Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2010886

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2010886
TypeDécision
PublicationC
Formation8ème Chambre

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2020 sous le n°2010886, et un mémoire complémentaire enregistré le 18 avril 2021, M. et Mme A demandent au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 à 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) le bénéfice du sursis de paiement de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

3°) de condamner l'État au paiement des intérêts moratoires ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration fiscale n'établit ni le montant, ni l'existence, ni leur appréhension, des revenus réputés distribués entre les mains de M. A et taxés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers à raison des redressements de la SARL Société Fiduciaire Choiseul ;

- en particulier, l'administration fiscale n'a pas tenu compte dans cette société de toutes les charges déductibles et notamment des rémunérations de gérance qu'il a perçues ;

- M. A a été assujetti à l'impôt pour ces rémunérations de gérance au titre de l'article 62 du code général des impôts de telle sorte que, si elles ne sont pas déduites de ses revenus de capitaux mobiliers, elles se trouvent soumises à une double imposition.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 mars et 29 septembre 2021 la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 17 mai 2021 sous le n°2106525, M. et Mme A demandent au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 à 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) le bénéfice du sursis de paiement de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

3°) de condamner l'État au paiement des intérêts moratoires ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration fiscale n'établit ni le montant, ni l'existence, ni leur appréhension, des revenus réputés distribués entre les mains de M. A et taxés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers à raison des redressements de la SARL Société Fiduciaire Choiseul ;

- en particulier, l'administration fiscale n'a pas tenu compte dans cette société de toutes les charges déductibles et notamment des rémunérations de gérance qu'il a perçues ;

- M. A a été assujetti à l'impôt pour ces rémunérations de gérance au titre de l'article 62 du code général des impôts de telle sorte que, si elles ne sont pas déduites de ses revenus de capitaux mobiliers, elles se trouvent soumises à une double imposition.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2021 la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Société Fiduciaire Choiseul, qui exerce des activités comptables, et dont M. A est gérant et détient 99% des parts, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos de 2013 à 2015 et de la taxe sur la valeur ajoutée correspondant à cette période, avec une extension en cette matière jusqu'au 30 septembre 2016. Elle a, s'agissant de la seule année 2016, fait également l'objet d'un contrôle sur pièce. A la suite de ces différentes opérations, l'administration fiscale a adressé à la société trois propositions de rectification aux termes desquelles elle a notamment, faute de présentation de documents comptables, reconstitué les résultats imposables à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les années 2013 à 2016. Par voie de conséquence, elle a imposé entre les mains de M. A dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, en application de la procédure de redressement contradictoire des articles L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales, sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, les recettes éludées qui ont été regardées comme des revenus distribués. Après le rejet de leur réclamation préalable, M. et Mme A demandent la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 à 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.

2. Les requêtes n° 2010886 et 2106525, présentées par M. et Mme A, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

3. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ".

4. Les requérants ayant contesté les redressements notifiés selon la procédure contradictoire, à raison de revenus regardés comme distribués sur ce fondement légal, il incombe à l'administration d'apporter la preuve de leur montant et que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. La qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.

En ce qui concerne l'existence et le montant des revenus distribués :

5. Il résulte de l'instruction qu'aux cours des différentes opérations de contrôle de la SARL Société Fiduciaire Choiseul, aucune comptabilité n'ayant été présentée, l'administration a procédé à la reconstitution extra-comptable de son résultat. Pour y parvenir, s'agissant des produits imposables, elle a en dernier lieu, après avoir pris en compte les observations de la société pour 2013, retenu pour cette année les recettes portées au grand livre présenté le 25 février 2017. Pour les autres années, l'administration fiscale a exercé son droit de communication auprès des établissements bancaires détenteurs des comptes de la société en se fondant sur les encaissements bancaires. S'agissant des charges déductibles, la SARL Société Fiduciaire Choiseul n'ayant présenté aucune pièce justificative, l'administration fiscale les a déterminées forfaitairement en comparaison avec celles retenues dans les entreprises du même secteur d'activité professionnelle.

