jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2012009 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CLAIRANCE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires récapitulatifs, enregistrés le 23 novembre 2020, le 30 octobre 2021, le 22 décembre 2022 et le 13 janvier 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Lazo et Mure Architectes Associés, représentée par la SELARL Clairance Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la région Ile-de-France à lui verser la somme globale de 154 113,93 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre des honoraires supplémentaires qui lui seraient dus dans le cadre de l'exécution du marché de maîtrise d'œuvre pour l'achèvement de la restructuration du lycée Les Côtes de Villebon à Meudon-la-Forêt (Hauts-de-Seine) conclu le 11 juillet 2011 ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts moratoires applicables à ce marché, à compter de la réception du mémoire en réclamation, et de la capitalisation de ces intérêts ;
3°) de mettre à la charge de la région Ile-de-France la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le maître d'œuvre a droit à être rémunéré des missions supplémentaires décidées par le maître d'ouvrage, ainsi que des missions et prestations non prévues au marché s'il a été confronté, dans l'exécution de ce marché, à des sujétions imprévues présentant un caractère exceptionnel et imprévisible dont la cause est extérieure aux parties et qui ont pour effet de bouleverser l'économie du contrat ;
- en raison du règlement de l'avenant n° 5 par la région Ile-de-France, elle renonce à sa demande relative à l'allongement de la mission organisation, pilotage et coordination (OPC) ;
- le planning contractuel initial prévoyait quatre phases de réhabilitation et une réception des ouvrages au 31 août 2018 ;
- le désamiantage du bâtiment F, commencé fin juin 2017 et achevé le 9 septembre 2017, a mis en évidence des désordres importants et indécelables sur la structure de ce bâtiment qui constituent une sujétion technique imprévue ;
- cette sujétion technique imprévue, qui a bouleversé le phasage de l'opération augmenté de deux phases supplémentaires, a conduit la maîtrise d'œuvre à assurer des missions et prestations non prévues au contrat : suivi de chantier sur une durée anormalement élevée de vingt mois supplémentaires, organisation de réunions d'encadrement avec l'ensemble des intervenants, reprise intégrale des études suite aux anomalies décelées, assistance à toutes les réunions de synthèse pour arbitrage des conflits entre structure et réseaux, direction de réunions de chantiers plus complexes eu égard aux travaux de reprise structurelle à mettre en place et établissement des comptes rendus, exécution de visites de conformité de travaux spécifiques au bâtiment F ;
- la maîtrise d'œuvre a donc droit à des honoraires supplémentaires à hauteur de 191 294,20 euros HT et elle-même est fondée à demander la somme de 122 428,28 euros HT au regard de la répartition des honoraires ;
- les avenants conclus n'ont pas prévu la rémunération des prestations supplémentaires consécutives aux sujétions techniques imprévues sur le bâtiment F ;
- la région, qui n'a accédé partiellement à sa demande d'honoraires complémentaires pour l'allongement de la mission OPC qu'un an après le recours juridictionnel, doit supporter l'intégralité des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 14 septembre et le 1er décembre 2021, la région Ile-de-France conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions présentées par le titulaire au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables en ce qu'elles demandent de mettre à la charge une somme pour chacun des requérants alors qu'un seul demandeur est à l'origine du recours ;
- s'agissant de la mission OPC, la société requérante s'est engagé contractuellement à renoncer à toute réclamation antérieure au 4 février 2019 et ne justifie d'aucune diligence particulière avant le 5 mars 2019 ;
- la région a cependant accepté de verser au titulaire une somme de 37 022,16 euros HT, en lui notifiant un avenant n° 5, pour la rémunération des sept mois supplémentaires de cette mission, entre mars 2020 et septembre 2020 ;
- l'avenant n° 4 a intégralement rémunéré les prestations supplémentaires liées aux sujétions techniques imprévues sur le bâtiment F, en tirant les conséquences financières sur la rémunération du maître d'œuvre des travaux commandés par les ordres de service n° 20 et 23 pour faire face aux désordres sur le bâtiment F.
Un mémoire a été enregistré pour le compte de la région Ile-de-France le 13 janvier 2023. Il n'a pas été communiqué.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;
- le décret n° 93-1268 du 29 décembre 1993 ;
- le décret n° 2002-232 du 21 février 2002 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sitbon, conseiller ;
- et les conclusions de M. Camguilhem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement conclu le 11 juillet 2011, la société d'aménagement et d'équipement de la région parisienne (SAEROP) a confié, pour le compte de la région Ile-de-France, un marché de maîtrise d'œuvre pour l'achèvement de la restructuration du lycée professionnel Les Côtes de Villebon (Meudon, Hauts-de-Seine) à un groupement composé de la société à responsabilité limitée (SARL) Lazo et Mure Architectes Associés et de la société Igrec Ingénierie. Après avoir vainement saisi la région Ile-de-France d'une réclamation préalable reçue le 24 juillet 2020, la SARL Lazo et Mure Architectes Associés demande au tribunal de la condamner à lui régler des honoraires complémentaires du fait de diligences supplémentaires consécutives à des modifications de prestations et de programme décidées par le maître d'ouvrage et des sujétions techniques imprévues.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la région Ile-de-France :
2. En demandant au tribunal de mettre à la charge de la région Ile-de-France la somme de 5 000 euros à verser à " chacun des requérants " au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, la société requérante n'a pas, pour autant, présenté de conclusions, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au profit de plusieurs demandeurs. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la région en défense, tirée de ce que ces conclusions seraient irrecevables, ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. D'une part, aux termes de l'article 9 de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée, applicable au litige : " La mission de maîtrise d'œuvre donne lieu à une rémunération forfaitaire fixée contractuellement. Le montant de cette rémunération tient compte de l'étendue de la mission, de son degré de complexité et du coût prévisionnel des travaux. ".
