mercredi 4 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2011401 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | MOUTOUSSAMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés respectivement les 5 novembre 2020, 12 février 2021 et 20 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite rejetant son recours administratif préalable obligatoire formé le 28 septembre 2020 à l'encontre de la décision du 9 septembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 12 312 euros au titre de la période du 1er juillet 2018 au 31 août 2020 ;
2°) d'annuler la décision du 12 septembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2019 d'un montant de 152,45 euros, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;
3°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 1er mars 2021 par le département des Hauts-de-Seine et lui réclamant le paiement d'une somme de 12 312 euros correspondant à l'indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er juillet 2018 au 31 août 2020 ;
4°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;
5°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine et à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine de lui rembourser les montants prélevés ;
6°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine et de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la matérialité du montant des indus n'est pas établie ;
- les décisions rejetant son recours administratif préalable obligatoire et lui notifiant un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2019 d'un montant de 152,45 euros sont illégales, dès lors que la commission de recours amiable n'a pas été saisie ;
- elles méconnaissent les règles relatives à l'exercice du droit de communication et à la protection des données personnelles en application des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- elles sont illégales, dès lors que l'agent ayant effectué le contrôle ne dispose ni d'un agrément ni d'une assermentation ;
- l'avis des sommes à payer est insuffisamment motivé ;
- l'avis des sommes à payer est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- ses ressources sont inférieures au plafond à ne pas dépasser pour l'octroi du revenu de solidarité active.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2022, le département des Hauts-de-Seine conclut à ce qu'il soit mis hors de cause en ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 12 septembre 2020 notifiant à Mme B un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2019 d'un montant de 152,45 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine conclut :
- à ce qu'elle soit mise hors de cause en ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 9 septembre 2020 notifiant à Mme B un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 12 312 euros et l'avis des sommes à payer émis le 1er mars 2021 ;
- au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur l'irrecevabilité des moyens tirés de l'insuffisance de motivation, l'absence de consultation de la commission de recours amiable, l'absence d'agrément et d'assermentation du contrôleur, la méconnaissance des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale, relatifs à la légalité externe des décisions qui, d'une part, rejettent implicitement le recours préalable de Mme B contre un indu de RSA, et d'autre part, lui réclament un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2019, fondés sur une cause juridique distincte et énoncés dans un mémoire enregistré après l'expiration du délai de recours contentieux.
Par un mémoire enregistré le 23 novembre 2022, Mme B maintient ses conclusions et moyens et fait valoir en outre, que le moyen tiré de l'absence d'agrément et d'assermentation du contrôleur, dès lors qu'il ne permet pas au tribunal de se fonder sur les termes du rapport d'enquête, est un moyen de légalité interne.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thomas Bertoncini, vice-président, pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bertoncini, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier en date du 9 septembre 2020, la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a notifié à Mme B un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 12 312 euros au titre de la période du 1er juillet 2018 au 31 août 2020. Par une décision du 12 septembre 2020, elle lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2019 d'un montant de 152,45 euros. Mme B a formé le 28 septembre 2020 à l'encontre de ces décisions un recours préalable dont la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a accusé réception le même jour. Son recours a été implicitement rejeté avant de l'être explicitement par une décision du 13 juin 2022. Par un avis des sommes à payer émis le 1er mars 2021, le département des Hauts-de-Seine a mis à la charge de Mme B le paiement de l'indu de revenu de solidarité active. Mme B demande l'annulation de la décision du 12 septembre 2020, de celle rejetant implicitement son recours gracieux contre cette décision, et de l'avis des sommes à payer du 1er mars 2021. Elle doit également être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 13 juin 2022 qui s'est substituée au rejet implicite de son recours préalable obligatoire formé le 28 septembre 2020.
Sur l'indu de revenu de solidarité active et de prime exceptionnelle de fin d'année :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'allocation de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée ou s'il décide de prescrire cette mesure d'office, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de légalité externe.
