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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012211

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012211

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012211
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCOUBRIS, COURTOIS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 novembre 2020, 14 mars 2022, 12 juillet 2022, 10 novembre 2022 et 29 juillet 2024, une régularisation enregistrée le 16 avril 2024, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées les 21 décembre 2023, 16 avril 2024, 3 mai 2024 et le 15 juillet 2024, Mme F D et M. A C, représentés par la SELARL Coubris, Courtois et Associés, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier René Dubos de Pontoise, devenu Hôpital Nord-Ouest Val-d'Oise (NOVO) à verser à Mme D la somme de 1'370'329,52 euros et à M. C la somme de 45 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'intervention chirurgicale qu'a subie Mme D le 3 juillet 2014, ces sommes devant être majorées des intérêts au taux légal à compter de la date du jugement à intervenir ;

2°) de déclarer le jugement à intervenir commun à la caisse primaire d'assurance maladie ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier René Dubos une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le centre hospitalier René Dubos, devenu hôpital NOVO, a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité en faisant usage d'une trop grande quantité de compresses hémostatiques lors de son opération le 3 juillet 2014, en méconnaissance des règles de l'art, puis par un diagnostic et une prise en charge tardifs de la compression médullaire qui en a résulté après migration de ces compresses dans son canal médullaire ;

- ces fautes ont été à l'origine pour Mme D d'une paraplégie dont elle conserve de lourdes séquelles ;

- le centre hospitalier René Dubos doit être condamné à verser à Mme D, en réparation des préjudices temporaires et permanents qu'elle a subis du fait de cette intervention et de cette prise en charge fautives, un montant total de 1 370 329,52 euros résultant des sommes de :

. 4 198,08 euros au titre de ses dépenses de santé actuelles restées à sa charge ;

. 331,60 euros au titre de ses frais paramédicaux temporaires ;

. 105 298 euros au titre de ses frais d'assistance par une tierce personne temporaires ;

. 1 213,25 euros au titre de ses frais de télévision ;

. 104 902,94 euros au titre de ses frais de logement adaptés temporaires ;

. 6 078,40 euros au titre de ses dépenses de santé futures ;

. 23 818 euros au titre de ses frais divers après consolidation ;

. 8 065,89 euros au titre de ses frais d'adaptation du logement permanents ;

. 30 064,25 euros au titre de ses frais de véhicule adapté permanents ;

. 731 913,61 euros au titre de ses frais d'assistance par tierce personne permanents ;

. 20 000 euros au titre de son incidence professionnelle dès lors qu'elle ne peut plus exercer le métier de responsable de gestion administrative qu'elle exerçait auparavant ;

. 33 445,50 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

. 35 000 euros au titre de ses souffrances endurées ;

. 8 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;

. 196 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;

. 20 000 euros au titre de son préjudice d'agrément ;

. 20 000 euros au titre de son préjudice sexuel ;

. 22 000 euros au titre de son préjudice esthétique permanent ;

- l'hôpital NOVO doit être condamné à verser à M. C, en réparation des préjudices qu'il a subis en lien avec le dommage en sa qualité de victime indirecte, un montant total de 45 000 euros résultant des sommes de :

. 25 000 euros au titre de son préjudice moral et d'accompagnement ;

. 20 000 euros au titre de son préjudice sexuel.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 janvier 2021 et le 12 juillet 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saumon, conclut à sa mise hors de cause et au rejet de toutes conclusions dirigées à son encontre.

Il fait valoir que :

- les requérants ne dirigent aucune conclusion contre lui ;

- les conditions d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies dès lors qu'elle ne saurait intervenir qu'à titre subsidiaire tandis que les fautes commises par le centre hospitalier dans la prise en charge de Mme D sont à l'origine du dommage et qu'un retard de diagnostic même non fautif n'est pas de nature à ouvrir droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale ;

- à titre subsidiaire, il ne peut être condamné sur le fondement d'expertises qui n'ont pas été réalisées à son contradictoire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 mai 2022, 2 septembre 2022, 4 octobre 2022, un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2024, qui n'a pas été communiqué, et un mémoire récapitulatif enregistré le 6 août 2024, le centre hospitalier René Dubos, devenu Hôpital Nord-Ouest Val-d'Oise, représenté par Me Ricouard, conclut :

1°) à ce que sa part de responsabilité dans la survenance du dommage soit limitée à 70 %, 30 % du dommage devant être indemnisé au titre de la solidarité nationale ;

2°) à ce que les demandes indemnitaires des requérants et celles formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice soient ramenées à de plus justes proportions ;

3°) à ce que les demandes d'indemnisation présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise soient ramenées à de plus justes proportions, à ce que les frais futurs soient indemnisés sur justificatifs et non en capital et à ce que sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit rejetée ou, subsidiairement, ramenée à de plus justes proportions.

Il fait valoir que :

- sa part de responsabilité dans la survenance du dommage ne saurait être engagée qu'à hauteur de 70 % ;

- l'indemnisation, à hauteur de 30%, des préjudices subis par les requérants incombe ainsi à l'ONIAM dès lors que le retard de diagnostic et de prise en charge de la compression médullaire survenue chez Mme D, qui a entraîné une perte de chance de 30 % d'éviter le dommage, est constitutif d'un accident médical non fautif ouvrant droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale;

- Mme D ne justifie pas de la réalité ou de l'étendue de tous ses préjudices ;

- M. C ne justifie pas de l'étendue de son préjudice d'affection et d'accompagnement ; le préjudice sexuel est compris dans le préjudice d'affection s'agissant des victimes par ricochet ;

- les indemnités réclamées par la CPAM au titre des frais médicaux et pharmaceutiques ainsi que les frais de vaccin ne sont pas en lien direct avec la prise en charge de Mme D.

Par des mémoires enregistrés le 29 août 2022 et le 16 juillet 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise, représentée par Me Gineste-Vasutek, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'hôpital NOVO à lui verser, à titre principal, la somme de 458 792,78 euros ou, à titre subsidiaire, la somme de 305 861,84 euros, en remboursement de ses débours passés et futurs en lien avec l'accident dont a été victime Mme D lors de sa prise en charge du 3 juillet 2014 par l'établissement, majorée des intérêts au taux légal à compter du jour de la première demande ;

2°) de condamner l'hôpital NOVO à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge de l'hôpital NOVO la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'hôpital NOVO a commis une faute dans la prise en charge de Mme D de nature à engager sa responsabilité en faisant un usage excessif de compresses hémostatiques durant l'intervention du 3 juillet 2014 ;

- elle a exposé des débours en lien avec le dommage s'élevant à :

. la somme de 184 633,24 euros au titre des frais hospitaliers pour la période du 4 juillet 2014 au 3 novembre 2015 ;

. la somme de 5 020,73 au titre des frais médicaux pour la période du 8 mars 2016 au 30 septembre 2019 ;

. la somme de 7 039,17 euros au titre des frais pharmaceutiques pour la période du 30 mars 2016 au 12 septembre 2019 ;

. la somme de 18 922,91 euros au titre des frais d'appareillage pour la période du 30 mars 2016 au 30 septembre 2019 ;

. la somme de 10 602,36 euros au titre des frais de transport pour la période du 27 octobre 2015 au 14 mai 2018 ;

. la somme de 27 415,57 euros au titre des indemnités journalières pour la période du 4 juillet 2015 au 4 décembre 2017 ;

- elle devra exposer dans le futur des frais d'un montant de 202 897,81 euros au titre de frais médicaux et d'appareillage.

