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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011313

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011313

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011313
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET TRECOURT

Texte intégral

Vu la procéure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2020, la commune de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), représentée par Me Salaün, demande au tribunal :

1°) de prononcer la nullité du contrat conclu avec la société Enedis, matérialisé par l'acceptation, le 19 septembre 2019, d'un devis fixant à 8 083,52 euros le montant de sa participation financière aux travaux de raccordement au réseau public d'électricité d'une nouvelle construction située 23-27 rue Georges ;

2°) de condamner la société Enedis à lui verser la somme de 8 083,52 euros toutes taxes comprises

(TTC) ;

3°) de mettre à la charge de la société Enedis la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition technique d'Enedis a été faite sur la base d'une surévaluation manifeste des besoins du projet ;

- cette proposition ne correspond pas à l'opération de raccordement de référence dès lors qu'elle prévoit une extension du réseau et non pas son renforcement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2021, la société Enedis, représentée par Me Trecourt, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la commune de Gennevilliers sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 25 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 janvier 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'énergie ;

- l'arrêté du 28 août 2007 fixant les principes de calcul de la contribution mentionnée aux articles 4 et 18 de la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lusinier, conseillère ;

- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;

- les observations de Me Salaün, représentant la commune de Gennevilliers ;

- et les observations de Me Flora, représentant la société Enedis.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre du projet de construction lancé en 2016 d'une résidence étudiante de 130 logements située 23-27 rue Georges à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), la SCI Gennevilliers Rue Georges a sollicité la société Enedis pour en assurer le raccordement électrique. Le 3 janvier 2019, celle-ci a transmis à la commune un devis fixant à 8 083,52 euros sa participation financière à l'extension du réseau électrique hors du terrain d'assiette de l'opération. Ce devis a été accepté par la commune via l'émission d'un bon de commande le 27 septembre 2019, avant la réalisation des travaux en octobre 2019. Par la présente requête, la commune de Gennevilliers demande au tribunal de prononcer la nullité de ce contrat et de condamner la société Enedis à lui restituer la somme de 8 083,52 euros toutes taxes comprises (TTC).

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 342-1 du code de l'énergie : " Le raccordement d'un utilisateur aux réseaux publics comprend, selon le cas, de manière combinée ou séparée, la création d'ouvrages d'extension, la création d'ouvrages de branchement en basse tension ou le renforcement des réseaux existants. () Les ouvrages de raccordement relèvent des réseaux publics de transport et de distribution. ". L'article D. 342-2 du même code dispose que : " L'extension est constituée des ouvrages, nouvellement créés ou créés en remplacement d'ouvrages existants dans le domaine de tension de raccordement et nouvellement créés dans le domaine de tension supérieur qui, à leur création, concourent à l'alimentation des installations du demandeur ou à l'évacuation de l'électricité produite par celles-ci. ". Selon l'article L. 342-11 de ce code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " 1° Lorsque l'extension est rendue nécessaire par une opération ayant fait l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable, située en dehors d'une zone d'aménagement concerté et ne donnant pas lieu à la participation spécifique pour la réalisation d'équipements publics exceptionnels ou à la participation pour voirie et réseaux mentionnées à l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme, la contribution correspondant aux équipements mentionnés au troisième alinéa de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme est versée par le bénéficiaire du permis ou de la décision de non-opposition. / La part de contribution correspondant à l'extension située hors du terrain d'assiette de l'opération reste due par la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent pour la perception des participations d'urbanisme. / Toutefois, les coûts de remplacement ou d'adaptation d'ouvrages existants ou de création de canalisations en parallèle à des canalisations existantes afin d'en éviter le remplacement, rendus nécessaires par le raccordement en basse tension des consommateurs finals, ne sont pas pris en compte dans cette part. Ces coûts sont couverts par le tarif d'utilisation des réseaux publics de distribution mentionné à l'article L. 341-2 lorsque ce raccordement est effectué par le gestionnaire du réseau de distribution. ". En vertu de l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2007 susvisé : " une opération de raccordement est un ensemble de travaux sur le réseau public de distribution et, le cas échéant, sur les réseaux publics d'électricité auquel ce dernier est interconnecté : (i) nécessaire et suffisant pour satisfaire l'évacuation ou l'alimentation en énergie électrique des installations du demandeur à la puissance de raccordement demandée ; (ii) qui emprunte un tracé techniquement et administrativement réalisable, en conformité avec les dispositions du cahier des charges de la concession ou du règlement de service de la régie ; (iii) et conforme au référentiel technique publié par le gestionnaire du réseau public de distribution. / L'opération de raccordement de référence représente l'opération de raccordement qui minimise la somme des coûts de réalisation des ouvrages de raccordement énumérés aux articles 1er et 2 du décret du 28 août 2007 susvisé, calculé à partir du barème mentionné à l'article 2. ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le raccordement d'un utilisateur aux réseaux publics d'électricité peut être réalisé soit par la création d'ouvrages d'extension et de branchement en basse tension, soit par le renforcement des réseaux existants. Lorsque l'extension est rendue nécessaire par une construction neuve ayant fait l'objet d'un permis de construire, elle est à la charge du bénéficiaire du permis de construire si elle est réalisée sur le terrain d'assiette et à la charge de la commune si elle est réalisée hors du terrain d'assiette. En revanche, lorsque le nouveau raccordement nécessite un renforcement du réseau, sa réalisation est uniquement financée par les redevances des usagers. Lorsque le concessionnaire ou le demandeur déroge à l'opération de raccordement de référence, c'est à celui qui est à l'origine de cette dérogation de prendre en charge l'ensemble des surcoûts y afférents. L'opération de raccordement de référence est celle qui minimise la somme des coûts de réalisation des ouvrages électriques au regard de la puissance de raccordement demandée et des contraintes techniques.