En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :
3. En premier lieu, la requête présentée par Mme B ne contenait qu'un moyen relatif à la légalité interne de la décision attaquée. Dans son mémoire complémentaire, enregistré le 12 février 2021, la requérante a soulevé des moyens tirés de l'absence de consultation de la commission de recours amiable, de la méconnaissance des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale et de l'insuffisante motivation de la décision. Toutefois, ces moyens, qui concernent la régularité de la décision et sont relatifs à la légalité externe de la décision attaquée, énoncés pour la première fois dans un mémoire enregistré après l'expiration du délai de recours contentieux, sont fondés sur une cause juridique distincte et sont, par suite, irrecevables.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. () ". Selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes de sécurité sociale confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Les conditions d'agrément des agents des caisses d'allocations familiales exerçant une mission de contrôle sont définies par un arrêté du ministre de la santé et de la protection sociale et du ministre de la famille et de l'enfance du 30 juillet 2004, qui renvoie aux dispositions de l'article L. 243-9 du code de la sécurité sociale en ce qui concerne les conditions d'assermentation.
5. Il ressort de l'ensemble de ces dispositions que tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation des agents de droit privé désignés par les caisses d'allocations familiales pour conduire des contrôles sur les déclarations des bénéficiaires du revenu de solidarité active sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu. En outre, la valeur probante attachée par les dispositions précitées de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale aux procès-verbaux dressés par ces agents ne saurait s'étendre aux mentions qu'ils comportent quant à l'agrément et à l'assermentation de leur auteur.
6. Il résulte de l'instruction que Mme D, agent de la caisse d'allocations familiales ayant procédé au contrôle de situation de la requérante et dont les nom et prénom sont apposés en fin du rapport d'enquête du 1er septembre 2020, a prêté serment le 27 mars 2007 et a été agréée le 29 juin 2007. Par suite, cet agent était habilité pour effectuer un contrôle de la situation de la requérante. Le moyen tiré de l'irrégularité du contrôle résultant du défaut d'assermentation et d'agrément de l'agent de la caisse d'allocations familiales, qui priverait de caractère probant le rapport établi par cet agent, doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : () 2° Les modalités d'évaluation des ressources () ". L'article L. 132-1 de ce code dispose que : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire. () ". L'article L. 262-21 de ce code prévoit qu'il est procédé au réexamen périodique du montant de l'allocation, cette périodicité étant trimestrielle selon les dispositions règlementaires. L'article R. 262-6 du même code dispose que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. " Aux termes du II de l'article R. 262-7 de ce code : " Pour le calcul de l'allocation, les ressources du trimestre de référence prises en compte sont les suivantes : / 1° La moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision ; / 2° Le montant mensuel des prestations versées par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, sous réserve des dispositions des articles R. 262-10 et R. 262-11. Ces prestations sont intégralement affectées au mois de perception ; / 3° Le montant des ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou en tenant lieu mentionnées à l'article R. 262-12 présentant un caractère exceptionnel. Celles-ci sont intégralement affectées au mois de perception () ". L'article R. 132-1 du même code prévoit, enfin, que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants, prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ".
8. Il résulte de ces dispositions que seules peuvent être évaluées sur la base forfaitaire prévue par les articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles les ressources que l'allocataire est supposé pouvoir retirer de biens non productifs de revenu. Par suite, si les capitaux dont il dispose ont fait l'objet de placements productifs de revenus, seuls ces derniers peuvent être pris en compte, quand bien même le taux d'intérêt de ces placements serait inférieur au taux de 3 % prévu par l'article R. 132-1. La circonstance que l'allocataire n'aurait pas spontanément déclaré ces revenus est sans incidence sur l'application de ces dispositions. De même, les intérêts produits par un placement financier doivent être intégralement pris en compte au titre des ressources du mois au cours duquel ils sont perçus, sans qu'il y ait lieu, pour les autres mois, de traiter le capital placé comme un bien non productif de revenus.
