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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011259

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011259

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011259
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2020, la société Gaz Réseau Distribution France (GRDF), représentée par Me Cassel, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Beauval à lui verser la somme de 5 799,50 euros en réparation du préjudice résultant des dommages subis à la suite de la dégradation d'un branchement de gaz lors de travaux de voirie entrepris par cette société à Pierrelaye (95) le 29 janvier 2018, majorée des intérêts au taux légal à partir du 1er juillet 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la société Beauval une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour trancher le litige ;

- les travaux publics exécutés par la société Beauval à proximité du 5 ter avenue du général Leclerc à Pierrelaye (95) sont directement à l'origine des dommages causés aux canalisations dont elle a la jouissance exclusive ;

- ces dommages sont de nature à engager la responsabilité de la société Beauval, même en l'absence de faute, dès lors qu'elle a la qualité de tiers par rapport à ces travaux ;

- son préjudice matériel s'élève à la somme totale de 5 799,50 euros, correspondant aux dépenses engagées pour la remise en l'état de l'ouvrage.

La requête a été communiquée à la société Beauval qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.

Un mémoire produit pour la société GRDF a été enregistré le 4 avril 2024.

Vu

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure ;

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Beauval a été chargée de la réalisation de travaux de création d'un réseau de télécommunication au niveau du 5 ter avenue du général Leclerc sur le territoire de la commune de Pierrelaye (95) le 29 janvier 2018, au cours desquels elle a endommagé un branchement de gaz dont la société GRDF avait la jouissance exclusive en sa qualité de concessionnaire de service public. La société GRDF a procédé aux réparations du branchement endommagé et a adressé à la société Beauval, par un courrier du 2 octobre 2018, une facture d'un montant de 5 799,50 euros correspondant à la perte de fluide occasionnée par l'accident et aux travaux de réparation réalisés sur le branchement. La société GRDF demande au tribunal de condamner la société Beauval à réparer l'entier préjudice résultant de l'endommagement de l'ouvrage qu'elle évalue à la somme de 5 799,50 euros et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 1er juillet 2020.

Sur la responsabilité :

2. Le maître de l'ouvrage ainsi que, le cas échéant, l'entrepreneur chargé des travaux sont responsables, même en l'absence de faute, des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

3. Il résulte de l'instruction, notamment du constat contradictoire établi le 29 janvier 2018 entre un représentant de la société GRDF et un représentant de la société Beauval, et n'est pas contesté par la société Beauval qui n'a pas produit d'observations en défense, qu'une canalisation dont la société GRDF, concessionnaire de service public, avait la jouissance exclusive, a été endommagée à l'occasion de l'exécution de travaux de création d'un réseau de télécommunication par la société Beauval, dont il n'est pas contesté qu'ils ont le caractère de travaux publics. Le lien de causalité entre les travaux publics exécutés par la société défenderesse et le dommage causé à l'ouvrage du réseau dont la société GRDF est concessionnaire doit dès lors être regardé comme établi. Ainsi, même en l'absence de faute de sa part, la société Beauval est responsable vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution de ces travaux. Il en résulte que les dommages causés par cette société au branchement litigieux sont de nature à engager sa responsabilité sans faute.

Sur l'indemnisation des préjudices :

4. La société GRDF sollicite le remboursement des travaux de réparation qu'elle a dû effectuer pour remettre en état la canalisation de gaz endommagée, qu'elle chiffre à la somme de 5 799,50 euros au titre de prestations de terrassement, de frais de main d'œuvre et de gaz perdu.

5. L'indemnité susceptible d'être allouée à la victime d'un dommage de travaux publics a pour vocation de replacer cette dernière, autant que faire se peut, dans la situation qui aurait été la sienne, si le dommage ne s'était pas produit. En sa qualité de gestionnaire du réseau, elle était en droit de procéder elle-même aux réparations en cause. A ce titre, si elle est en droit d'obtenir l'indemnisation de l'intégralité des préjudices, qui sont en lien direct et certain avec les travaux incriminés, il lui incombe de justifier par tous moyens de la réalité et du quantum de ses préjudices, tant dans leur principe que dans leur montant.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société GRDF a dû faire procéder à des travaux de terrassement nécessaires à la remise en état de l'ouvrage par la société AAXEPTP. Elle en justifie par la production de deux bons de commande des 29 et 30 janvier 2018, pour une date de livraison au 14 février 2018, associés à des états de service indiquant le lieu du chantier situé sur l'avenue du général Leclerc à Pierrelaye. Par conséquent, la réalité de l'engagement des sommes réclamées de 1 122,04 euros et 910,09 euros hors taxes à ce titre est établie par les pièces produites, lesquelles doivent dès lors être mises à la charge de la société Beauval.

7. En deuxième lieu, la société GRDF demande le remboursement de frais de personnels pour un montant total de 3 717,03 euros. Elle fait état, sans être contestée, de l'intervention le 29 janvier 2018, date du dommage litigieux, d'un opérateur, d'un assistant et d'un technicien en heures normales pour 2,5 heures chacun et, le 5 février 2018, de deux opérateurs, d'un assistant et d'un technicien en heures normales pour 8 heures chacun, produisant pour cette dernière date un bon travaux désignant des travaux de " réparation définitive " et le lieu d'intervention sur l'avenue du général Leclerc à Pierrelaye. La société GRDF justifie ainsi de 18,5 heures d'intervention d'opérateurs en heures normales au tarif horaire de 78,11 euros, de 10,5 heures d'intervention d'un assistant en heures normales au tarif horaire de 94,02 euros et de 10,5 heures d'intervention d'un technicien en heures normales au tarif horaire de 122,36 euros pour un montant total de 3 717,03 euros. Le lien entre ces interventions et le dommage, ainsi que la réalité des dépenses engagées, qui ne sont au demeurant pas contestés en défense, doivent dès lors être regardés comme établis. Dans ces conditions, la société GRDF doit être regardée comme démontrant la réalité du préjudice qu'elle a subi pour le montant demandé de 3 717,03 euros au titre des dépenses de personnels intervenus pour la réparation du branchement endommagé, qui doit être mis à la charge de la société Beauval.

8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le dommage causé à la canalisation de gaz a causé une perte de fluide pendant une durée d'une heure. La société requérante produit un document mentionnant les éléments de calcul établis de nature à identifier le montant de la somme réclamée, soit le débit de fuite, la durée de la fuite, la quantité de gaz perdu et les éléments de tarification. La somme de 150,34 euros réclamée au titre de la perte de gaz, qui n'est pas contestée en défense, est établie par les pièces produites et doit dès lors être mise à la charge de la société Beauval.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société GRDF est fondée à demander la condamnation de la société Beauval à lui verser la somme de 5 799,50 euros en réparation de son préjudice.

Sur les intérêts :

10. Les intérêts moratoires dus en application des dispositions de l'article 1153 du code civil, repris à l'article 1231-6 du même code, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

11. La société GRDF a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 5 799,50 euros à compter de la date qu'elle demande, le 1er juillet 2020, date de notification à la société Beauval d'une demande d'indemnisation préalable.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu de mettre à la charge de la société Beauval la somme de 1 500 euros à verser à la société GRDF au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : La société Beauval versera à la société GRDF la somme de 5 799,50 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er juillet 2020.

Article 2 : La société Beauval versera à la société GRDF une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :

Le présent jugement sera notifié à la société Gaz Réseau Distribution France et à la société Beauval.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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