Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011407

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 octobre 2020 et 2 janvier 2024, Mme A B née D demande au tribunal :

1°) la décharge de l'obligation de payer résultant de la notification de cinq saisies administratives à tiers détenteur décernées le 28 janvier 2019 par le pôle de recouvrement spécialisé des Hauts-de-Seine pour le recouvrement des cotisations à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, ainsi que des pénalités y afférentes, au titre des années 2012 et 2013, pour un montant total de 12 458 euros ;

2°) de condamner l'État à réparer les préjudices moraux et financiers que lui ont occasionné le non-respect de la procédure de recouvrement.

Elle soutient que :

- l'administration fiscale a émis à son encontre les actes de poursuite litigieux sans respecter le délai de huit jours pour payer que lui accordait la mise en demeure de payer émise à son encontre le même jour, le 28 janvier 2019 ;

- elle n'avait pas été informée de sa dette fiscale qui avait en réalité été soldée en janvier 2016 par l'envoi d'un chèque d'un montant de 17 309 euros ;

- sa dette était prescrite ;

- sa dette de 12 458 euros correspond à des majorations qui sont mal fondées ;

- ces différentes illégalités procédurales lui ont causé un préjudice moral et financier, ne serait-ce que par les frais bancaires mis à sa charge.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2023, la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire produit par la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine a été enregistré le 6 février 2024, postérieurement à la clôture d'instruction intervenue dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B née D demande la décharge de l'obligation de payer résultant de la notification de cinq saisies administratives à tiers détenteur décernées le 28 janvier 2019 par le pôle de recouvrement spécialisé des Hauts-de-Seine pour le recouvrement des cotisations à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, ainsi que des pénalités y afférentes, au titre des années 2012 et 2013, pour un montant total de 12 458 euros. Elle demande également au tribunal de condamner l'État à réparer les préjudices moraux et financiers que lui ont occasionné le non-respect de la procédure de recouvrement

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 257-0 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable : " () A défaut de paiement () des sommes mentionnées sur l'avis d'imposition à la date limite de paiement ou de celles mentionnées sur l'avis de mise en recouvrement et en l'absence d'une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement formulée dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article L. 277, le comptable public compétent adresse au contribuable une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte de poursuite devant donner lieu à des frais au sens de l'article 1912 du code général des impôts () Lorsque la mise en demeure de payer n'a pas été suivie de paiement ou d'une demande de sursis de paiement au sens de l'article L. 277, le comptable public compétent peut engager des poursuites à l'expiration d'un délai de trente jours suivant sa notification () ". Selon l'article L. 257-0 B du même livre, dans sa rédaction alors applicable, la mise en demeure de payer n'a pas à être précédée d'une lettre de relance lorsque les impositions dont le recouvrement est recherché résultent de l'application d'une procédure de rectification ou d'une procédure d'imposition d'office. L'article L. 260 du livre des procédures fiscales dispose que : " Dans les cas mentionnés au 2 de l'article 1663 du code général des impôts, le comptable public compétent peut faire signifier une mise en demeure de payer au contribuable dès l'exigibilité de l'impôt sur le revenu, des contributions sociales recouvrées comme en matière d'impôt sur le revenu, de la taxe d'habitation, des taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties et des impositions recouvrées comme les impositions précitées.() ".

3. Les impositions litigieuses, qui font suite à une procédure de rectification ou à une procédure d'imposition d'office, ont été mises en recouvrement les 30 septembre et 15 novembre 2015, leur exigibilité étant immédiate, en application de l'article L. 260 du livre des procédures fiscales, à l'exception des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu établies au titre de l'année 2013, qui devaient être payées au 16 novembre 2015. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a émis, le 3 décembre 2015, une première mise en demeure de payer des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, ainsi que des pénalités y afférentes, au titre des années 2012 et 2013, pour un montant total de 29 767 euros. A l'issue de la notification de cette mise en demeure à la requérante, qui en a accusé réception le 11 décembre 2015, celle-ci s'est acquittée de sa dette à hauteur de 17 309 euros. Ainsi, elle n'ignorait pas qu'elle demeurait redevable d'une dette de 12 458 euros. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la requérante n'était pas informée du reliquat de sa dette à la date d'émission des saisies administratives à tiers détenteur en litige ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, le moyen par lequel un contribuable à l'encontre duquel le comptable public a poursuivi le recouvrement d'impositions établies à son nom soutient que celles-ci sont mal fondées, notamment concernant les pénalités assortissant les suppléments d'impôt mis à sa charge, est relatif au contentieux de l'assiette. Il ne peut dès lors pas utilement être présenté à l'appui d'une demande de décharge de l'obligation de payer.