4. La commune de Gennevilliers, qui considère qu'elle n'avait pas à verser de contribution au titre du raccordement sollicité par la SCI Gennevilliers Rue Georges, fait valoir que la société Enedis a surévalué le besoin électrique de l'opération et qu'elle a retenu une proposition ne correspondant pas à l'opération de raccordement de référence dès lors qu'elle aurait dû procéder à un renforcement et non pas à une extension du réseau.

5. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2007 que l'opération de raccordement de référence est déterminée par le concessionnaire au regard de la puissance de raccordement qui lui est soumise de sorte qu'il ne peut lui être reproché d'avoir surévalué le besoin électrique de l'opération. En l'occurrence, c'est la commune qui a octroyé le permis de construire sur la base de la puissance sollicitée, soit 614 kVA, puissance qui s'imposait donc à la société Enedis pour la détermination de l'opération de raccordement de référence. En tout état de cause, si la commune de Gennevilliers, en s'appuyant sur l'avis du syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour les énergies et les réseaux de communication (SIPPEREC), soutient qu'une puissance de 195 kilovoltampères (kVA) correspondant à 141 kVA pour l'alimentation des chambres et 54 kVA pour les services généraux et autres usages, était suffisante, il résulte des prescriptions de la norme NF C14-100, comme le soutient la société Enedis sans être contestée, que les locaux d'habitation dont la surface est inférieure à 35 m2 nécessitent une puissance de 6 kVA et qu'un coefficient de 0,38 s'applique dès lors que le nombre d'utilisateurs domestiques situés en aval de la section considérée est égal ou supérieur à 50. Par suite, l'application de ces règles aux 128 logements souhaités nécessitait de délivrer une puissance de 292 kVA, à laquelle doit être ajoutée celle nécessaire à l'alimentation en électricité des services généraux, qui comprennent de nombreuses parties communes et équipements collectifs consommateurs en énergie. Dès lors, la commune de Gennevilliers n'est pas fondée à soutenir que la société Enedis a surévalué le besoin du projet au-delà de la puissance de 195 kVA.

6. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société Enedis a réalisé des études au vu de la demande de permis de construire déposée par la SCI Gennevilliers Rue Georges, laquelle indiquait que la puissance de raccordement électrique nécessaire à l'ensemble de la résidence était de 450 kVA. Pour satisfaire cette demande, il est constant que deux colonnes de raccordement à courant assigné 400 A devaient être raccordées sur un poste haute tension/basse tension à l'aide d'un câble dédié pour chacune d'elles, conformément aux prescriptions de la norme NF C14-100. Toutefois, le poste " Miraumont " ne disposait que d'un départ disponible, ce qui ne permettait pas d'accueillir les deux départs basse tension nécessaires à l'alimentation de la résidence. Dès lors, la proposition de la commune de retenir un seul raccordement ne pouvait pas être satisfaite. En considération des éléments dont elle disposait, la société Enedis a alors envisagé trois solutions. La première, qui consistait en la création d'un départ basse tension du poste " Miraumont " et d'un second du poste " Wetzel ", était chiffrée pour la commune de Gennevilliers à 29 754,93 euros hors taxes (HT). La deuxième, consistant en la création de deux départs depuis le poste " Wetzel " uniquement, était chiffrée pour la commune de Gennevilliers à 26 417,61 euros HT. La troisième préconisait un raccordement en haute tension avec la création d'un poste de distribution publique hors du terrain d'assiette de l'opération, chiffrée pour la commune de Gennevilliers à 7 073,16 euros HT. Si, le 17 octobre 2018, la demande officielle de raccordement a finalement prévu une puissance électrique de 614 kVA, nécessitant un troisième départ basse tension, elle n'a cependant entraîné aucun surcoût pour la commune dès lors que les départs basse tension sont à la charge exclusive du client. Au contraire, en raison notamment de la suppression du coût des surlageurs, la solution proposée par Enedis était plus intéressante pour la commune dès lors qu'elle était chiffrée à 6 736,27 euros HT, soit 8 083,52 euros TTC. Cette dernière solution retenue par la société Enedis, qui s'est avérée la moins onéreuse, a donc constitué l'opération de raccordement de référence. En tout état de cause, la commune ne peut se prévaloir de ce que les travaux auraient été minimisés si le point de livraison avait été plus proche du poste de distribution publique dès lors que l'emplacement du point de livraison figurait dans le plan de masse annexé à la demande de permis de construire, lequel avait été approuvé. Le moyen tiré de ce que la société Enedis a retenu une proposition ne correspondant pas à l'opération de raccordement de référence, dès lors qu'elle aurait dû procéder à un renforcement et non pas à une extension du réseau, doit donc être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de prononcer la nullité du contrat conclu entre la commune de Gennevilliers et la société Enedis. Les conclusions présentées sur ce fondement par la commune de Gennevilliers ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions indemnitaires.

Sur les frais liés à l'instance :

8. La société Enedis n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de la commune de Gennevilliers présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice doivent être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Gennevilliers la somme de 2 000 euros à verser à la société Enedis sur le même fondement.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de la commune de Gennevilliers est rejetée.

Article 2 : La commune de Gennevilliers versera à la société Enedis la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Gennevilliers et à la société Enedis.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

V. Lusinier

La présidente,

Signé

C. OriolLa greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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