mercredi 9 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2012460 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | BOULLERY CLAIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 décembre 2020, M. A E, représenté par Me Boullery, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande, formée par une lettre en date du 20 août 2020, tendant au renouvellement de son contrat jeune majeur ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, au président du conseil départemental des Hauts-de-Seine de lui assurer un accompagnement, une solution d'hébergement ainsi qu'une prise en charge de ses besoins alimentaires et sanitaires afin de lui permettre de poursuivre sa scolarité´, et d'élaborer un projet d'accès à l'autonomie adapté a` ses besoins en matière éducative, sociale, de sante´, de logement, de formation, d'emploi et de ressources ;
4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au président du conseil départemental des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement de prise en charge à ce titre, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer, durant la durée de ce réexamen, un récépissé valant autorisation de travail ;
5°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 2 000 euros à verser, à son conseil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ou à lui-même dans le cas contraire et s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en vertu des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2022, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n°2012465 du 18 décembre 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thomas Bertoncini, vice-président, pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertoncini, magistrat désigné ;
- et les observations de Mme D, représentant le département des Hauts-de-Seine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant camerounais né le 30 mars 2002, a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département des Hauts-de-Seine à compter du 16 octobre 2018 et jusqu'au 30 mars 2020, à la suite d'un jugement en assistance éducative et d'une ordonnance de prorogation de mesure éducative du Tribunal pour enfants de C. Il a ensuite demandé à ce que son accompagnement soit poursuivi par le service de l'aide sociale à l'enfance du département des Hauts-de-Seine dans la cadre du cinquième alinéa de l'article L. 222-5 du code de l'action social et des familles. Le département des Hauts-de-Seine a décidé de poursuivre son accompagnement après sa majorité et, en dernier lieu, jusqu'au 31 août 2020, dans le cadre d'un " contrat jeune majeur " consistant, notamment, en une prise en charge hôtelière, comprenant hébergement et restauration, pour transition et orientation vers les dispositifs de droit commun. Par un recours en date du 20 août 2020, M. E a demandé au président du conseil départemental des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation et de lui accorder la poursuite de sa prise en charge au-delà du 31 août 2020. M. E demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet de cette demande, née du silence gardé sur celle-ci par son destinataire.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre ; () ". Aux termes des sixième et septième alinéas de l'article L. 222-5 du même code : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".
4. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune majeur pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt et un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, y compris le comportement du jeune majeur.
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ou mettant fin à une telle prise en charge, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.
6. Il résulte de l'instruction que M. E était déjà inscrit, à la date de la décision attaquée, au titre de l'année scolaire 2020-2021 en deuxième année du certificat d'aptitude professionnelle mention " Menuisier Aluminium Verre " auprès du centre de formation d'apprentis de la Miroiterie à Paris, après avoir validé avec succès sa première année l'année précédente. En outre, il poursuivait son apprentissage dans une entreprise, située dans cette même ville, avec laquelle il est lié depuis le 14 octobre 2019 par un contrat venant à échéance le 31 juillet 2021. Par ailleurs, le département des Hauts-de-Seine ne remet pas en cause le comportement de l'intéressé hormis le fait de mettre en avant son indépendance, qui est au nombre des éléments qu'il peut prendre en considération au titre du large pouvoir d'appréciation dont il dispose. Il s'ensuit que, compte tenu de l'ensemble des circonstances particulières de la présente espèce, la décision en litige, par laquelle le département des Hauts-de-Seine a mis fin à la prise en charge de M. E au 31 août 2020, compromet la concrétisation de son projet professionnel et, par suite, sa capacité d'insertion, en méconnaissance des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le département des Hauts-de-Seine a mis fin à sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance en tant que jeune majeur à compter du 31 août 2020.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Il résulte de l'instruction que M. E a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, en exécution de l'ordonnance de référé qui avait suspendu la décision attaquée, dans le cadre d'un accueil temporaire jeune majeur du 22 décembre 2020 au 22 juillet 2021, mesure renouvelée par le département des Hauts-de-Seine jusqu'au 22 juillet 2022, l'intéressé ayant poursuivi sa formation BAC professionnel miroiterie, bien qu'il n'en remplisse plus les conditions à la date du présent jugement. Partant, un défaut de prise en charge de M. F le département des Hauts-de-Seine ne conduit plus à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte, présentées par ce dernier, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme que demande M. E et son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a mis fin à la prise en charge de M. F le service de l'aide sociale à l'enfance en tant que jeune majeur à compter du 31 août 2020 est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Boullery et au département des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026