4. D'autre part, selon l'article 30 du décret du 29 décembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé : " En cas de modification de programme ou de prestations décidées par le maître de l'ouvrage, le contrat de maîtrise d'œuvre fait l'objet d'un avenant qui arrête le programme modifié et le coût prévisionnel des travaux concernés par cette modification, et adapte en conséquence la rémunération du maître d'œuvre et les modalités de son engagement sur le coût prévisionnel. ".
5. Il résulte des dispositions précitées que le titulaire d'un contrat de maîtrise d'œuvre est rémunéré par un prix forfaitaire couvrant l'ensemble de ses charges ainsi que le bénéfice qu'il en escompte, et que seule une modification de programme ou une modification de prestations décidées par le maître de l'ouvrage peuvent donner lieu, le cas échéant, à une augmentation de sa rémunération. En outre, le maître d'œuvre qui effectue des missions ou prestations non prévues au marché de maîtrise d'œuvre et qui n'ont pas été décidées par le maître d'ouvrage n'a droit à être rémunéré de ces missions ou prestations que lorsque, soit elles ont été indispensables à la réalisation de l'ouvrage selon les règles de l'art, soit le maître d'œuvre a été confronté dans l'exécution du marché à des sujétions imprévues présentant un caractère exceptionnel et imprévisible, dont la cause est extérieure aux parties et qui ont pour effet de bouleverser l'économie du contrat.
6. Il résulte des stipulations de l'article 3.2.1 de l'acte d'engagement du marché, que le titulaire est rémunéré par un forfait calculé sur la base du coût des travaux et d'un taux de rémunération définitif arrêté par l'avenant n°1, notifié le 25 juillet 2014 au terme de la phase d'avant-projet, à 10,32 %. Il s'ensuit que seuls des travaux supplémentaires commandés par le maître d'ouvrage ou réalisés par les entrepreneurs de travaux sont de nature à permettre la majoration de la rémunération du maître d'œuvre, dans les conditions fixées au point 5 du présent jugement.
7. Il résulte de l'instruction que l'avenant n° 4, notifié le 31 mars 2020, a tiré les conséquences sur la rémunération du maître d'œuvre de certains travaux supplémentaires commandés par le maître d'ouvrage aux entrepreneurs de travaux au titre, d'une part, de " modifications de programme " suivant les ordres de service n°s 2, 6, 7, 8, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 20, 21, 23, 24, 26, 28, 29, 32 et 36, et, d'autre part, de " prestations indispensables à la maîtrise d'ouvrage pour réaliser l'ouvrage " suivant les ordres de service n°s 6, 7, 10, 15, 17, 18, 20, 22, 23, 26 et 27, et enfin de " sujétions techniques imprévisibles suivant les ordres de service n°s 7, 15, 20, 23, 25, 30, 31, 32, 33, 34 et 37.
8. Si la société requérante prétend que cet avenant n'a pas pris en compte l'ensemble des prestations et diligences supplémentaires accomplies par l'équipe de maîtrise d'œuvre pour faire face aux sujétions imprévues sur le bâtiment F, les nombreux comptes rendus de réunion et de synthèse qu'elle produit sont trop peu contextualisés pour l'établir. En outre, il résulte de l'instruction, plus particulièrement du suivi des fiches de travaux modificatifs annexé aux comptes rendus, que les travaux supplémentaires susceptibles, au regard de la date de leur signalement et au visa " ALEA " qui leur est associé, d'être consécutifs aux sujétions imprévues sur le bâtiment F se rattachent aux ordres de service cités au point 7 du présent jugement qui ont été rémunérés par l'avenant n° 4. Il en va de même des fiches de travaux modificatifs n°s 81 et 91 qui se rattachent respectivement aux ordres de service n°s 23 et 28 et 36.
9. Au demeurant, si la SARL Lazo et Mure Architectes Associés se prévaut de l'allongement de la durée du chantier, il résulte de ses propres déclarations que les retards calendaires sont, pour partie, liés à des reports antérieurs au désamiantage du bâtiment F ainsi qu'aux défaillances de l'un des intervenants à l'opération de travaux et à la crise sanitaire, circonstances qui sont étrangères aux sujétions dont elle se prévaut, dont le caractère ne peut en tout état de cause être regardé comme intrinsèquement imprévu.
10. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires présentées par la société requérante au titre des sujétions imprévues ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions accessoires aux fins de versement des intérêts moratoires et de capitalisation de ces intérêts.
Sur les frais liés au litige :
11. Si la région Ile-de-France a partiellement fait droit, en cours d'instance, à la demande relative à l'allongement de la mission OPC abandonnée dans le dernier mémoire de la requérante, il n'y a pas pour autant lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à sa charge une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de la société Lazo et Mure Architectes Associés est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Lazo et Mure Architectes Associés et à la région Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente,
Mme A et M. Sitbon, conseillers,
Assistés de Mme Ricaud, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. Sitbon
La présidente
Signé
C. Oriol
La greffière,
Signé
V. Ricaud
La République mande et ordonne au préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026