5. En troisième lieu, l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable, dispose que les comptables du trésor qui n'ont fait aucune poursuite contre un contribuable retardataire pendant quatre années consécutives à partir du jour de la mise en recouvrement du rôle, perdent leur recours et sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. Le délai de prescription est interrompu dans les conditions de droit commun fixées par le code civil dans les conditions fixées par ses articles 2224 et suivants. Aux termes de l'article 2231 du code civil : " L'interruption efface le délai de prescription acquis. Elle fait courir un nouveau délai de même durée que l'ancien ". Aux termes de l'article 2240 du même code : " La reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription ". À cet égard, la reconnaissance, par le redevable de l'impôt, de l'exigibilité de sa dette s'entend de tout acte ou de toute démarche par lesquels celui-ci admet son obligation de payer une créance définie par sa nature, son montant et l'identité de son titulaire. En vertu de l'article 2244 du code civil, le délai de prescription est également interrompu, notamment, par un acte d'exécution forcée, au nombre desquels sont les avis à tiers détenteurs.

6. Il résulte de l'instruction, et en particulier des mentions du premier mémoire en défense de l'administration fiscale, que l'administration fiscale a, après la mise en recouvrement des impositions en litige intervenue les 30 septembre et 15 novembre 2015, émis une mise en demeure de payer ces impositions le 3 décembre suivant, dont la requérante a accusé réception le 11 décembre 2015. Elle établit également que, le 26 janvier 2016, la requérante s'est acquittée d'une partie de sa dette à hauteur de 17 309 euros. Par suite, à la date de notification des cinq saisies administratives à tiers détenteur en litige, le 28 janvier 2019, le délai de prescription de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales n'était pas échu et les impositions en litiges demeuraient exigibles.

7. En dernier lieu, il résulte des dispositions précitées au point 2 ci-dessus, que l'envoi d'une mise en demeure de payer au redevable est, en vertu de l'article L 257-0 A du livre des procédures fiscales, obligatoire avant la notification du premier acte de poursuite devant donner lieu à des frais au sens de l'article 1912 du code général des impôts. Il s'ensuit que le comptable public n'est pas tenu d'adresser une telle mise en demeure préalablement à la notification d'une saisie administrative à tiers détenteur prévue à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales dès lors que celle-ci n'est pas un acte de poursuite devant donner lieu à des frais au sens de l'article 1912. Ainsi si l'administration décide, sans y être tenue, d'adresser une mise en demeure à un contribuable dans cette situation, cet envoi ne constitue pas, dans cette hypothèse, une garantie pour ce contribuable. Dès lors, la circonstance que l'administration fiscale ait émis une mise en demeure le 28 janvier 2019 portant sur le reliquat de la dette fiscale de la requérante pour un montant de 12 458 euros et qu'elle ait concomitamment émis les saisies administratives à tiers détenteur litigieuses, sans attendre l'expiration d'un délai de huit jours que lui avait laissé cette mise en demeure pour s'acquitter de sa dette, n'a pas été de nature à priver Mme B née D d'une garantie dont elle puisse se prévaloir et ne peut avoir d'influence sur la régularité de la procédure de recouvrement. Il s'ensuit que ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B née D aux fins de décharge de l'obligation de payer les impositions litigieuses ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, et en tout état de cause, ses conclusions indemnitaires, l'administration fiscale n'ayant commis aucune illégalité dans la procédure de recouvrement en litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B née D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B née D et à la directrice départementale des finances publiques du département des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Amazouz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2011407