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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012717

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012717

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantTOUCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2020, la SARL MF Déco Peinture, représentée par Me Touchot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2020 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a suspendu l'activité de l'entreprise sur le chantier situé 3 rue Jean Richard Bloch à Argenteuil, pour une durée de trente jours ;

2°) de mettre à la charge du préfet du Val-d'Oise la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense dès lors qu'elle a été prise sans que le gérant soit entendu par les services de l'URSSAF ou de la police et sans avoir accès au procès-verbal établi à la suite du contrôle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle avait sous-traité le chantier à la société JMI qui dispose des déclarations préalables à l'embauche des salariés et de la copie de leur titre de séjour, en conséquence la présence de ces personnes sur le chantier ne relève pas directement de la gestion de l'entreprise, ce qui démontre son sérieux et sa bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A, représentant la préfecture du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 septembre 2020, sur réquisition du Procureur de la République, l'entreprise MF Déco Peinture a fait l'objet d'un contrôle coordonné par l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF), assistée par la Police aux frontières (PAF) du Val-d'Oise, sur le chantier de rénovation situé 3 rue Jean Richard Bloch à Argenteuil dont elle était chargée de réaliser l'une des prestations. Il a été constaté l'emploi de deux ressortissants étrangers sans titre, non autorisés à séjourner et à travailler en France et l'emploi d'un étranger titulaire d'une attestation de demande d'asile ne l'autorisant pas à travailler en France, représentant la totalité des effectifs de l'entreprise. Par une décision du 8 septembre 2020, le préfet du Val-d'Oise a décidé de prononcer en urgence et pour une durée de 30 jours l'arrêt de l'activité de l'entreprise MF Déco Peinture sur ledit chantier. Par un courrier du 28 septembre 2020, la société a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la société demande au tribunal d'annuler la décision du 8 septembre 2020.

2. Aux termes de l'article L. 8211-1 du code du travail : " Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : 1° Travail dissimulé ()/ 4° Emploi d'étranger non autorisé à travailler ; () ".Aux termes de l'article L. 8272-2 du même code : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois. () Lorsque l'activité de l'entreprise est exercée sur des chantiers de bâtiment ou de travaux publics ou dans tout lieu autre que son siège ou l'un de ses établissements, la fermeture temporaire prend la forme d'un arrêt de l'activité de l'entreprise sur le site dans lequel a été commis l'infraction ou le manquement () ". Aux termes de l'article R. 8272-7 du même code : " Le préfet du département dans lequel est situé l'établissement () peut décider, au vu des informations qui lui sont transmises, de mettre en œuvre à l'égard de l'employeur verbalisé l'une ou les mesures prévues aux articles L. 8272-2 et L. 8272-4, en tenant compte de l'ensemble des éléments de la situation constatée, et notamment des autres sanctions qu'il encourt. Préalablement, il informe l'entreprise, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa réception par le destinataire, de son intention en lui précisant la ou les mesures envisagées et l'invite à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. À l'expiration de ce délai, au vu des observations éventuelles de l'entreprise, le préfet peut décider de la mise à exécution de la ou des sanctions appropriées. Il notifie sa décision à l'entreprise par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa réception par le destinataire et transmet immédiatement une copie au procureur de la République. Il en adresse copie au préfet du siège de l'entreprise si l'établissement est situé dans un département différent. ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ".

3. En l'espèce, le préfet du Val-d'Oise a décidé, par l'arrêté du 8 septembre 2020 attaqué, estimant une situation d'urgence caractérisée, de prononcer l'arrêt de l'activité de l'entreprise MF Déco Peinture sur le chantier en cause pour une durée de trente jours, sans recourir à la procédure contradictoire préalable à son édiction. Le préfet fait valoir que le constat par l'URSSAF et la PAF lors du contrôle réalisé le 2 septembre 2020, de l'emploi de main-d'œuvre étrangère en situation irrégulière et non déclarée nécessitait une mesure d'urgence d'arrêt d'activité pour faire cesser sans délai les infractions. Toutefois, ce seul constat ne suffit pas, à lui seul, à justifier la condition d'urgence, les dispositions législatives et réglementaires précitées instituant précisément une procédure contradictoire à l'occasion d'un tel constat. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que l'infraction aurait perduré sans l'adoption, en urgence, de l'arrêté contesté dès lors que le contrôle du 2 septembre 2020 a été mené sur réquisition du Procureur de la République, près du Tribunal judiciaire de Pontoise, à qui il incombe de faire cesser les infractions. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'un vice de procédure en ne respectant pas la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées et a ainsi privé la société d'une garantie.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société MF Déco Peinture est fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2020.

Sur les frais du litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme 1 000 euros à verser à la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 8 septembre 2020 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à la société MF Déco Peinture en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société MF Déco Peinture et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère,

Mme Debourg, conseillère ;

assistées de Mme Pradel, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

Signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au et ordonne au Préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

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