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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011209

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011209

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011209
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantTRUMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2020 et des pièces complémentaires enregistrées le 25 février 2022, Mme B A, représentée par Me Trumer, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Colombes à lui verser la somme de 24 484,50 euros en réparation de ses préjudices ;

2°) de condamner la commune de Colombes aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la dégradation de son état de santé à l'origine de son placement en congé de longue maladie du 2 novembre 2018 au 1er mai 2020 a été causée par les agissements de harcèlement moral dont elle a été victime ;

- ces agissements sont de nature à engager la responsabilité de la commune de Colombes ;

- elle a subi de ce fait un préjudice financier s'élevant à la somme de 24 484,50 euros correspondant aux pertes de revenus en raison de son placement à demi-traitement à partir du 1er novembre 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2022, la commune de Colombes conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires de Mme A ne sont pas recevables dès lors que sa demande indemnitaire préalable est irrégulière, à défaut de chiffrage de ses prétentions ;

- Mme A n'a pas été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ;

- la requérante ne justifie pas de l'ampleur de son préjudice.

Par ordonnance du 28 février 2022, la clôture d'instruction a été reportée du 1er mars 2022 au 30 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure ;

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée par la commune de Colombes le 18 novembre 1986 et titularisée le 7 mars 1989. Elle a été placée en arrêt de travail à plusieurs reprises à la suite d'un accident de service le 18 avril 2013 et réintégrée à partir du 25 février 2014 sur un poste de chargée de gestion des évènements familiaux à la direction des ressources humaines. Elle a par la suite été affectée sur un poste d'agent d'accueil téléphonique au sein du service propreté en 2016, puis sur un poste d'archivage à partir du 31 août 2017. Après une période de congé de maladie ordinaire, elle a été placée en congé de longue maladie du 2 novembre 2018 au 1er novembre 2021, par deux arrêtés du 1er octobre 2019 et du 17 mai 2021, à mi-traitement à partir du 2 novembre 2019. Puis, par un arrêté du 2 janvier 2022, elle a été mise en disponibilité d'office pour raisons de santé à partir du 2 novembre 2022, du fait de son inaptitude à toute fonction. Par un courrier de 2 juillet 2020, Mme A a demandé à la commune de l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de manquements et d'agissements constitutifs de harcèlement moral, dont elle soutient qu'ils ont causé la dégradation de son état de santé et son placement en congé de longue maladie. Cette demande a été rejetée. Par la présente requête, Mme A demande à être indemnisée du préjudice financier qu'elle a subi du fait de son placement à mi-traitement à partir du 2 novembre 2019.

Sur les conclusions à fins d'indemnisation :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

3. En premier lieu, Mme A soutient qu'elle a été mise à l'écart depuis l'année 2014, dès lors qu'elle n'a pas retrouvé ses fonctions à son retour de congé de maladie, puis a été affectée à l'archivage à partir du 31 août 2017, en dépit d'alertes données à sa hiérarchie. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A a été victime d'un accident de service en 2013 notamment lié à des violences verbales proférées par un administré et que l'expert médical consulté avant sa réintégration à l'issue du congé de maladie consécutif à cet accident, préconisait une reprise sur un poste sans lien avec le public. Afin de se conformer à cet avis médical, la commune de Colombes a décidé de réintégrer Mme A sur un poste de chargée de gestion des évènements familiaux à la direction des ressources humaines à partir du 25 février 2014. Mme A n'établit, ni même n'allègue, qu'elle était dépourvue de missions ou que ce poste n'était pas en adéquation avec ses qualifications. Par la suite, Mme A a été affectée, en 2016, sur un nouveau poste d'agent d'accueil téléphonique au sein du service propreté puis, à partir du 31 août 2017, sur un poste d'archivage. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que Mme A était dépourvue de mission dans le cadre de ces postes ni que ceux-ci ne correspondaient pas à son grade, celle-ci reconnaissant même, dans un courrier en date du 17 août 2017, que ce deuxième poste d'archivage était difficile, qu'il revêtait une importance particulière pour la commune qui cherchait à combler un retard dans l'archivage et qu'il lui a permis d'apprendre la maîtrise de nouveaux outils informatiques. Il résulte en outre de l'instruction que Mme A n'a contesté aucune de ces affectations et n'établit nullement avoir adressé à la commune, qui conteste d'ailleurs l'avoir reçu, un courrier du 17 août 2017 dans lequel elle exprime une insatisfaction. Ainsi, Mme A n'établit pas avoir été " mise à l'écart " par ses affectations successives et que celles-ci étaient susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. La commune de Colombes démontre quant à elle en défense, eu égard aux postes proposés et aux conditions d'exercice de ceux-ci par Mme A, que les affectations de l'intéressée entre 2014 et 2017 étaient justifiées par des considérations étrangères à tout harcèlement.

4. En deuxième lieu, Mme A soutient que la commune de Colombes a opposé un refus, le 12 juin 2017, à sa demande d'octroi de la médaille de l'honneur du travail alors même qu'elle remplissait les conditions pour bénéficier de cette récompense. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme A ne remplissait pas la condition d'ancienneté de trente années de service effectif, calculée en tenant compte des périodes de congés de maladie et de temps partiel, dès lors qu'elle avait été placée en congés de maladie pendant plus de quatre années au cours de ses trente ans et six mois de service et avait exercé pendant sept mois à mi-temps. Dans ces conditions, le refus d'octroyer à Mme A la médaille d'honneur du travail n'est pas de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

5. En troisième lieu, si Mme A soutient que ses conditions de travail se sont dégradées depuis 2013, elle ne l'établit pas en se bornant à présenter un récit peu circonstancié qui n'est assorti d'aucune pièce probante alors qu'il résulte de l'instruction qu'elle indiquait elle-même à la commune, par un courrier du 24 janvier 2017 par lequel elle contestait son évaluation, qu'elle était épanouie dans son travail et avait de bonnes relations avec les administrés et avec ses collègues.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'établit pas avoir été victime de harcèlement moral. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que les manquements fautifs de la commune auraient été l'origine de la dégradation de son état de santé ayant conduit à sa mise en congé de longue maladie à partir du 2 novembre 2018 et à demander la réparation des préjudices en ayant découlé. Sa demande à ce titre doit, dès lors, être rejetée.

Sur les dépens :

7. En l'absence de dépens exposés, les conclusions présentées par la requérante tendant à leur remboursement ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. () ".

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A des sommes demandées par la commune de Colombes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 :

Les conclusions de la commune de Colombes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Colombes.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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