée par cette personne est d'une nature telle qu'elle n'est plus susceptible de se rattacher à la mission de service public ou d'utilité générale.

5. Il n'est pas contesté que la salle d'évènements dite U Arena a pour objet d'accueillir des évènements sportifs, des concerts et autres évènements notamment culturels. La société d'exploitation de l'Arena soutient qu'en application des dispositions précitées, un abattement de 50 % doit être appliqué à la valeur locative de cette salle pour déterminer la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 à raison de ce local, afin de tenir compte de son affectation, même partielle, à un service public ou d'utilité générale.

6. A cet effet, et en premier lieu, la société requérante se prévaut des diverses mesures prises en faveur de la ville de Nanterre et des associations de riverains par la mise à disposition de ladite salle au profit de la commune, sous réserve des disponibilités, pour un évènement culturel, citoyen ou sportif chaque année, hors frais techniques et de personnel, ou encore au profit d'associations de riverains une fois par an gratuitement. Elle ajoute qu'une convention de partenariat a été conclue en 2011 entre la ville de Nanterre et la société Stadôme, qu'elle a reprise, prévoyant d'adresser des invitations pour chaque manifestement à la ville de Nanterre, d'ouvrir lorsque cela est possible les répétitions au public nanterrois, de proposer un tarif réduit au comité d'action sociale et culturelle de la ville, ainsi qu'aux associations locales promouvant l'accès aux loisirs. Toutefois, elle se borne à produire une copie d'écran du site internet de la ville de Nanterre relative à la convention qui aurait été conclue entre la commune et la société Stadôme, sans joindre à sa requête d'exemplaire de cette convention permettant d'en attester de la réalité comme des conditions d'exécution. En particulier, elle n'établit nullement l'exécution de cette convention au titre des années en litige. En outre, en ce qui concerne la mise à disposition de la salle à la commune et à ses associations, alors que de son propre aveu cette mise à disposition serait liée à la disponibilité de la salle, elle n'apporte aucun élément, tel qu'étude prévisionnelle d'occupation de la salle sur les années d'imposition en litige, ou même de pièces postérieures démontrant les créneaux effectivement ouverts aux nanterrois, permettant d'évaluer la fréquence de la probabilité de réalisation de cette condition de disponibilité de la salle.

7. En deuxième lieu, si la société requérante fait valoir qu'elle a signé une convention avec l'association la Croix-Rouge et le département des Hauts-de-Seine afin d'accueillir, sans contrepartie financière, lors de la mise en œuvre du plan " grand froid " des personnes sans domicile fixe, elle ne verse toutefois aucune pièce justificative à l'appui de ses allégations. Enfin, si elle indique qu'elle a accueilli et qu'elle a vocation à accueillir plusieurs manifestations sportives de haut niveau organisées par les fédérations sportives ou les structures qui y sont affiliées, et que son établissement a été inscrit sur la liste des enceintes déclarées d'intérêt général, en vertu de l'article 28 de la loi n° 2009-888 du 22 juillet 2009 de développement et de modernisation des services touristiques, ces circonstances ne permettent pas à elles-seules de regarder ledit établissement comme affecté à une activité de service public ou d'utilité générale au sens des dispositions précitées.

8. En dernier lieu, s'il n'est pas contesté que la salle d'évènements a pour objet d'accueillir des évènements sportifs, des concerts et autres évènements notamment culturels, la société d'exploitation de l'Arena ne produit aucun élément de nature à établir la diversité des publics qui seraient visés tant eu égard à la variété dans la programmation qu'à l'échelonnement de la grille tarifaire pratiquée.

9. Eu égard à ce qui a été dit aux points 6 à 8 ci-dessus, il ne résulte pas de l'instruction que la salle d'évènements dite U Arena de l'établissement dit " A C ", propriété de la société d'exploitation de l'Arena, serait profitable à un grand nombre d'usagers et à un large public, excédant eu égard à sa capacité la seule commune de Nanterre, de consommateurs ou d'acteurs du secteur économique, de telle sorte que son activité ne saurait être regardée comme affectée à une mission d'utilité générale, même partiellement, faute dans ce cas de démontrer son caractère significatif.

10. En dernier lieu, il ne résulte pas davantage de l'instruction, à raison des conditions de création de cet établissement, de son organisation ou de son fonctionnement, et aux obligations qui lui sont imposées ainsi qu'aux mesures prises pour vérifier que les objectifs qui lui sont assignés sont atteints, que l'administration ait entendu lui confier une mission de service public, même partiellement, faute dans ce cas de démontrer son caractère significatif.

11. Il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé d'accorder à la société requérante le bénéfice de l'abattement de 50 % prévu au A du III de l'article 1498 du code général des impôts. Il s'ensuit que la société " A C " n'est pas fondée à demander la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société d'exploitation de l'Arena au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête, à concurrence des dégrèvements accordés en cours d'instance au titre des années 2018 et 2019 mentionnés au point 2 du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société d'exploitation de l'Arena et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

Z. Saïh

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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