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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013302

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013302

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013302
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCABINET CHAINTRIER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2020, l'association CLEF JOB 1, représentée par Me Putigny-Ravet et Derieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 novembre 2020, par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 30 septembre 2020, contre la décision du 17 juillet 2020 par laquelle il lui a ordonné de rembourser les sommes de 112 222 et 53 820 euros et de verser la somme de 166 042 euros au trésor public ;

2°) d'annuler la décision du 17 juillet 2020, du préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris ;

3°) de mettre à la charge de l'administration la somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 20 novembre 2020 est entachée d'un défaut de signature ;

- à la suite de la nomination d'un nouveau préfet à compter du 17 août 2020, elle a été privée de la possibilité de faire parvenir un recours administratif préalable obligatoire au préfet précédent et signataire de la décision initiale et le nouveau préfet, en lui notifiant une décision qu'il n'avait pas lui-même prise, et en rejetant son recours administratif préalable obligatoire alors qu'il n'avait pas eu à connaître des opérations de contrôle à l'époque où elles ont été menées, l'a privée du droit à un recours effectif ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits, dès lors qu'elle a exécuté les prestations de formation, et transmis les documents justifiant les actions de formation et l'accompagnement prodigué à ses salariés ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que le préfet fonde sa décision sur l'article D. 6313-3-2 du code du travail qui ne trouve pas à s'appliquer à des actions de formation de développement des compétences menées au cours des années 2016, 2017 et 2018, ainsi que sur la circulaire DGEFP n°2012-15 du 19 juillet 2012 relative à la mise en œuvre du contrat de professionnalisation, laquelle est dépourvue de valeur normative ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que la loi et le règlement n'indiquent pas de quelle manière la formation professionnelle doit être menée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'article L. 6361-3 du code du travail prohibe le contrôle des qualités pédagogiques ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'article D. 6324-3 du code du travail n'institue aucune interdiction de confier les actions de formation à un tuteur de l'association, lequel en tout état de cause a été abrogé par décret n° 2018-1232 du 24 décembre 2018 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la délivrance des attestations de formation n'est plus obligatoire, l'article L. 6353-1 du code du travail instituant cette obligation ayant été abrogé par la loi 2018-771 du 5 septembre 2018 ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits, dès lors que le préfet fait valoir

à tort que CLEF JOB 1 n'a pas mené les actions de tutorat de manière conforme ;

- il appartient à l'organisme paritaire collecteur agréé OPCALIA de contrôler le dispositif mis en place selon les préconisations de l'organisme de formation architecte CIEFA ;

- elle n'a pas commis de fraude, dès lors qu'elle n'a ni établi, ni utilisé intentionnellement, des documents de nature à obtenir indûment quelque somme que ce soit ;

- elle doit bénéficier du droit à l'erreur prévu à l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2022, le préfet de la région d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 17 juillet 2020 sont irrecevables, dès lors que la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire s'y substitue ;

- les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. CLEF JOB 1, association régie par les dispositions de la loi du 1er juillet 1901 et ayant son siège à Roissy-en-France (95) est un groupement d'employeurs. Elle a pour objet le recrutement et la mise à disposition de travailleurs auprès de ses adhérents. Cette association a bénéficié d'un dispositif spécifique de contrats de professionnalisation mis en place et financé par l'organisme professionnel collecteur agréé (OPCALIA), à savoir le dispositif PRODIAT. À la suite d'un signalement le 27 février 2019, par OPCALIA aux services de la direction régionale des entreprises de la concurrence, du travail et de l'emploi (DIRECCTE), faisant état d'une suspicion d'absence d'exécution des formations financées dans le cadre des contrats de professionnalisation PRODIAT, la DIRECCTE a diligenté un contrôle au titre des années 2017, 2018 et 2019, Par une décision du 17 juillet 2020, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, a ordonné à l'association le paiement de la somme de 112 222 euros, pour ne pas avoir réalisé les formations, la somme de 53 820 euros, pour ne pas avoir exercé les activités de tutorat, ainsi que la somme de 166 042 euros, pour avoir établi des documents portant des mentions inexactes. L'association CLEF JOB 1 a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 17 juillet 2020. Le préfet a rejeté son recours par une décision du 20 novembre 2020. L'association CLEF JOB 1 demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 17 juillet 2020 :