La procédure a été communiquée à la société Swiss Life Prévoyance, qui n'a pas produit d'observations.

La procédure a été communiquée à la société Relyens, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 6 août 2024, la clôture d'instruction fixée au 7 août 2024 a été reportée au 13 août suivant.

La caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise a produit un mémoire le 30 août 2024 qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure ;

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Grillet de la SELARL Coubris, Courtois et Associés, représentant Mme D et M. C, et de Me Botton, substituant Me Ricouard, représentant l'hôpital NOVO.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, née le 8 novembre 1953, a subi une intervention chirurgicale au centre hospitalier René Dubos, devenu hôpital Nord-Ouest Val-d'Oise (NOVO), le 3 juillet 2014, consistant en une lobectomie supérieure droite et un curage ganglionnaire médiastinal pour le traitement d'un cancer des poumons. Dans les suites immédiates de cette intervention, Mme D a signalé un déficit sensitivo-moteur des deux membres inférieurs, dont l'origine a d'abord été imputée à sa rachianesthésie, avant que cette hypothèse ne soit écartée lorsqu'elle a présenté, le 4 juillet au matin, après retrait du cathéter d'anesthésie, une paraplégie flasque avec déficit sensitif de niveau T4. Cette constatation a conduit à la réalisation d'une imagerie à résonnance magnétique (IRM) en urgence, qui a révélé la présence d'une compression médullaire d'origine extrinsèque évoquant un hématome épidural, à l'origine d'une souffrance médullaire. La patiente a alors été transférée au service de neurochirurgie de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, relevant de l'assistance publique - hôpitaux de Paris, pour y bénéficier d'une intervention chirurgicale en urgence qui a révélé la présence de compresses hémostatique issues de la première opération dans son canal vertébral, à l'origine de la compression. En dépit du retrait de ces compresses, Mme D présentait toujours une paraplégie flasque de niveau T4 au réveil de cette seconde intervention. Elle a ensuite été prise en charge à nouveau au sein du centre hospitalier René Dubos en réanimation puis en neurologie jusqu'à son transfert au service de rééducation fonctionnelle du centre hospitalier d'Eaubonne le 18 août 2014, avant de rentrer à son domicile le 29 juillet 2015, la rééducation en hôpital de jour ayant été poursuivie jusqu'au 9 décembre 2016. Mme D souffre à ce jour d'une paraplégie sensitivo-motrice incomplète de niveau T4 avec troubles sphinctériens sévères.

2. Mme D a saisi le 14 mars 2017 d'une demande d'indemnisation amiable la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Île-de-France qui a diligenté une première expertise, dont le rapport a été remis le 12 mai 2018, aux termes duquel, d'une part, la paraparésie dont souffre Mme D résultait d'un accident médical non fautif constitué par la migration de compresses hémostatiques utilisées lors de la première intervention dans son canal médullaire, et, d'autre part, le retard fautif de diagnostic et de prise en charge de cette complication avait fait perdre à Mme D une chance de 75 % d'éviter l'aggravation de son état de santé. Par un premier avis du 18 juin 2018, la CCI s'est estimée insuffisamment informée par ce rapport, s'agissant notamment de la conformité de l'utilisation de compresses hémostatiques lors de la première intervention, et a confié une contre-expertise au Pr B, chirurgien thoracique, et au Dr E, neurochirurgien. Selon les conclusions de ce second rapport d'expertise, remis le 14 décembre 2018, la paraparésie de Mme D résulte d'un usage non conforme aux règles de l'art de compresses hémostatiques lors de l'intervention du 3 juillet 2014, dont la migration dans son canal médullaire a causé des dégâts neurologiques irréversibles, tandis que le retard de diagnostic de cette complication n'était pas fautif. Suivant ce rapport, la CCI a rendu un nouvel avis le 21 février 2019 aux termes duquel elle a estimé que le dommage de Mme D résulte de la faute médicale commise par le chirurgien lors de l'intervention de lobectomie du 3 juillet 2014 au centre hospitalier René Dubos, auquel incombe par conséquent la réparation de l'intégralité des préjudices subis par la requérante.

3. Par une lettre du 5 juillet 2019, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), assureur du centre hospitalier René Dubos, devenue société Relyens, a indiqué à Mme D qu'elle refusait de suivre cet avis. Mme D a demandé à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) de se substituer à l'établissement en application des dispositions de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique. Cet office lui a adressé, par un courrier du 2 juin 2020, une offre d'indemnisation partielle d'un montant de 44 702,50 euros que Mme D a refusée. Par un courrier du 11 avril 2024, reçu le 16 avril suivant, M. C, conjoint de Mme D, a demandé à l'hôpital NOVO de l'indemniser de ses préjudices résultant de cette prise en charge fautive en sa qualité de victime indirecte. Cette demande est restée sans réponse. Par la présente requête, enregistrée le 27 novembre 2020, Mme D et M. C demandent au tribunal de condamner l'hôpital NOVO à verser à la première la somme de 1 370 329,52 euros et au second la somme de 45 000 euros, en réparation des préjudices qu'ils ont subis du fait de la faute commise par l'établissement lors de l'intervention du 3 juillet 2014.

Sur la responsabilité de l'hôpital NOVO :

4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise des 12 mai et 13 décembre 2018, que Mme D s'est plainte dans les suites de son intervention du 3 juillet 2014, vers 19 heures le même jour, d'un déficit sensitivo-moteur des deux membres inférieurs. Le médecin réanimateur a alors diminué la dose de Naropéine dans le cathéter para-vertébral de l'intéressée, puis retiré ce cathéter le 4 juillet au matin, sans amélioration des symptômes neurologiques. Ainsi que précisé au point 1, une IRM réalisée en urgence à 12 heures 45 a révélé " une compression extrinsèque de la moelle dorsale avec un hyper signal d'œdème médullaire étendu de part et d'autre de cette compression évoquant un hématome épidural en premier lieu ". Mme D a alors été transférée au service de neurochirurgie à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière où elle a été admise à 17 heures 40 pour bénéficier en urgence d'une laminectomie T4-T5 au cours de laquelle les chirurgiens ont pu visualiser une " masse noirâtre qui repousse considérablement la moelle " et ont retiré des fragments de " tissu noirâtre oblong " à l'origine de la compression médullaire, se révélant être des compresses hémostatiques utilisées lors de la précédente intervention.

