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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011492

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011492

lundi 13 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCABINET GRIMALDI MOLINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 9 novembre 2020 et 30 mars 2022, Mme A représentée par Me Grimaldi demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2020 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Pays-de-France Carnelle " a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service des troubles anxio-dépressifs dont elle souffre, ensemble la décision implicite née le 23 septembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'EHPAD " Pays-de-France Carnelle " de reconnaître l'imputabilité au service des troubles anxio-dépressifs dont elle souffre dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'EHPAD " Pays-de-France Carnelle " à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées de vices de procédure en ce que d'une part, le médecin du service de médecine professionnelle et préventive n'a pas été informé de la réunion de la commission de réforme et d'autre part, n'a pas produit son rapport, en méconnaissance des dispositions des articles 18 et 26 du décret du 14 mars 1986 ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que la commission de réforme a reconnu l'imputabilité au service de sa pathologie.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 mai 2021 et 6 janvier 2023 l'EHPAD " Pays-de-France Carnelle " représenté par Me Budet conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 24 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 février 2023 à 12 heures.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Colin,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lesson, représentant l'EPHAD et de Mme A.

Une note en délibéré a été enregistrée le 17 octobre 2023 pour l'EPHAD et n'a pas été communiquée.

Une note en délibéré a été enregistrée le 25 octobre 2023 pour Mme A et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée le 1er septembre 1999 par l'Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) " Pays-de-France Carnelle " en qualité d'adjoint des cadres hospitaliers. Par un courrier daté du 8 janvier 2020, Mme A a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service des troubles anxio-dépressifs dont elle souffre. Dans sa séance du 18 juin 2020, la commission de réforme a donné un avis favorable à l'imputabilité au service de cette maladie. Par une décision datée du 15 juillet 2020, le directeur de l'EHPAD " Pays-de-France Carnelle " a refusé de faire droit à la demande de l'intéressée. Par une décision implicite née le 23 septembre 2020, il a rejeté le recours gracieux formé le 23 juillet 2020 contre cette décision. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions du 15 juillet 2020 et du 23 septembre 2020.

2. En premier lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

3. Par suite, la requérante ne saurait utilement se prévaloir des vices propres de la décision portant rejet de son recours gracieux née le 23 septembre 2020.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 18 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le médecin du travail attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical ou à la commission de réforme est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 34, 43 et 47-7. / Le fonctionnaire intéressé et l'administration peuvent, en outre, faire entendre le médecin de leur choix par le comité médical ou la commission de réforme ". Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission informe () le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. () Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous ".

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.

6. Mme A qui relève de la fonction publique hospitalière et non de la fonction publique d'Etat, ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles 18 et 26 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986. Par ailleurs, si l'EHPAD " Pays-de-France- Carnelle " fait valoir que le médecin aurait été informé de la séance de la commission de réforme traitant de la situation de Mme A, il ne l'établit pas. Toutefois si le médecin n'a pas été mis en mesure d'émettre d'observations sur cette dernière, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004, ce vice de procédure n'a, en l'espèce, privé l'intéressée d'aucune garantie et n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise dès lors que la commission de réforme a donné un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'affection dont souffre la requérante, sans qu'y fasse obstacle la circonstance, à la supposer même établie, que cette commission aurait émis un avis plus étayé si elle avait disposé d'observations du médecin de prévention. Par suite, ce moyen doit en tout état de cause être écarté.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 41 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 susvisée, dans sa rédaction alors applicable : " () /2° () si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / () l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales ". L'article L.27 du code des pensions civiles et militaires de retraite vise " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladie contractées ou aggravées soit en service, () ". Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher du service la survenance ou l'aggravation de la maladie.

8. D'autre part, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 461-1 du code la sécurité sociale : " () Est présumée d'origine professionnelle toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau. () " . Aucune disposition législative ou réglementaire ne rendait applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ces dispositions à la date à laquelle la pathologie de la requérante a été diagnostiquée. Il incombe par suite uniquement à l'administration d'apprécier si cette affection a été contractée ou aggravée en service au sens de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Pour déterminer si la preuve de cette imputabilité est apportée par le demandeur, le juge prend en compte un faisceau d'éléments, et notamment le fait que la maladie en cause est inscrite dans l'un des tableaux précités, sans qu'il soit lié par ces tableaux ou, de manière plus générale, par la présomption instituée par l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale.

9. La requérante soutient que le directeur de l'EPHAD a commis une erreur d'appréciation en refusant de reconnaitre l'imputabilité au service de sa maladie contrairement à l'avis de la commission de réforme.

10. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été placée en arrêt de travail à compter du 8 septembre 2016 en raison d'un état anxio-dépressif. Il ressort également des pièces du dossier que la commission de réforme a reconnu l'imputabilité au service de sa maladie en s'appuyant sur le rapport d'expertise du Docteur C, médecin psychiatre agréé, ayant examiné la requérante le 2 avril 2020 qui conclut que l'état anxio-dépressif dont souffre la requérante depuis le 1er septembre 2016 et constaté le 8 septembre suivant est en rapport direct unique et certain avec des faits de harcèlement moral qui se sont déroulés du 1er au 8 septembre 2016 sur son lieu de travail. Comme le relève le Dr C dans son rapport, la requérante impute ses troubles anxio-dépressifs à des accusations par lesquelles il lui aurait été reproché une mauvaise gestion de sa part, d'avoir été la maitresse de l'ancien directeur, d'avoir pris de l'argent pour elle, ainsi qu'à un acharnement sur sa personne, des mots blessants et des propos diffamatoires qui se seraient déroulés entre le 1er et le 8 septembre 2016. Toutefois, d'une part, ces agissements ne peuvent être qualifiés de harcèlement moral, ainsi d'ailleurs que ce tribunal en a jugé lors d'une précédente requête de l'intéressée par décision du 2 mars 2021 rendu sous le numéro 1804875, d'autre part, en se bornant à faire valoir qu'elle été victime d'accusation et de rumeurs à son endroit, de propos diffamatoires et publics de la part de son directeur qui auraient été relatés dans un rapport circonstancié, qui au demeurant n'est pas produit, émanant de Mme B, ex agent d'accueil à l'EHPAD et en se prévalant de faits postérieurs au 8 septembre 2016, date à laquelle elle a été placée en arrêt maladie, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir que de tels agissements se seraient déroulés la semaine du 1er au 8 septembre 2016. Compte-tenu de ces éléments, l'intéressé ne peut être regardée comme démontrant que son environnement professionnel au cours de la semaine du 1er au 8 septembre 2016 aurait été de nature à susciter le développement de la pathologie dont elle est affectée. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Pays- de- France Carnelle " a estimé qu'il ne disposait pas d'élément permettant d'établir un lien entre la maladie de Mme A et l'exercice de ses fonctions.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 15 juillet 2020 et de la décision implicite de rejet née le 23 septembre 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Pays-de-France Carnelle" au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Pays- de- France Carnelle " au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Pays-de-France Carnelle".

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme Colin, première conseillère,

Mme Debourg, conseillère,

assistées de Mme Pradel, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023

La rapporteure,

signé

C. COLIN

La présidente,

signé

H. LE GRIEL

La greffière,

signé

E. PRADEL

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

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