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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012256

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012256

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012256
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantATHON-PEREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2020, Mme A, représentée par Me Athon-Perez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2020 par laquelle le maire de la commune de Gonesse (Val-d'Oise) a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de son syndrome anxio-dépressif réactionnel, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 3 août 2020 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Gonesse de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'ordonner avant-dire droit une expertise aux fins de déterminer le caractère imputable au service de sa pathologie ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Gonesse la somme de 3 830 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- l'arrêté a été adopté à l'issue d'une procédure déloyale ;

- il est entaché d'une erreur de fait quant à la date de début de pathologie ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation.

La commune de Gonesse, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure qui lui a été adressée le 22 septembre 2022.

La clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022 par une ordonnance du 24 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public,

- et les observations de Me Athon-Perez, représentant Mme A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, assistante principale d'enseignement artistique depuis le 30 juin 2006, exerce les fonctions d'enseignante en danse contemporaine au sein de la commune de Gonesse (Val-d'Oise). Le 22 juillet 2019, elle a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif réactionnel dont elle souffre. Le 18 mai 2020, la commission administrative paritaire a rendu un avis défavorable à sa demande. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 15 juin 2020 par lequel la commune de Gonesse a refusé de faire droit à sa demande, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 5 août 2020.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 22 septembre 2022, la commune de Gonesse n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai de trente jours qui lui a été imparti ni, en tout état de cause, avant la clôture de l'instruction fixée au 26 décembre 2022. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () ".

5. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

6. Il ressort des certificats médicaux versés aux débats que Mme A souffre d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel depuis le 30 avril 2014. La requérante justifie, en outre, de conditions de travail dégradées, liées à l'inadaptation ainsi qu'aux mauvaises conditions hygiéniques de la salle dans laquelle elle donne des cours de danse, et dont il n'est pas établi que la commune y aurait remédié. Ce contexte professionnel est de nature à favoriser le développement de pathologies anxio-dépressives. Par ailleurs, la commune de Gonesse, qui n'a pas présenté d'observations en défense dans la présente instance, n'oppose aucun fait personnel de la requérante ou autre circonstance particulière de nature à détacher cette maladie du service, qui ne ressortent pas davantage des pièces du dossier, notamment l'existence d'un état pathologique antérieur lié au cancer dont elle a été diagnostiqué en 2011 ou d'une blessure narcissique avec recherche de reconnaissance évoquées par le médecin expert dans son avis du 9 janvier 2020. Dans ces conditions, la pathologie dont souffre Mme A doit être regardée comme imputable au service.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, et sans qu'il soit besoin de diligenter une expertise médicale avant dire-droit, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 15 juin 2020 par laquelle le maire de la commune de Gonesse a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de son syndrome anxio-dépressif réactionnel, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 3 août 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation de la décision du 15 juin 2020, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Gonesse de reconnaître l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif réactionnel de Mme A à compter de 30 avril 2014, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Gonesse la somme de 3 830 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du 15 juin 2020 par laquelle le maire de la commune de Gonesse a rejeté la demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif réactionnel de Mme A, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 3 août 2020, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Gonesse de reconnaitre l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif réactionnel de Mme A à compter du 30 avril 2014, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Gonesse versera à Mme A la somme de 3 830 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête de Mme A sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au maire de la commune de Gonesse.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, et Mmes Gay-Heuzey et Lusinier, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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