6. Il résulte de l'instruction que, si le premier rapport d'expertise ordonné par la CCI et remis le 12 mai 2018 concluait à un retard fautif dans le diagnostic de cette compression, cette interprétation a été démentie par le second rapport d'expertise, dont les conclusions ont été suivies sur ce point par la CCI. Selon cette seconde expertise, le délai de diagnostic de la compression médullaire de Mme D n'était pas fautif et s'explique, d'une part, par la rareté de cette complication compte tenu notamment des précautions prises eu égard au risque connu de migration des compresses hémostatiques et, d'autre part, par la présence du cathéter de Naropéine qui constituait un facteur confondant pour l'équipe soignante dans l'interprétation des symptômes présentés. Les experts ont ainsi retenu que l'équipe médicale avait agi conformément aux règles de l'art en éliminant en premier lieu, comme cause éventuelle des symptômes de Mme D, un surdosage ou un dysfonctionnement du cathéter, en diminuant puis interrompant l'injection de produit anesthésique, avant de procéder à une IRM. Dans ces conditions, le diagnostic de la complication de Mme D le 4 juillet 2014 n'était pas constitutif d'une faute.

7. Il résulte également de l'instruction que, s'agissant de l'exécution de la première opération, si le premier rapport d'expertise ne concluait pas à l'existence d'une faute, l'expert relevait néanmoins qu'il était " surprenant que des compresses hémostatiques aient été utilisées en regard des trous de conjugaisons " dès lors qu'" il est connu que ces orifices peuvent communiquer automatiquement avec le canal médullaire ". Il résulte à cet égard de l'instruction et notamment de la seconde expertise ordonnée par la CCI que l'opération de lobectomie du 3 juillet 2014 n'a pas été exécutée dans les règles de l'art, le chirurgien ayant recouru à une quantité excessive de compresses hémostatiques utilisées avec insuffisamment de précaution à proximité du foramen, trou de communication, ce qui a permis la réalisation d'un risque connu de migration de certaines d'entre elles dans le canal vertébral de la patiente, à l'origine de la compression de sa moëlle épinière. Selon ce second rapport d'expertise, cette faute est à l'origine directe et certaine du dommage, à savoir la paraplégie sensitivomotrice incomplète de niveau T4 associée à des troubles sphinctériens sévères. Dans ces conditions, la faute ainsi commise est de nature à engager la responsabilité de l'hôpital NOVO dans la survenance de l'entier dommage. Les conclusions de l'établissement tendant à ce que sa responsabilité soit limitée à une perte de chance ou à une partie du dommage ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur l'engagement de la solidarité nationale :

8. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire () ".

9. Il résulte des termes de ces dispositions que la réparation d'un accident médical par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale n'est possible qu'en dehors des cas où cet accident serait causé directement soit par un acte fautif d'un professionnel de santé ou d'un établissement, service ou organisme mentionné au I du même article, soit par un défaut d'un produit de santé.

10. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, le dommage subi par Mme D est directement imputable à la faute commise par l'hôpital NOVO en faisant un usage excessif et insuffisamment précautionneux de compresses hémostatiques lors de l'intervention du 3 juillet 2014. Dans ces conditions, cet accident médical ne peut faire l'objet d'une réparation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale et les conclusions à cette fin ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les préjudices de Mme D :

11. Il résulte des deux rapports d'expertise, dont les conclusions ne sont pas contredites sur ce point, que la date de consolidation de l'état de santé de Mme D peut être fixée au 24 novembre 2017.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

12. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais liés au handicap le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune.

13. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne handicapée résidant de façon stable et régulière en France () dont le handicap répond à des critères définis par décret prenant notamment en compte la nature et l'importance des besoins de compensation au regard de son projet de vie, a droit à une prestation de compensation qui a le caractère d'une prestation en nature qui peut être versée, selon le choix du bénéficiaire, en nature ou en espèces". Aux termes de l'article L. 245-3 du même code : " La prestation de compensation peut être affectée, dans des conditions définies par décret, à des charges : / 1° liées à un besoin d'aides humaines y compris, le cas échéant, celles apportées par des aidants familiaux ; / 2° Liées à un besoin d'aides techniques, () ; / 3° Liées à l'aménagement du logement et du véhicule de la personne handicapée, ainsi qu'à d'éventuels surcoûts résultant de son transport ; / 4° Spécifiques ou exceptionnelles, comme celles relatives à l'acquisition ou l'entretien de produits liés au handicap ; / 5° Liées à l'attribution et à l'entretien des aides animalières () ". En vertu du 3ème alinéa de l'article L. 245-7 du même code, les sommes versées au titre de cette prestation ne font pas l'objet d'un recouvrement à l'encontre du bénéficiaire lorsque celui-ci est revenu à meilleure fortune. En conséquence, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le montant de la prestation de compensation du handicap peut être déduit d'une indemnité allouée au titre des frais exposés en raison du handicap de la victime.

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

Quant aux dépenses de santé actuelles :

14. Mme D demande à être indemnisée d'un montant de 2 984,83 euros au titre de matériel médical acheté avant la consolidation de son état de santé. Elle justifie, par la production des factures afférentes et d'une attestation sur l'honneur, d'un reste à charge d'un montant total de 1 542,71 euros pour l'achat d'un siège de douche (facture de 484,10 euros du 19 août 2016), d'un fauteuil roulant (facture avec reste à charge de 171,71 euros du 22 août 2014), d'un tabouret de douche (devis de 49,90 euros du 3 juillet 2015), d'une planche de transfert (facture avec reste à charge de 245 euros du 13 juillet 2015), d'un premier fauteuil roulant pliant (facture avec reste à charge de 592 euros du 1er juin 2017) et d'un autre fauteuil roulant (facture avec reste à charge de 1 442,12 euros du 26 septembre 2017). Si l'hôpital NOVO fait valoir en défense que ce dernier fauteuil serait destiné à la mère de Mme D, il n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de cette allégation.

15. Mme D atteste qu'elle n'a perçu aucune somme en compensation de ce montant de son assurance complémentaire, ni aucune somme au titre de la prestation de compensation du handicap. Il en résulte qu'il y a lieu de condamner l'hôpital NOVO à indemniser la requérante à hauteur de la somme de 2'984,83 euros au titre de ses frais de santé actuels.

Quant aux frais divers actuels :

16. En premier lieu, Mme D demande à être indemnisée de l'achat de protections hygiéniques à hauteur de 331,60 euros pour les années 2015 et 2016. Il résulte de l'instruction et notamment des deux rapports d'expertise que Mme D souffre, du fait de sa paraplégie causée par la faute commise lors de l'intervention du 3 juillet 2014, de troubles urologiques, causant notamment des fuites non contrôlées, l'obligeant à porter des protections hygiéniques. Néanmoins, il résulte également de l'instruction et notamment des décisions du service de prestation des personnes handicapées du Val-d'Oise des 2 septembre 2015 et 16 juin 2017, que le département du Val-d'Oise lui a accordé au titre de la prestation de compensation du handicap (PCH), un montant mensuel de 100 euros correspondant à un besoin d'aides techniques, versée sur justificatifs, pour l'achat de protections absorbantes du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2022. En l'absence de toute précision quant à l'origine précise du montant de 331,60 euros qu'elle demande, Mme D n'établit pas, ni même n'allègue, que les dépenses qu'elle démontre avoir exposées excèderaient le montant plafond fixé par ces décisions. Par suite, la somme de 331,60 euros doit être regardée comme le montant total de ses achats à ce titre pour les années 2015 et 2016 et comme ayant été couverte par l'aide qui lui a été octroyée au titre de la PCH. Dans ces conditions, les dépenses effectuées par Mme D au titre de l'achat de protections hygiéniques en 2015 et 2016 sont réputées lui avoir été remboursées par le département de Val-d'Oise et sa demande d'indemnisation à ce titre ne peut donc qu'être rejetée.