6. En premier lieu, pour contester cette méthode de reconstitution relativement à l'évaluation des recettes imposables à l'impôt sur les sociétés, les requérant font valoir que M. A a réalisé des apports en compte courant à partir de ses comptes bancaires personnels qui devraient se faisant être extournés des recettes reconstituées au titre des années 2013 à 2016. Toutefois, les documents qu'ils produisent, et qu'ils présentent comme des relevés bancaires personnels et professionnels, prennent la forme de tableaux qui n'émanent pas directement d'établissements bancaires, et ne présentent pas ainsi toutes les garanties d'authenticité permettant de leur conférer une quelconque force probante. De plus, les intéressés n'établissent pas que le compte à partir duquel auraient été prélevées les sommes à destination du compte courant de la société n'est ni un compte professionnel affecté à l'activité d'expert-comptable exercée parallèlement à titre libéral par M. A, ni un compte à caractère mixte, alors que l'intitulé du compte (" M. C B " et le type de compte (" CC EP PRO TRANQ ") laissent présumer que ce compte est affecté pour des opérations réalisées par M. A au titre de son activité d'expert-comptable réalisée à titre libéral, laquelle est imposée sur ses bénéfices non commerciaux. Ce faisant, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant le montant des recettes de la SARL Société Fiduciaire Choiseul.

7. En second lieu, s'agissant de l'évaluation des charges, les requérants ne contestent pas utilement, en se bornant à indiquer que celles-ci sont sous-évaluées, les taux forfaitaires de charges retenus par l'administration, faute de présentation de pièce comptable ou de justificatifs, qui ont été tiré d'entreprises du même secteur d'activité. M. et Mme A font également valoir que M. A a perçu au titre des années litigieuses des rémunérations de gérance déclarées à l'impôt sur le revenu en application de l'article 62 du code général des impôts qu'il convient alors de déduire des recettes de la société. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, les intéressés ne produisent aucune pièce comptable de nature à établir que la SARL Société Fiduciaire Choiseul, qui n'a présenté aucune comptabilité, aurait versé lesdites sommes à M. A. En outre, il n'est pas établi que les associés de la SARL Société Fiduciaire Choiseul aient expressément ou tacitement approuvés les comptes des exercices mentionnant la rémunération de son gérant de telle sorte que cette dernière n'est pas déductible de son résultat imposable. Partant, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant le montant des charges de la SARL Société Fiduciaire Choiseul.

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 7 ci-dessus que l'administration fiscale doit être regardée comme établissant l'existence et le montant des revenus distribués imposés entre les mains de M. A.

En ce qui concerne l'appréhension des revenus distribués :

9. L'administration fiscale, pour imposer entre les mains de M. A les sommes regardées comme distribuées par la SARL Société Fiduciaire Choiseul, a estimé qu'il en avait effectivement disposé en tant que seul maître de l'affaire. Elle fait valoir à cet effet que le requérant était au titre des années en litige gérant de droit de la société dont il détenait 99% du capital social, 1% en étant détenu par ailleurs par son épouse, qu'il était seul détenteur de la signature bancaire et gérait seul les fonds de l'entreprise qui ne disposait d'aucun salarié. Dans ces conditions, l'administration démontre que M. A exerce seul la responsabilité effective de l'ensemble de la gestion administrative, commerciale et financière de la société et dispose sans contrôle de ses fonds. Ainsi, le requérant, qui en supporte la charge, n'établissant pas qu'il ne disposait pas seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, et qu'il n'était pas en mesure d'user sans contrôle des biens de celle-ci, doit être regardé comme le seul maître de l'affaire et présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle, peu important, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'il n'ait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes.

10. Eu égard à ce qui a été dit aux points 5 à 9, c'est donc à bon droit que l'administration fiscale a imposé les sommes en litige entre les mains de M. A en application du 1° du 1 de l'article 109 code général des impôts.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 à 2016, ainsi que les pénalités y afférentes.

Sur la demande tendant au versement d'intérêts moratoires :

12. En l'absence de litige né et actuel entre les requérants et le comptable public tendant au versement des intérêts moratoires, les conclusions tendant au paiement de ces intérêts doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de sursis de paiement :

13. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement de l'imposition contestée se trouvent ainsi privées d'objet et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. L'État n'étant pas la partie perdante dans les présentes instances, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent également qu'être rejetées.

Sur les dépens :

15 Le présent litige n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions tendant à ce que l'État y soit condamné ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les requête de M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au directeur départemental des finances publiques du département du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Eustache, premier conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

S. Eustache

La greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2010886-2106525

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