2. Aux termes de l'article R. 6362-6 du code du travail : " L'intéressé qui entend contester la décision administrative qui lui a été notifiée en application de l'article R. 6362-4, saisit d'une réclamation, préalablement à tout recours pour excès de pouvoir, l'autorité qui a pris la décision. / Le rejet total ou partiel de la réclamation fait l'objet d'une décision motivée notifiée à l'intéressé. ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de ce que les conclusions dirigées contre la décision du 17 juillet 2020, à laquelle s'est substituée la décision du 20 novembre 2020 prise sur recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, sont irrecevables, doit être accueillie.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 20 novembre 2020 :

S'agissant de la régularité de la décision :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L.212-1 du code des relations publiques et de l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. "

4. En l'espèce, la décision attaquée comporte la signature de son auteur, la mention en caractères lisible, du prénom, nom et qualité de son auteur. La circonstance que la signature serait un fac-similé, est sans incidence sur le respect des dispositions de l'article L. 212-1 précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En second lieu, la circonstance que la nomination d'un nouveau préfet est intervenue entre la date d'édiction de la décision initiale et la décision portant rejet du recours administratif préalable obligatoire est sans incidence sur le recours administratif préalable obligatoire que la société requérante a formé par courrier du 29 septembre 2020 et sur son droit au recours effectif. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant de l'obligation de reversement au Trésor public des montants reçus pour des formations tenues pour non réalisées (article 1 de la décision attaquée) :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 6361-1 du code du travail : " L'Etat exerce un contrôle administratif et financier, dans les conditions prévues au présent titre, sur les actions prévues à l'article L. 6313-1 conduites par les employeurs lorsqu'elles sont financées par l'Etat, les collectivités territoriales, la Caisse des dépôts et consignations, Pôle emploi ou les opérateurs de compétences ainsi que sur le respect des obligations mentionnées à l'article L. 6323-13.". Aux termes de l'article L. 6361-3 du même code : " Le contrôle administratif et financier des dépenses et activités de formation porte sur l'ensemble des moyens financiers, techniques et pédagogiques, à l'exclusion des qualités pédagogiques, mis en œuvre pour la formation professionnelle. / Ce contrôle peut porter sur tout ou partie de l'activité, des actions de formation ou des dépenses de l'organisme. (). ". Aux termes de l'article L. 6362-4 de ce code : " Les employeurs présentent les documents et pièces justifiant les objectifs et la réalisation des actions mentionnées à l'article L. 6313-1 ainsi que les moyens mis en œuvre à cet effet, lorsque ces actions sont financées par l'Etat, les collectivités territoriales, la Caisse des dépôts et consignations, Pôle emploi ou les opérateurs de compétences. A défaut, ces actions sont réputées ne pas avoir été exécutées et donnent lieu à remboursement auprès de l'organisme ou de la collectivité qui les a financées. ". Aux termes de l'article L. 6362-5 : " Les organismes mentionnés à l'article L. 6361-2 sont tenus, à l'égard des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 6361-5 : / 1° De présenter les documents et pièces établissant l'origine des produits et des fonds reçus ainsi que la nature et la réalité des dépenses exposées pour l'exercice des activités conduites en matière de formation professionnelle continue ; / 2° De justifier le rattachement et le bien-fondé de ces dépenses à leurs activités ainsi que la conformité de l'utilisation des fonds aux dispositions légales régissant ces activités. / A défaut de remplir ces conditions, les organismes font, pour les dépenses considérées, l'objet de la décision de rejet prévue à l'article L. 6362-10. ". Enfin, aux termes de l'article L.6362-6 du code du travail : " Les organismes chargés de réaliser tout ou partie des actions mentionnées à l'article L. 6313-1 présentent tous documents et pièces établissant les objectifs et la réalisation de ces actions ainsi que les moyens mis en œuvre à cet effet. À défaut, celles-ci sont réputées ne pas avoir été exécutées et donnent lieu à remboursement au cocontractant des sommes indûment perçues. ".