17. En second lieu, Mme D demande le remboursement de frais de télévision exposés au cours de ses séjours hospitaliers pour un montant total de 1 213,25 euros. Elle établit la réalité de cette dépense en versant à l'instance deux factures justifiant de ces frais engagés lors de son hospitalisation à l'hôpital d'Eaubonne du 18 août 2014 au 29 juillet 2015, alors qu'elle était en rééducation. Il y a lieu de condamner l'hôpital NOVO à l'indemniser à hauteur de la somme demandée de 1 213,25 euros à ce titre.

Quant aux frais d'assistance par tierce personne temporaires :

18. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

19. Il résulte de l'instruction, et notamment des deux rapports d'expertise et des éléments versés par la CPAM, listant les périodes d'hospitalisation de la requérante, que pour la période avant consolidation, soit du 30 juillet 2015 au 23 novembre 2017, à l'exclusion d'une période de séjour de Mme D au centre anti-douleur de Garches, du 30 septembre au 1er octobre 2017, et de deux séjours à l'hôpital Raymond Poincaré les 5 et 6 juin puis 30 et 31 octobre 2017, le besoin d'assistance par une tierce personne non spécialisée de Mme D en lien avec le dommage peut être évalué à cinq heures par jour. En tenant compte de la valeur moyenne du salaire minimum interprofessionnel de croissance sur la période considérée, augmentée des charges sociales incombant à l'employeur, sur une base annuelle de 412 jours afin de tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés, il y a lieu de retenir un taux horaire d'une aide non spécialisée par une tierce personne en le fixant à hauteur de 20 euros. Sur cette base, le préjudice subi par Mme D au titre de ses frais d'assistance par une tierce personne jusqu'à la consolidation de son état de santé peut être évalué à la somme 95 042 euros.

20. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme D a bénéficié de la prestation de compensation du handicap au titre des aides humaines, qui lui a été accordée à hauteur de 281,47 euros par mois du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017 par une décision du département du Val-d'Oise en date du 2 septembre 2015 et à hauteur de 286,34 euros par mois du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2022 par une décision du 16 juin 2017, soit, pour la période de 30 juillet 2015 au 23 novembre 2017, un montant total de 7 965 euros. En application des principes énoncés aux points 12 et 13 du présent jugement, il y a lieu de déduire cette somme du montant de l'indemnité due à Mme D. Il résulte de ce qui précède que le montant de l'indemnisation devant être mise à la charge de l'hôpital NOVO au titre des frais d'assistance par une tierce personne temporaires de l'intéressée s'élève à la somme de 87 077 euros.

Quant aux frais de logement adapté temporaires :

21. D'une part, l'indemnisation des frais d'aménagement du logement doit porter en principe sur le domicile principal de la victime. Toutefois, lorsque la victime justifie, eu égard aux contraintes imposées par la nature et la gravité de son état de santé, partager son temps entre son domicile principal et un domicile familial ou celui d'un proche, elle est fondée, au titre de ce préjudice, à demander l'indemnisation des frais strictement nécessaires à son accueil dans cet autre domicile.

22. D'autre part, le crédit d'impôt prévu à l'article 200 quater A du code général des impôts (CGI) permet à tout contribuable dont un membre du foyer fiscal présente un handicap avec un taux d'incapacité supérieur à 50 % et de bénéficier, sous conditions de revenus, d'un crédit d'impôts à hauteur de 25 % des sommes versées au titre des dépenses d'installation ou de remplacement d'équipements permettant l'adaptation à ce handicap du logement affecté à sa résidence principale dont il est propriétaire, locataire ou occupant à titre gratuit, dans la limite des plafonds fixés. Le 8 de l'article 200 quater A du code général des impôts prévoit que : " Lorsque le bénéficiaire du crédit d'impôt est remboursé dans un délai de cinq ans de tout ou partie du montant des dépenses qui ont ouvert droit à cet avantage, il fait l'objet, au titre de l'année de remboursement et dans la limite du crédit d'impôt obtenu, d'une reprise égale au montant de l'avantage fiscal accordé à raison de la somme qui a été remboursée () ".

23. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport portant sur l'aménagement du domicile de Mme D réalisé par une ergothérapeute du centre hospitalier d'Eaubonne-Montmorency versé à l'instance, que l'état de santé de la requérante a nécessité une adaptation du logement constituant sa résidence principale, consistant en un changement du revêtement des sols, le déplacement de tous les interrupteurs du logement, la modification du plan de travail de la cuisine, l'installation d'un bac à douche extra plat, d'une rampe, d'une pompe de relevage, d'un fauteuil roulant de douche, d'un plan de travail avec lavabo, d'un lit médicalisé à deux places et d'un lève-malade verticalisateur, l'achat d'un matelas à aire motorisé, le rehaussement du plancher du balcon et le changement de six portes.

24. Mme D produit à cet égard la facture de l'entreprise P-TEC du 21 septembre 2016 relative à des travaux d'aménagement de la résidence principale du couple à Saint-Gratien pour un montant total de 77 285,32 euros. Si l'hôpital NOVO conteste en défense le lien avec le dommage de la totalité des travaux d'électricité, de changement des revêtements de sol et de peinture réalisés, il résulte de l'instruction que, d'une part, la réfection des installations électriques et des revêtements muraux apparaît justifiée, eu égard à l'ampleur des adaptations nécessaires, impliquant notamment une modification des installations électriques ainsi que la dépose des sols et de certaines cloisons et, d'autre part, le rapport de l'ergothérapeute précité préconise de remplacer les revêtements des sols. Toutefois, cette facture laisse apparaître des travaux d'aménagement d'une salle de bain pour les personnes à mobilité réduite, en lien avec le dommage, et d'installation d'une autre salle de bain, non accessible, pour un montant de 3 460 euros. Mme D n'établissant pas le lien entre le dommage et le remplacement de cette seconde salle de bain, elle ne saurait obtenir d'indemnisation à hauteur de ce montant. Le montant des travaux à retenir s'élève donc à la somme de 73 825,32 euros. Mme D présente également une facture d'un montant de 123,90 euros pour l'acquisition de rampes de seuil destinée à la résidence principale du couple, ainsi qu'une facture de réfection des sols et de la terrasse de cet appartement par l'entreprise Parqueterie Rocs du 26 juin 2015 d'un montant de 12 650 euros. Ces dépenses, imputables au dommage, doivent faire l'objet d'une indemnisation au titre des frais d'aménagement du logement principal de Mme D qu'il y a lieu de retenir pour la somme totale de 86 599,22 euros.

