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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012310

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012310

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012310
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantRABBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2020 et des pièces complémentaires enregistrées les 11 décembre 2020 et 15 avril 2021, Mme A B, représentée par Me Rabbé, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Clichy-la-Garenne à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation de ses préjudices résultant des fautes commises dans la gestion de sa situation et de sa carrière ;

2°) d'enjoindre à la commune de Clichy-la-Garenne de lui verser cette somme dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune de Clichy-la-Garenne aux entiers dépens et de mettre à sa charge une somme de 4 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune de Clichy-la-Garenne a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité en prenant des décisions illégales à son encontre, en manquant à son obligation de protection et en commettant plusieurs manquements dans la gestion de sa situation et de sa carrière ;

- elle a fait l'objet d'agissements constitutifs de harcèlement moral ;

- elle a subi de ce fait un préjudice moral ainsi que des préjudices financier et de carrière s'élevant à la somme de 50 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, la commune de Clichy-la-Garenne, représentée par Me Sabattier, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les agissements allégués par Mme B ne sont pas de nature à faire naître une présomption de harcèlement moral ;

- aucune faute n'a été commise dans la gestion de sa situation et de sa carrière.

Par ordonnance du 22 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure ;

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Sabattier, représentant la commune de Clichy-la-Garenne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, recrutée en 1975 par la commune de Clichy-la-Garenne par un contrat à durée indéterminée comme directrice de centre de loisirs, a été titularisée en 1999. Elle a été nommée animatrice principale de première classe le 1er juin 2011 et affectée à la sous-direction des activités périscolaires en 2017. Mme B estime que ses conditions de travail se sont dégradées à partir de 2015, qu'elle a fait l'objet de sanctions par des rétrogradations illégales, que des manquements fautifs ont été commis dans la gestion de sa situation et de sa carrière et qu'elle été victime de harcèlement moral. Par un courrier du 1er décembre 2020 reçu le 10 décembre suivant, elle a demandé à la commune de Clichy-la-Garenne de l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis de ce fait. Cette demande est restée sans réponse. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner la commune de Clichy-la-Garenne à l'indemniser de ses préjudices à hauteur de 50 000 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les illégalités fautives :

2. Mme B soutient que l'arrêté du 27 octobre 2016 par lequel le maire de la commune de Clichy-la-Garenne lui a infligé une sanction disciplinaire de rétrogradation du huitième échelon du grade d'animatrice principale de première classe au douzième échelon du grade d'animatrice principale de deuxième classe à partir du 1er décembre 2016, ainsi que l'arrêté du 9 août 2017 ramenant cette sanction à une rétrogradation au treizième échelon du grade d'animatrice principale de deuxième classe, sont entachés d'une illégalité fautive. Il résulte néanmoins de l'instruction que, par un jugement du 25 juin 2019, ce tribunal a rejeté les requêtes de Mme B contre les deux arrêtés des 27 octobre 2016 et 9 août 2017 et que l'appel formé par la requérante à l'encontre de ce jugement a été rejeté par un arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles du 14 décembre 2021 qui est devenu définitif, son pourvoi en cassation ayant fait l'objet d'un refus d'admission par le conseil d'Etat par une décision du 22 juillet 2022. Il en résulte que Mme B n'établit pas l'illégalité des arrêtés des 27 octobre 2016 et 9 août 2017, devenus définitifs, par lesquels elle a été rétrogradée et n'est par conséquent pas fondée à demander réparation des préjudices résultant de la rétrogradation prononcée.

En ce qui concerne les manquements commis dans la gestion de son accident de service du 7 juillet 2017 :

3. Aux termes de l'article 16 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa rédaction applicable au litige : " () La commission de réforme n'est pas consultée lorsque l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident est reconnue par l'administration. La commission de réforme peut, en tant que de besoin, demander à l'administration de lui communiquer les décisions reconnaissant l'imputabilité ".

4. La requérante soutient que la commune a commis plusieurs manquements dans la gestion de son accident de service du 7 juillet 2017. Il résulte cependant des dispositions précitées qu'en dépit des allégations de Mme B, la commune de Clichy-la-Garenne n'était nullement tenue de saisir la commission de réforme dès lors qu'elle n'a pas contesté l'imputabilité au service de cet accident qu'elle a reconnue par un arrêté du 25 octobre 2017. Si Mme B soutient qu'elle a été bénéficiaire de trop-perçus dont sa mutuelle a demandé le remboursement, ces demandes de remboursement découlent, d'une part, de la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident par la commune de Clichy-la-Garenne et non de manquements fautifs de sa part, et ne sont, d'autre part, pas de nature à établir l'existence d'un préjudice dès lors que la demande de remboursement des trop-perçus visait seulement à empêcher sa double indemnisation. Si elle soutient en outre qu'elle a perçu certains remboursements avec retard, il résulte de l'instruction que cette circonstance résulte de sa propre défaillance à faire parvenir à sa mutuelle les justificatifs nécessaires et non de manquements fautifs de la commune. Dans ces conditions, Mme B n'établit l'existence d'aucune faute dans la gestion de son dossier relatif à son accident du travail du 7 juillet 2017.

En ce qui concerne l'obligation de protection :

5. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail, rendu applicable dans les administrations par l'article 3 du décret du 28 mai 2012 : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs () ". Conformément à ces dispositions, il incombe à l'administration de prendre les mesures destinées à assurer aux fonctionnaires des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à protéger leur santé et leur intégrité physique.

6. Si Mme B soutient que la commune de Clichy-la-Garenne a manqué à son obligation de protection de la santé et de la sécurité de ses agents, dont il résulte des dispositions précitées qu'il s'agit d'une obligation de moyens et non de résultat, elle ne l'établit pas, la seule circonstance qu'elle a été victime d'un accident de service étant à cet égard insuffisante dès lors que cet accident résultait d'un faux mouvement de sa part en tentant d'éviter un autre agent. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que la commune de Clichy-la-Garenne a manqué à son obligation de protection envers elle.

En ce qui concerne les autres manquements commis dans la gestion de sa situation ou de sa carrière :

7. Si Mme B soutient que des erreurs ont été commises dans la gestion de ses jours de congés, elle ne conteste pas que celles-ci ont été rectifiées et n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il en serait résulté pour elle un quelconque dommage. La requérante n'établit nullement l'existence d'autres manquements fautifs dans la gestion de sa situation ou de sa carrière.

En ce qui concerne l'existence d'une situation constitutive de harcèlement moral :

8. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 applicable au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () "

9. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 du présent jugement que l'ensemble des manquements fautifs invoqués par Mme B ne sont pas établis ou ne sont en tout état de cause pas de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité pour faute de la commune de Clichy-la-Garenne. Ses conclusions à fin d'indemnisation ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'indemnisation de Mme B, ses conclusions à fin d'injonction de paiement sous astreinte des indemnités demandées ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

Sur les dépens :

13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent la contribution pour l'aide juridique prévue à l'article 1635 bis Q du code général des impôts, ainsi que les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

14. En l'absence de dépens exposés, les conclusions présentées par la requérante tendant à leur remboursement ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée () ".

16. D'une part, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Clichy-la-Garenne, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

17. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la commune de Clichy-la-Garenne en application de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Clichy-la-Garenne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :

Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Clichy-la-Garenne.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLe greffier,

signé

D. Haude

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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