Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012015

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012015
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème Chambre
Avocat requérantGLADEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la demande de Mme A, qui sollicitait la décharge d'une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de 2017, relative à une indemnité transactionnelle de 120 000 euros perçue lors de la rupture de son contrat de travail. La requérante invoquait le principe de non double imposition et la convention fiscale franco-américaine, mais le tribunal a écarté ce moyen faute de preuve suffisante, la déclaration de revenus américaine produite étant non traduite et ne mentionnant pas cette indemnité. S'agissant de la qualification de l'indemnité, le tribunal a rappelé qu'en application des articles 79 et 80 duodecies du code général des impôts, seules les indemnités de licenciement sans cause réelle et sérieuse prévues par le code du travail sont exonérées, et que l'indemnité transactionnelle, versée dans le cadre d'un accord mettant fin à une contestation, constitue une rémunération imposable. La solution retenue est donc le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 23 novembre 2020 et 8 décembre et 19 juillet 2023, Mme A, représentée par Me Gladel, demande au tribunal la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à sa charge au titre de l'année 2017.

Elle soutient que :

- recrutée le 16 juin 2016 et non le 6 février 2017, son embauche était définitive au moment de la rupture de son contrat de travail et l'indemnité transactionnelle conclu avec son employeur constitue une indemnité de licenciement sans cause réelle et sérieuse et n'est donc pas imposable ;

- en vertu du principe de non double imposition et en application de la convention fiscale entre la France et les Etats Unis, elle a déclaré et payé ses revenus aux Etats Unis et ne doit donc pas être imposée en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 25 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2023.

Un mémoire en défense présenté par le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise a été enregistré le 28 mai 2024, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement des États-Unis d'Amérique en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune en date du 31 août 1994 modifiée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la rupture de son contrat de travail avec la société TERUMO EUROPE, Mme A a signé avec cette société un protocole d'accord transactionnel prévoyant le versement de la somme de 120 000 euros bruts à titre de dommages et intérêts et d'indemnité forfaitaire, transactionnelle et définitive. Mme A a déposé la déclaration de ses revenus de l'année 2017 sans mentionner ce revenu. Par une proposition de rectification du 21 août 2019, une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017 lui a été notifiée. La réclamation de Mme A a été rejetée le 5 novembre 2020. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge de cette imposition supplémentaire.

2. En premier lieu, la requérante invoque la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement des États-Unis d'Amérique susvisé et le principe de non double imposition pour solliciter l'exonération de l'indemnité transactionnelle qui lui a été versée par son employeur. Toutefois, la seule production de sa déclaration de revenu américaine, non traduite et non signée n'est pas de nature à remettre en cause les impositions litigieuses alors que la requérante affirme elle-même ne pas avoir déclaré aux Etats unis l'indemnité transactionnelle qui n'y serait par ailleurs pas imposable. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 79 du code général des impôts : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. / Il en est de même des prestations de retraite servies sous forme de capital. " Aux termes de l'article 80 duodecies du même code : " 1. Toute indemnité versée à l'occasion de la rupture du contrat de travail constitue une rémunération imposable, sous réserve des dispositions suivantes. / Ne constituent pas une rémunération imposable : / 1° Les indemnités mentionnées aux articles L. 1235-1, L. 1235-2, L. 1235-3, L. 1235-3-1 et L. 1235-11 à L. 1235-13 du code du travail / 2° Les indemnités de licenciement ou de départ volontaire versées dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi au sens des articles L. 1233-32 et L. 1233-61 à L. 1233-64 du code du travail ; ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 1235-3 du code du travail dans sa version applicable au litige : " Si le licenciement d'un salarié survient pour une cause qui n'est pas réelle et sérieuse, le juge peut proposer la réintégration du salarié dans l'entreprise, avec maintien de ses avantages acquis. /Si l'une ou l'autre des parties refuse cette réintégration, le juge octroie au salarié une indemnité à la charge de l'employeur, dont le montant est compris entre les montants minimaux et maximaux fixés dans le tableau ci-dessous. () ".

5. Enfin, l'article 2044 du code civil dispose que : " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. /Ce contrat doit être rédigé par écrit. ".

6. Pour l'application et l'interprétation d'une disposition législative, aussi bien les autorités administratives que le juge sont liés par les réserves d'interprétation dont une décision du Conseil constitutionnel, statuant sur le fondement de l'article 61-1 de la Constitution, assortit la déclaration de conformité à la Constitution de cette disposition.

7. Il résulte de la réserve d'interprétation énoncée par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2013-340 QPC du 20 septembre 2013 statuant sur la conformité à la Constitution du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts que les dispositions de cet article, qui définissent les indemnités versées à l'occasion de la rupture du contrat de travail bénéficiant, en raison de leur nature, d'une exonération totale ou partielle d'impôt sur le revenu, ne sauraient, sans instituer une différence de traitement sans rapport avec l'objet de la loi, conduire à ce que le bénéfice de l'exonération varie selon que l'indemnité a été allouée en vertu d'un jugement, d'une sentence arbitrale ou d'une transaction et qu'en particulier, en cas de transaction, il appartient à l'administration et, lorsqu'il est saisi, au juge de l'impôt, au vu de l'instruction, de rechercher la qualification à donner aux sommes objet de la transaction.

8. A cet égard, les sommes perçues par un salarié en exécution d'une transaction conclue avec son employeur ne sont susceptibles d'être regardées comme des indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse mentionnées à l'article L. 1235-3 du code du travail que s'il résulte de l'instruction que la rupture des relations de travail est assimilable à un tel licenciement. Dans ce cas, les indemnités accordées au titre d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse sont exonérées. La détermination par le juge de la nature des indemnités se fait au vu de l'instruction et conformément à la jurisprudence établie du juge du travail.

9. Il résulte de l'instruction et notamment du certificat de travail et du contrat de travail signé le 6 février 2017 que Mme A a été recrutée par la société TERUMO EUROPE le même jour. Le contrat prévoyait une période d'essai de trois mois renouvelable. Si la requérante soutient avoir été recrutée à compter du 16 juin 2016, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Il s'ensuit que la rupture du contrat de travail le 9 mars 2017 a eu lieu pendant la période d'essai. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que son licenciement est intervenu sans cause réelle et sérieuse et que l'indemnité transactionnelle susmentionnée était exonérée d'impôt.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les revenus mise à sa charge au titre de l'année 2017.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

Signé

T. BertonciniLa greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2012015