25. Mme D présente par ailleurs deux factures de l'entreprise Terrasson, basée à Trainel dans l'Aube, des 12 mai et 1er août 2016, relatives à des travaux de réfection de sanitaires et de cuisine, portant respectivement sur les sommes de 3 114,10 et 1 792,13 euros, une facture de la société Practiconfort du 15 juin 2016 relative à un monte-escalier pour un montant total de 6 936 euros, associée à un contrat de maintenance de l'équipement en date du 7 juillet 2015 avec un premier paiement de 295 euros, une facture de la société SARL Jeanmenne du 31 juillet 2016 pour des travaux de plomberie, adressée à Gumery dans l'Aube, et diverses factures de l'entreprise Tous Ergo relatives à divers équipements (rampes de seuil, barre d'appui, pince de préhension), livrés dans l'Aube, pour un montant total de 579,50 euros. Il résulte néanmoins de l'instruction, compte-tenu notamment de la nature de ces travaux, de l'adresse de livraison des travaux ou équipements concernés, ou de l'adresse des entreprises, que l'ensemble de ces travaux et équipements étaient destinés à la résidence secondaire du couple située à Gumery. Si le rapport de l'ergothérapeute recommande l'aménagement de cette résidence, Mme D, dont les écritures ne précisaient pas le lieu de réalisation des divers travaux, n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il lui serait nécessaire de partager son temps entre les deux résidences. Par suite, il y a lieu de rejeter les demandes d'indemnisation des frais d'aménagement de sa résidence secondaire précités.

26. Dans ces conditions, le préjudice subi par Mme D pour l'aménagement de son logement s'élève à la somme de 86 599,22 euros.

27. Il résulte en outre de l'instruction que, par décision du conseil départemental du Val-d'Oise du 19 avril 2016, Mme D s'est vue accorder la somme de 10 000 euros pour l'aménagement de son logement au titre de la prestation de compensation du handicap. Il en résulte également qu'elle a par ailleurs bénéficié en 2016 du crédit d'impôt prévu par l'article 200 quater A du code général des impôts précité d'un montant de 1 250 euros pour l'achat d'équipement d'adaptation de son domicile à son handicap lequel, ayant été perçu au titre de l'année 2016, ne peut plus être repris par l'administration fiscale. Il n'y a toutefois pas lieu de déduire le crédit d'impôt perçu au titre de ces dépenses apparaissant sur la déclaration sur les revenus du couple de l'année 2022, qui n'est pas définitivement acquis. En application des principes énoncés aux points 12, 13 et 22 du présent jugement, il y a lieu de déduire les sommes de 10 000 euros et de 1 250 euros de l'indemnité due à Mme D au titre de ce poste de préjudice.

28. Par suite, il y a lieu de condamner l'hôpital NOVO à indemniser Mme D à hauteur de la somme 75 349,22 euros au titre des frais d'aménagement de son logement.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

29. Pour ce qui est des préjudices futurs de la victime, non couverts par des prestations, il appartient au juge de décider si leur réparation doit prendre la forme du versement d'un capital ou d'une rente selon que l'un ou l'autre de ces modes d'indemnisation assure à la victime, dans les circonstances de l'espèce, la réparation la plus équitable.

Quant aux dépenses de santé futures :

30. Au titre de ses frais de santé après consolidation, Mme D demande l'indemnisation des dépenses de renouvellement du matériel médical dont elle a fait l'acquisition s'agissant d'un siège de douche et d'une planche de transfert pour l'achat desquels elle atteste d'un reste à charge total de 729,10 euros après intervention de la sécurité sociale et de la mutuelle, qui ont une fréquence de renouvellement de sept ans, ainsi que de deux fauteuils roulants, pour l'achat desquels elle justifie d'un reste à charge de 763,71 euros, avec une fréquence de renouvellement de cinq ans. Ainsi, le montant annuel des dépenses de renouvellement du matériel médical de la requérante à partir de la date de la consolidation doit être évalué à un montant total de 256,90 euros.

- pour la période du 24 novembre 2017 (date de consolidation) au 30 septembre 2024 (date de la présente décision) :

31. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, pour cette période, il y a lieu de condamner l'hôpital NOVO à indemniser Mme D à hauteur de la somme de 1 762 euros.

- à compter du 1er octobre 2024 :

32. A partir du 1er octobre 2024, le préjudice relatif aux dépenses de santé futures de Mme D peut être réparé sous forme de rente annuelle, s'élevant à un montant de 256,90 euros, à verser par période trimestrielle à échoir, sous déduction des remboursements ou aides financières qui seront, le cas échéant, versées à ce titre, dont il appartiendra à Mme D de justifier. Ce montant sera revalorisé annuellement en application des coefficients prévus à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale.

Quant aux frais divers futurs :

33. Mme D demande à être indemnisée pour l'achat de protections absorbantes et alèses à partir de la date de consolidation de son état de santé. Ainsi qu'il a été dit au point 16 du présent jugement, il résulte de l'instruction que Mme D doit, en raison du dommage, porter à vie des protections hygiéniques. Compte tenu des justificatifs d'achat de ces protections produits par Mme D pour les années 2019 à 2023, il sera fait une juste appréciation du montant de ses dépenses annuelles à ce titre en les évaluant à la somme de 985 euros à partir de la date de consolidation.

- pour la période du 24 novembre 2017 au 31 octobre 2029 :

34. Il résulte de l'instruction que le département du Val-d'Oise a accordé Mme D, au titre de la prestation de compensation du handicap, le remboursement sur justificatifs de ses achats de protections absorbantes et alèses, dans la limite d'un montant de 100 euros par mois, du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2022, par une décision du 16 juin 2017, puis du 1er octobre 2022 au 31 octobre 2029 par une décision du 30 septembre 2022. Si la décision du 30 septembre 2022, qui ouvre droit au remboursement de ces achats, mentionne également la possibilité de rembourser un abonnement à un service d'alarme dans le cadre du même plafond de 100 euros, la requérante déclare qu'elle n'a demandé aucun remboursement à ce titre et que la totalité de la prestation accordée a été affectée au remboursement de ses achats de protections absorbantes et alèses. Il résulte de ce qui précède que l'aide spécifique dont bénéficie Mme D dans le cadre de la prestation de compensation du handicap, d'un montant maximal de 100 euros par mois ou 1 200 euros par an, couvre l'intégralité de ses dépenses pour l'achat de protections absorbantes et alèses du 24 novembre 2017 au 31 octobre 2029 et que sa demande d'indemnisation pour cette période ne peut, par suite, qu'être rejetée.

- Pour la période postérieure au 31 octobre 2029 :

35. Pour cette période, le préjudice relatif aux frais d'achat de protections absorbantes et d'alèses en lien avec le dommage peut être réparé sous forme de rente annuelle, s'élevant à un montant de 985 euros tel que prévu au point 33, à verser par période trimestrielle à échoir, sous déduction des remboursements ou aides financières qui seront, le cas échéant, versées à ce titre, dont il appartiendra à Mme D de justifier. Ce montant sera revalorisé annuellement en application des coefficients prévus à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. Cette rente sera versée à Mme D à compter du 1er novembre 2029.

