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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011776

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011776

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011776
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPHILIP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2020, M. et Mme A B, représentés par Me Philip, avocat, demandent au Tribunal administratif de Montreuil :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014 ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;

2°) de leur accorder le bénéfice du sursis de paiement sur le fondement de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux entiers dépens.

Par une ordonnance du 6 novembre 2020, la présidente de la 7ème chambre du Tribunal administratif de Montreuil a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. et Mme B.

Par des mémoires enregistrés les 29 juillet 2021 et 31 mai 2022, M. et Mme B, représentés par Me Philip, concluent aux mêmes fins que la requête.

M. et Mme B soutiennent que :

- M. B ne saurait être qualifié maître de l'affaire, dès lors qu'il ne disposait d'aucune part sociale de la SARL PM Ferronnerie et que sa gestion était soumise au vote de l'assemblée des associés de cette société ;

- le montant des sommes réputées distribuées est excessif dès lors qu'il résulte d'une reconstitution de recettes fondée, d'une part, sur des documents non probants, qui ne se rattachent pas aux exercices vérifiés et, d'autre part, sur un résultat brut, intégrant les charges de la société nécessaires à sa réalisation ;

- pour les mêmes motifs, le montant des contributions sociales supplémentaires est excessif ;

- ils n'ont pas commis des manquements délibérés, de sorte que l'administration ne pouvait pas leur infliger de pénalités en application de l'article 1729 du code général des impôts.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 mai 2021 et 31 mars 2022, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.

L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable et, à titre subsidiaire, que les moyens invoqués par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À l'issue de la vérification de comptabilité de la SARL PM Ferronnerie portant sur les exercices 2011 à 2013, M. B, gérant de cette société, s'est vu notifier, par une proposition de rectification du 18 août 2014, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2011 à 2013, assorties de majorations et pénalités. Par deux réclamations préalables en date des 10 novembre 2015 et 27 décembre 2017, M. B a demandé le dégrèvement des cotisations supplémentaires mises à sa charge. L'administration a, par une décision en date du 16 août 2018, partiellement admis sa réclamation et maintenu les impositions contestées pour un montant total de 422 661 euros. M. et Mme B demandent au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur l'étendue du litige :

2. L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France a prononcé, dans son mémoire en défense, le dégrèvement des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. et Mme B ont été assujettis au titre des années 2011 à 2013, ainsi que des pénalités correspondantes, à hauteur de 57 974 euros. Les conclusions de la requête tendant à la réduction de ces cotisations à concurrence de cette somme sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

4. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a relevé que M. B était gérant de droit de la SARL PM Ferronnerie depuis le 14 mars 2008, disposant ainsi des pouvoirs les plus étendus pour agir au regard de ses statuts, et apparaissait comme l'interlocuteur des clients de la société, dès lors qu'il avait signé des contrats de sous-traitance au nom de la société, perçu plusieurs chèques sur le compte courant d'associé de cette dernière et signait seul les chèques émis par elle. M. B ne conteste pas les éléments avancés par l'administration. Dans ces conditions, l'administration fiscale établit que M. B a eu seul la maîtrise de l'affaire au cours des années en litige, et est, dès lors, fondée à regarder l'intéressé comme ayant appréhendé les distributions en provenance de la société PM Ferronnerie. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a réintégré ces revenus distribués dans le revenu imposable de M. et de Mme B au titre des années 2011 à 2013 sur le fondement des dispositions précitées.

5. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt, diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. / 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services () ".

6. Il résulte de l'instruction que l'administration a écarté la comptabilité de la SARL PM Ferronnerie comme non probante et reconstitué son chiffre d'affaires en se fondant sur les données obtenues en application de son droit de communication et sur les éléments produits par la société lors des opérations de contrôle.

7. Pour remettre en cause le montant issu de cette vérification, M. et Mme B soutiennent que l'administration s'est fondée sur de simples courriers de demandes de libération de retenues de garantie, auxquelles il aurait été fait droit en dehors des exercices en litige. Les requérants n'apportent toutefois aucun élément permettant d'établir la réalité des travaux allégués ou de leur date de réception, ni même le bien-fondé des demandes de libération de garanties. Si M. et Mme B font également valoir que l'administration ne pouvait utilement se fonder sur une facture comportant des mentions manuscrites, ils ne démontrent par aucun élément circonstancié qu'elle serait effectivement dépourvue de caractère probant.

8. Il résulte en outre de l'instruction que l'administration n'a remis en cause aucune des charges comptabilisées par la SARL PM FERONNERIE au titre des exercices 2011 et 2013. Si M. et Mme B contestent le montant, ramené à 14 600 euros par le service, des rectifications au titre de l'exercice 2012, ils n'apportent aucun élément de nature à établir son caractère exagéré. En tout état de cause, le montant des charges acceptées par le service, correspondant respectivement à 84,85 %, 94 % et 92,24 % du chiffre d'affaires de la SARL PM Ferronnerie, est plus favorable que le ratio de 64% proposé par les intéressés. Dans ces conditions, M. et Mme B ne contestent pas utilement la méthode retenue par l'administration. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL PM Ferronnerie serait radicalement viciée et, partant, que le montant des distributions en litige serait excessif.

9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

10. Pour justifier du bien-fondé de la pénalité pour manquement délibéré, l'administration fait valoir que, M. B, gérant de la SARL PM Ferronnerie et désigné maître de l'affaire, ne pouvait ignorer avoir perçu des sommes de cette société, dont les recettes n'étaient pas intégralement comptabilisées et les charges comptabilisées n'étaient pas justifiées au titre des exercices 2011 à 2013. Dès lors, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du manquement délibéré des requérants et, par suite, du bien-fondé des pénalités qui ont été mises à leur charge, en application de l'article 1729 précité du code général des impôts.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. et Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme B doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme B à hauteur du dégrèvement de 57 974 euros prononcé en cours d'instance au titre des années 2013 et 2014.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. et Mme B est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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