9. Il est constant que dans le cadre de ses déclarations de ressources trimestrielles de juillet 2018 à septembre 2018, d'octobre à décembre 2018, de janvier à mars 2019, d'avril à juin 2019, de juillet à septembre 2019, d'octobre à décembre 2019, de janvier à mars 2020 et d'avril à juin 2020, périodes prises en compte pour le calcul des droits au RSA à percevoir au cours de la période d'octobre 2018 à septembre 2020, Mme B n'a déclaré aucun revenu au titre des mois de juillet 2018 à juin 2020. Ainsi, ses droits au revenu de solidarité active ont, dans un premier temps, été calculés sur la base de ses déclarations. La CAF des Hauts-de-Seine a toutefois constaté qu'elle avait disposé en décembre 2018, à la suite d'un héritage, d'une somme de 698 000 euros placée sur un livret dit compte sur livret et d'un livret développement durable dont le capital placé s'élève à 12 101 euros. Si le département des Hauts de Seine a estimé que ces sommes auraient dû être déclarées et les a réintégrées pour déterminer le droit au RSA auquel pouvait prétendre la requérante pour la période en litige, il résulte de ce qui a été dit au point 8 ci-dessus que ce patrimoine, quand bien même il n'aurait pas été déclaré, constitue un bien productif de revenus dont seuls les intérêts produits doivent être intégralement pris en compte au titre des ressources du mois au cours duquel ils sont perçus, sans qu'il y ait lieu, pour les autres mois, de traiter le capital placé comme un bien non productif de revenus. Or, ainsi que le fait valoir Mme B sans être contestée, ni par le département des Hauts-de-Seine ni par la CAF des Hauts-de-Seine, les intérêts perçus de ses placements financiers, eu égard à leur montant n'excédant pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, lui donnaient droit au versement du RSA pour le montant qui lui a été attribué au titre de la période du 1er juillet 2018 au 31 août 2020.
10. Toutefois, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".
11. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
12. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête de la CAF des Hauts-de-Seine en date du 1er septembre 2020, que Mme B a séjourné à l'étranger du 14 au 25 février, du 20 au 30 avril et du 25 août au 5 septembre 2018 puis du 18 décembre 2018 au 20 juillet 2019. Ainsi, au titre de l'année 2019, les séjours à l'étranger de Mme B ayant excédé la durée de trois mois, le RSA ne devait lui être versé que pour les mois civils complets de présence en France, soit les mois d'août à décembre 2019.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 13 juin 2022 lui réclamant un indu d'un montant de 12 312 euros au titre de la période du 1er juillet 2018 au 31 août 2020 en tant que la somme qui lui est réclamée excède le montant du RSA qui lui a été versé au titre des mois de janvier à juillet 2019 au titre desquels elle n'y avait pas droit.
En ce qui concerne la prime exceptionnelle de fin d'année 2019 :
14. Aux termes de l'article 3 du décret n°2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. Une seule aide est due par foyer ".
15. Eu égard à ce qui a été dit aux points 9 à 13 ci-dessus, la requérante ayant droit au bénéfice du revenu de solidarité active au titre du mois de novembre ou de décembre 2019, elle est fondée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de la décision du 12 septembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2019 d'un montant de 152,45 euros ainsi que de la décision rejetant implicitement son recours gracieux.
Sur l'avis des sommes à payer du 1er mars 2021 :
16. Aux termes de l'article 24 du décret relatif à la gestion budgétaire et comptable publique n°2012-1246 du 7 novembre 2012 : " () Toute créance faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". Ces dispositions imposent à la personne publique qui émet un état exécutoire d'indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis.
17. L'avis des sommes à payer, en date du 1er mars 2021, vise les dispositions de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales et mentionne tant les références du titre exécutoire émis que son objet " trop perçu RSA R01 1er juillet 2018 au 31 août 2020 " correspondant à un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er juillet 2018 au 31 août 2020. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'avis des sommes à payer est insuffisamment motivé. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.
18. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 ci-dessus, Mme B est fondée à en demander l'annulation en tant que la somme qui lui est réclamée excède le montant du RSA qui lui a été versé au titre des mois de janvier à juillet 2019 au titre desquels elle n'y avait pas droit.
Sur les conclusions aux fins de remboursement et de décharge :
19. Le présent jugement implique nécessairement que le département des Hauts-de-Seine procède au réexamen du droit au revenu de solidarité active de Mme B sur la base des motifs du point 13 de ce jugement, détermine le montant du trop-perçu restant à la charge de la requérante, et lui rembourse les sommes qui auraient déjà été retenues excédant le trop-perçu restant à sa charge. Il y a donc lieu d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de réexaminer le droit au revenu de solidarité active de Mme B sur la base des motifs du point 13 de ce jugement, de déterminer le montant du trop-perçu restant à la charge de la requérante, et de lui rembourser les sommes qui auraient déjà été retenues excédant le trop-perçu restant à sa charge, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
20. Le présent jugement implique nécessairement que la CAF des Hauts-de-Seine rembourse à Mme B la somme de 152,45 euros au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année 2019, si celle-ci a déjà été retenue. Il y a donc lieu d'enjoindre à la CAF des Hauts-de-Seine de rembourser à Mme B la somme de 152,45 euros au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année 2019, si celle-ci a déjà été retenue, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
21. Eu égard à ce qui a été dit précédemment Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme de 152,45 euros relative à la prime exceptionnelle de fin d'année 2019 et, en matière de revenu de solidarité active, de celle correspondant au montant de la différence entre l'indu qui lui a été réclamé et celui restant à sa charge, déterminé selon les modalités qui ont été énoncées au point 13 du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
22. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la CAF des Hauts-de-Seine, du département des Hauts-de-Seine et de l'État, une somme à verser à Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 13 juin 2022, rejetant le recours préalable obligatoire de Mme B dirigé contre la décision lui réclamant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 12 312 euros au titre de la période du 1er juillet 2018 au 31 août 2020, est annulée en tant que la somme qui lui est réclamée excède le montant du revenu de solidarité active qui lui a été versé au titre des mois de janvier à juillet 2019.
Article 2 : La décision du 12 septembre 2020, par laquelle la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a notifié à Mme B un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2019 d'un montant de 152,45 euros, ainsi que celle rejetant implicitement son recours gracieux sont annulées.
Article 3 : L'avis des sommes à payer, émis le 1er mars 2021 par le département des Hauts-de-Seine et réclamant à Mme B le paiement d'une somme de 12 312 euros correspondant à l'indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er juillet 2018 au 31 août 2020, est annulé en tant que la somme qui lui est réclamée excède le montant du revenu de solidarité active qui lui a été versé au titre des mois de janvier à juillet 2019.
Article 4 : Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme de 152,45 euros qui lui a été réclamée par la caisse d'allocations familiales des Hauts-de Seine relative à la prime exceptionnelle de fin d'année 2019.
Article 5 : Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme qui lui a été réclamée par le département des Hauts-de-Seine en matière de revenu de solidarité active à hauteur de la différence entre l'indu qui lui a été réclamé et celui restant à sa charge, déterminé selon les modalités qui ont été énoncées à l'article 1er du présent jugement.
Article 6 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine de rembourser à Mme B les sommes éventuellement retenues au titre de l'indu annulé à l'article 2 du présent jugement dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
Article 7 : Il est enjoint au département des Hauts-de-Seine de réexaminer le droit au revenu de solidarité active de Mme B sur la base des motifs du point 13 du présent jugement, de déterminer le montant du trop-perçu restant à sa charge, et de lui rembourser les sommes qui auraient déjà été retenues excédant le trop-perçu restant à sa charge, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au département des Hauts-de-Seine et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2011401
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026