Quant aux frais d'assistance par tierce personne permanents :

36. Le crédit d'impôt prévu à l'article 199 sexdecies du code général des impôts permet à tout contribuable de réduire, à hauteur de 50 % des sommes versées en rémunération des services à la personne mentionnés à l'article D. 7231-1 du code du travail, dans la limite des plafonds fixés, les frais qu'il expose lorsqu'il recourt à de telles prestations. Le 3 de cet article 199 sexdecies précise que l'assiette des dépenses qui ouvrent droit à cet avantage fiscal ne comprend que les dépenses effectivement supportées par le contribuable, ce qui en exclut les dépenses faisant l'objet d'une indemnisation par l'auteur d'un dommage corporel au titre du besoin d'assistance par tierce personne qui y est lié. Il s'ensuit qu'il appartient au juge, lorsqu'il arrête le montant dû en réparation des frais d'assistance à tierce personne qui seront exposés postérieurement à sa décision, d'allouer une indemnité permettant de prendre en charge le besoin d'assistance de la victime, sans qu'il y ait lieu d'opérer de déduction au titre du crédit d'impôt, que celle-ci ait recours à une assistance salariée ou à un membre de sa famille ou un proche. La réparation intégrale ainsi accordée fera obstacle à ce que le contribuable puisse bénéficier du crédit d'impôt au titre des prestations de service assurées par un salarié ou une association, une entreprise ou un organisme déclaré et dont cette indemnité aura permis la prise en charge.

37. Il en va en revanche différemment lorsque le juge arrête le montant dû en réparation des frais d'assistance à tierce personne qui ont été exposés antérieurement à sa décision, que l'état de santé de la victime a nécessité le recours à une assistance qui a été assurée par un salarié ou par une association, une entreprise ou un organisme déclaré, et que celle-ci a effectivement bénéficié à ce titre de l'avantage fiscal prévu à l'article 199 sexdecies du code général des impôts. Dans un tel cas, il appartient au juge de déduire, au besoin d'office, au même titre que les prestations ayant pour objet la prise en charge de frais d'assistance par une tierce personne, le montant de l'avantage fiscal perçu, dans la mesure où il correspond à une telle assistance, de l'indemnité mise à la charge de la personne publique en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour déterminer le montant à déduire.

38. Selon le premier rapport d'expertise, qui a été suivi sur ce point par la CCI, Mme D nécessite depuis le 24 novembre 2017, date de consolidation de son état de santé, l'assistance d'une tierce personne non spécialisée pour les gestes du quotidien à raison de trois heures par jour. Si, d'après le second rapport d'expertise, ce besoin serait limité à " deux à trois heures par jour, cinq jours sur sept ", il résulte néanmoins de l'instruction et notamment des deux rapports d'expertise que Mme D, qui souffre d'une paraparésie spastique de niveau T4, se déplace la plupart du temps en fauteuil roulant mécanique et que, même autonome sur les transferts, elle a une capacité de marche limitée à quelques pas avec l'aide d'un déambulateur ou de canne, ce qui nécessite la présence d'un accompagnateur. Compte tenu du caractère très limité de son autonomie, il convient d'évaluer le besoin d'assistance par une tierce personne de Mme D postérieurement à la consolidation de son état de santé à trois heures par jour, sept jours sur sept.

- Pour la période du 24 novembre 2017 (date de consolidation) au 30 septembre 2024 (date de la présente décision) :

39. Pour cette période, le préjudice subi par Mme D au titre de l'assistance par tierce personne, compte tenu de ses besoins d'assistance exposés au point précédent et calculé selon les modalités définies aux points 18 et 19, en retranchant les cinquante jours au cours desquels Mme D a été hospitalisée à l'hôpital Raymond Poincaré, ainsi qu'au centre hospitalier d'Eaubonne pour anémie, peut ainsi être évalué à la somme de 166 132 euros.

40. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme D a bénéficié de la prestation de compensation du handicap au titre des aides humaines du 24 novembre 2017 au 30 septembre 2022, qui lui a été accordée par une décision du 16 juin 2017, à hauteur de 286,34 euros par mois sur cette période. Le département du Val-d'Oise a également octroyé à Mme D cette prestation pour la période courant du 1er octobre 2022 au 31 octobre 2029, par une décision du 30 septembre 2022, à hauteur de 495 euros par mois. Il en résulte que Mme D a perçu un montant total de 28 975 euros de PCH en indemnisation de l'aide humaine entre le 24 novembre 2017 et le 30 septembre 2024. En application des principes énoncés aux points 12 et 13 du présent jugement, il y a lieu de déduire cette somme du montant de l'indemnité due à Mme D. Par ailleurs, Mme D a perçu au titre des années 2019 à 2021 une somme de 439 euros au titre du crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile correspondant à des sommes déclarées de 875 euros pour l'emploi d'une auxiliaire de vie. La requérante atteste que le crédit d'impôt perçu au titre de dépenses engagées en 2022 n'était pas en lien avec son handicap mais avec l'aide qu'elle apporte à sa mère. Ainsi, au regard des principes rappelés aux points 36 et 37, il y a également lieu déduire la somme de 439 euros du montant de l'indemnisation accordée au cours de la période considérée.

41. Il résulte de ce qui précède que le montant de l'indemnisation devant être mis à la charge de l'hôpital NOVO au titre des frais d'assistance par une tierce personne permanents pour la période du 24 novembre 2017 au 30 septembre 2024 s'élève à la somme de 136 718 euros.

- Pour la période postérieure au 30 septembre 2024 :

42. En vertu des principes rappelés au point 18, compte tenu d'un taux horaire d'assistance non spécialisée de 25 euros et sur une base annuelle de 412 jours, le montant des frais annuels de Mme D à compter du 1er octobre 2024 peut être évalué à la somme de 30 900 euros.

43. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme D percevra la prestation de compensation du handicap au titre des aides humaines à hauteur de 495 euros par mois, soit 5 940 euros par an, jusqu'au 31 octobre 2029. Il en résulte que, pour la période courant du 30 septembre 2024 au 31 octobre 2029, le préjudice relatif à l'assistance par tierce personne peut être réparé sous forme de rente annuelle s'élevant à un montant total de 24 960 euros, à verser par période trimestrielle à échoir. Ce montant sera revalorisé annuellement en application des coefficients prévus à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. Dans l'hypothèse où Mme D venait à être prise en charge, au moins partiellement, par une institution spécialisée, il lui appartiendrait de revenir devant le juge afin que soient fixés les modalités de calcul des deux rentes s'agissant de celle relative à son maintien à domicile et de celle relative à sa prise en charge en institution.

44. En second lieu, à partir du 1er novembre 2029, le préjudice relatif à l'assistance par tierce personne peut être réparé sous forme de rente annuelle, s'élevant au montant de 30 900 euros fixé au point 42, à verser par période trimestrielle à échoir, sous déduction des remboursements ou aides financières qui seront, le cas échéant, versées à ce titre, dont il appartiendra à Mme D de justifier. Ce montant sera revalorisé annuellement en application des coefficients prévus à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. Dans l'hypothèse où Mme D venait à être prise en charge, au moins partiellement, par une institution spécialisée, il lui appartiendrait de revenir devant le juge afin que soient fixés les modalités de calcul des deux rentes s'agissant de celle relative à son maintien à domicile et de celle relative à sa prise en charge en institution.

Quant aux frais de logement adapté futurs :

45. Mme D demande à être indemnisée des dépenses annuelles liées à la maintenance d'un monte escalier après la date de consolidation de son état de santé. Il résulte toutefois de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 25 du présent jugement, que le monte-escalier de la maintenance duquel la requérante demande l'indemnisation équipe la résidence secondaire du couple, qui ne justifie pas de la nécessité de partager son temps entre celle-ci et sa résidence principale. Par suite, cette demande indemnitaire ne peut qu'être rejetée.

Quant aux frais de véhicule adapté :

46. Mme D sollicite une somme de 30 064,25 euros au titre des frais futurs afférents au renouvellement de l'adaptation de son véhicule à son état de santé. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise, et n'est pas contesté, que la paraparésie dont souffre Mme D en raison de la faute commise a rendu nécessaire l'adaptation de son véhicule à son fauteuil roulant. Il résulte en outre de l'instruction que Mme D a procédé à cette adaptation le 12 octobre 2018 en faisant poser un siège pivotant et produit une facture d'un montant de 9 090,21 euros en justificatif des frais engagés pour ces aménagements. La facture présente toutefois une option " revêtement cuir noir par sellier " d'un montant de 1 260 euros TTC qui ne présente pas de lien avec le dommage. Par suite, le préjudice de Mme D résultant du premier aménagement de son véhicule en lien avec le dommage, le 12 octobre 2018, s'élève à la somme de 7 830,21 euros.

47. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a perçu, en remboursement de ses dépenses d'aménagement de son véhicule, une somme de 5 000 euros au titre de la prestation du handicap, accordée par une décision du département du Val-d'Oise en date du 27 juin 2018. Elle a en outre perçu, au titre des prestations complémentaires, la somme de 435 euros de la part du département du Val-d'Oise et de 435 euros de la part d'un fonds Etat, et une somme de 2 727 euros de la région Île-de-France. Les sommes ainsi perçues par Mme D couvrent ainsi l'intégralité des dépenses qu'elle a engagées pour l'aménagement de son véhicule en lien avec le dommage. En application des principes énoncés aux points 12 et 13 du présent jugement, la requérante n'a donc droit à aucune indemnité en réparation de ses dépenses d'aménagement de son véhicule du 12 octobre 2018.

48. En deuxième lieu, la fréquence de renouvellement des équipements d'aménagement du véhicule de Mme D peut être fixé à sept ans. Il en résulte qu'il peut être estimé que le premier renouvellement interviendra le 12 octobre 2025. Dès lors que le montant des frais afférent au premier aménagement du véhicule de Mme D s'élevait à la somme de 7 830,21 euros, le montant annuel des frais de renouvellement de cet aménagement peut être fixé à la somme de 1 119 euros, de laquelle devront être déduites les aides perçues à ce titre.

49. Il en résulte que Mme D a droit, pour l'indemnisation des frais d'adaptation de son véhicule et de renouvellement de ces équipements, à une rente annuelle s'élevant à un montant de 1 119 euros, à verser par période trimestrielle à échoir, sous déduction des remboursements ou aides financières qui seront, le cas échéant, versées à ce titre, dont il lui appartiendra de justifier. Ce montant sera revalorisé annuellement en application des coefficients prévus à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. Cette rente sera versée à Mme D à compter du 12 octobre 2025, date du premier renouvellement de ces équipements.

Quant à l'incidence professionnelle :

50. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise, que Mme D a été contrainte, en raison du dommage, de cesser l'activité de responsable de gestion administrative qu'elle exerçait au sein de l'entreprise qui l'employait depuis 2005, alors qu'elle aurait pu reprendre son activité le 3 juillet 2015, un an après sa lobectomie, en l'absence de faute. Dans ces conditions, et alors même que Mme D pouvait reprendre une activité à domicile, dans laquelle elle aurait néanmoins toujours été privée de lien social, et compte-tenu de ce qu'elle a pu prendre sa retraite à taux plein le 1er avril 2018, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'incidence professionnelle subi par Mme D en lien avec le dommage en le fixant à la somme de 1 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

51. Mme D demande la somme de 33 445,50 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire entre le 18 juillet 2014 et le 23 novembre 2017. Il résulte de l'instruction, et notamment des deux rapports d'expertise et de l'avis de la CCI en date du 21 février 2019, que le déficit fonctionnel temporaire de Mme D en lien avec le dommage doit être évalué à 100 % pour les périodes du 18 juillet au 29 juillet 2015 et du 30 septembre au 1er octobre 2017, période de séjours hospitaliers, et de 75 % pour les périodes du 30 juillet 2015 au 29 septembre 2017 et du 2 octobre au 23 novembre 2017. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 20 000 euros.

Quant aux souffrances endurées :

52. Les souffrances endurées par Mme D avant consolidation, imputables à la faute de l'établissement de santé, ont été évaluées par les experts à 5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 20 000 euros.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

53. Le préjudice esthétique temporaire a été évalué par les experts à 4 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 10 000 euros.

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

54. Il résulte de l'instruction, et notamment du second rapport d'expertise, suivi par l'avis de la CCI, et de la nature des séquelles de Mme D qui souffre de paraparésie avec d'importants troubles sphinctériens et une déambulation limitée, que le déficit fonctionnel permanent de Mme D en lien avec la faute doit être évalué à 50 %. Par suite, en tenant compte de l'âge de 64 ans de la requérante à la date de la consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 120 000 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

55. Le préjudice d'agrément est le préjudice spécifique lié à la possibilité pour la victime de pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs qu'elle justifie avoir pratiqué avant la réalisation du dommage.

56. Mme D soutient que son état de santé l'empêche de pratiquer la natation. Toutefois, en l'absence de justificatifs d'activités spécifiquement pratiquées par la requérante avant le dommage, elle n'établit pas l'existence d'un préjudice à ce titre distinct de celui déjà indemnisé au titre du déficit fonctionnel permanent. Par suite, elle ne saurait obtenir aucune indemnisation.

Quant au préjudice sexuel :

57. Il résulte de l'instruction, et notamment du second rapport d'expertise, que Mme D a subi, en lien avec le dommage, une importante perte de libido et une limitation de sa capacité de sensation. Il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel de Mme D en le fixant à la somme de 5 000 euros.

Quant au préjudice esthétique permanent :

58. Le préjudice esthétique permanent de Mme D a été évalué à 4 sur une échelle 7 par les experts. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 10 000 euros.

59. Il résulte de tout ce qui précède que l'hôpital NOVO doit être condamné à verser 491 104,30 euros à Mme D en réparation des préjudices liquidables à la date de la notification du présent jugement, ainsi que des rentes dans les conditions précisées aux points 32 (dépenses de santé futures), 35 (protections absorbantes et alèses), 43 et 44 (frais futurs d'assistance par une tierce personne) et 49 (frais d'adaptation du véhicule).

Sur les préjudices de M. C, victime indirecte :

En ce qui concerne le préjudice d'affection et d'accompagnement :

60. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. C du fait de la paraplégie dont souffre son épouse en fixant l'indemnité destinée à la réparer à la somme de 10 000 euros.

61. D'autre part, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'accompagnement subi par M. C, qui accompagne son épouse au quotidien, en le fixant à la somme de 10 000 euros.

En ce qui concerne le préjudice sexuel :

62. Il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel de M. C en raison de la perte de libido et de la limitation des sensations de son épouse en lien avec le dommage en le fixant à la somme de 3 000 euros.

63. Il résulte de ce qui précède que l'hôpital NOVO doit être condamné à verser à M. C la somme de 23 000 euros.

Sur les droits de la CPAM du Val-d'Oise :

64. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, le juge saisi du recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du taux de perte de chance retenu. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.

En ce qui concerne les dépenses de santé :

S'agissant des frais de santé engagés jusqu'au 30 septembre 2019 :

65. La CPAM du Val-d'Oise justifie, par une attestation d'imputabilité du médecin conseil de l'assurance maladie du 4 novembre 2019 et un relevé de créances définitives du

7 juillet 2022, de débours directement imputables à la faute médicale commise qu'elle a engagés pour la prise en charge de Mme D du 4 juillet 2014 au 30 septembre 2019, dont les sommes de 184 633,24 euros pour les frais d'hospitalisation, de 5 020,73 euros pour les frais médicaux, de 7 039,17 euros pour les frais pharmaceutiques, de 18 922,91 euros pour les frais d'appareillage et de 10 602,36 euros pour les frais de transport, soit un montant total de 226 218,41euros.

S'agissant des frais de santé engagés postérieurement au 30 septembre 2019 :

66. Il résulte de l'instruction et en particulier des débours et de l'attestation d'imputabilité versés par la CPAM du Val-d'Oise à l'instance, que cette dernière justifie également qu'elle doit, depuis le 1er octobre 2019, exposer des frais médicaux, de kinésithérapie, pharmaceutiques et d'appareillage, et devoir s'en acquitter à l'avenir, compte tenu du handicap de la requérante, pour un montant évalué à 11 033,10 euros par an.

67. En premier lieu, la CPAM du Val-d'Oise a droit au remboursement de ces débours, dont elle justifie, versés entre le 1er octobre 2019 et la date du présent jugement pour un montant de 11 033,10 euros par an, soit de la somme de 55 165,50 euros, que l'hôpital NOVO doit être condamné à lui verser.

68. En deuxième lieu, le remboursement à la caisse par le tiers responsable des prestations qu'elle sera amenée à verser à l'avenir, de manière certaine, prend normalement la forme du versement d'une rente. Il ne peut être mis à la charge du responsable sous la forme du versement immédiat d'un capital représentatif qu'avec son accord.

69. Il résulte de l'instruction que l'hôpital NOVO n'a pas donné son accord pour la capitalisation des sommes dues à la CPAM du Val-d'Oise. Il a donc lieu d'allouer à cette dernière le remboursement de ses débours exposés, à partir de la date du présent jugement, sur justificatifs à mesure de leur engagement.

En ce qui concerne les indemnités journalières :

70. Il résulte de l'instruction que Mme D aurait été placée en arrêt de maladie pour un an, même en l'absence de faute, après son opération du 3 juillet 2014 et que ses arrêts de maladie à partir au 4 juillet 2015 sont en lien avec le dommage. Mme D ne demande pas d'indemnisation au titre de ses pertes de gains professionnels qui ont été intégralement couvertes par les indemnités journalières qui lui ont été versées par la caisse et par l'indemnisation qu'elle a perçue de son assureur Swiss Life. Par suite, la CPAM du Val-d'Oise est fondée à demander le remboursement des indemnités journalières qu'elle a versées pour la période du 4 juillet 2015 au 1er juillet 2017 à hauteur de la somme de 27 415,57 euros.

71. Il résulte de ce qui précède que l'hôpital NOVO doit être condamné à verser à la CPAM du Val-d'Oise la somme totale de 308 799,48 euros ainsi qu'à lui rembourser les dépenses de santé exposées après la date du présent jugement, en lien avec le dommage, sur justificatifs à mesure de leur engagement.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale :

72. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 20 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 euros et 1 191 euros au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".

73. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de condamner l'hôpital NOVO à verser à la CPAM du Val-d'Oise la somme de 1 191 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

74. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

75. En premier lieu, la CPAM du Val-d'Oise demande que les indemnités allouées par le présent jugement soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 29 août 2022, date d'enregistrement de cette demande dans son premier mémoire.

76. En second lieu, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Les demandes de Mme D et de M. C tendant à ce que leur soient alloués, à compter de la date du présent jugement, des intérêts aux taux légal sur les sommes que l'hôpital NOVO est condamné à leur verser, est donc dépourvue de tout objet et doit être rejetée.

Sur les conclusions tendant à la déclaration de jugement commun à la CPAM du Val-d'Oise :

77. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative, les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels pourrait préjudicier ce jugement dans des conditions leur ouvrant droit à former tierce-opposition à ce jugement. En l'espèce, la CPAM du Val-d'Oise a été régulièrement mise en cause. Dès lors, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

78. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'hôpital NOVO la somme de 2 400 euros à verser à Mme D et M. C et la somme de 1 500 euros à verser à la CPAM du Val-d'Oise en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : L'hôpital NOVO versera à Mme D la somme de 491 104,30 euros.

Article 2 : L'hôpital NOVO versera à Mme D, les rentes dans les conditions précisées aux points 32 (dépenses de santé futures), 35 (protections absorbantes et alèses), 43 et 44 (frais futurs d'assistance par une tierce personne) et 49 (frais d'adaptation du véhicule) du présent jugement.

Article 3 : L'hôpital NOVO versera à M. C la somme de 23 000 euros.

Article 4 : L'hôpital NOVO versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise la somme de 308 799,48 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 29 août 2022.

Article 5 : L'hôpital NOVO est condamné à rembourser à la CPAM du Val-d'Oise les dépenses de santé exposées après la date du présent jugement en raison du dommage subi par Mme D, sur justificatifs à mesure de leur engagement.

Article 6 : L'hôpital NOVO versera la somme de 1 191 euros à la CPAM du Val-d'Oise sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 7 : L'hôpital NOVO versera à Mme D et M. C la somme globale de 2 400 euros et à la CPAM du Val-d'Oise la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à M. A C, à l'hôpital Nord-Ouest Val-d'Oise, à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la société Swiss Life Prévoyance et à la société Relyens.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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