7. D'une part, Il résulte de ces dispositions que les employeurs doivent, notamment, justifier, à tout moment, et sur demande des contrôleurs du travail, de la réalité des actions de formation qu'ils conduisent lorsqu'elles sont financées par l'État. D'autre part, Il appartient à l'administration d'apprécier, au regard des pièces produites par l'organisme de formation, sur lequel pèse la charge de la preuve, et sous le contrôle du juge, la réalité des activités conduites en matière de formation professionnelle continue et la conformité de leurs objectifs et des moyens mis en œuvre au regard des dispositions précitées du code du travail.

8. En premier lieu, le préfet pour estimer comme non réalisées les formations par l'association requérante a relevé que les documents produits par cette dernière ne présentaient pas de caractère probant. Il a relevé des incohérences portant sur la situation de 23 salariés sur les 45 dossiers soumis à la mission de contrôle. Il a ainsi été constaté que la responsable des ressources humaines de CLEF JOB 1, étant en congé, elle ne pouvait dès lors procéder à l'émargement de certaines heures de formation, que six salariés sur les douze employés par CLEF JOB 1 avaient un tuteur qui occupait des fonctions sans rapport avec les fonctions des salariés en contrat PRODIAT, que des salariés placés en arrêt de maladie ont effectué les actions de formation, ainsi que l'absence de service de formation en interne et de moyens de mise en œuvre des formations, dont les supports pédagogiques. De plus, l'autorité préfectorale a notamment relevé que selon les déclarations, lors du contrôle, de deux salariés de CLEF JOB 1, l'un a indiqué sous couvert de l'anonymat, par un courriel du 10 juin 2019 que : " je vous confirme que j'ai signé ces documents de formation comme mon responsable me l'avait demandé, mais je ne sais pas exactement combien de signatures j'ai réalisées. Mais je n'ai passé aucune formation, je vous le confirme ", le second, quant à lui, a fait savoir par un courrier du 29 mai 2019, aux agents de contrôle, qu'il n'avait jamais rencontré de formateur.

9. Pour justifier de la réalité des actions de formation effectuées, CLEF JOB 1 fait valoir qu'elle a transmis les documents justifiant les actions de formation concernées, les feuilles d'émargement contresignées par un formateur, les bulletins de salaire des salariés ayant bénéficié du dispositif PRODIAT, les formulaires CERFA attachés aux contrats de professionnalisation, la plupart des conventions de formations professionnelles conclus entre CLEF JOB 1 et CIEFA, les bulletins de salaire des salariés de CLEF JOB 1 ayant dispensé des formations, les factures et attestations de formation transmises à OPCALIA et les justificatifs de tutorat. Toutefois, d'une part, si CLEF JOB 1 soutient avoir transmis les attestations de formation, alors que cette formalité n'est plus une obligation, car elle a été abrogée par la loi n°2018-771 du 5 septembre 2018, il résulte de l'article L. 6353-1 du code de travail que, en sa rédaction applicable en l'espèce, " qu'une convention est conclue entre l'acheteur et l'organisme () ". Or, la convention versée dans la présente instance, signée entre l'organisme de formation (OF) architecte CEPIA et l'association requérante, prévoit que les résultats seront retranscrits sur l'attestation délivrée à la fin du parcours de professionnalisation par l'OF architecte. D'autre part, l'association requérante, à qui incombe la charge de la preuve, ne produit aucun élément permettant de justifier de la réalisation des mois de formation facturés. Aucune production ou attestation de l'utilisation de matériel pédagogique ne sont versées à l'appui de ses allégations. Ainsi CLEF JOB 1 n'apporte aucun document, justificatif dans la présente instance, de nature à remettre en cause les constats, les incohérences relevées par le préfet et de démontrer la réalité de l'exécution des formations facturées. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

10. En deuxième lieu, si le requérant soutient que les dispositions de l'article D. 6313-32 du code du travail n'étaient pas applicables au litige, il résulte de l'instruction que le préfet, pour prendre la décision attaquée, ne s'est pas fondé sur ces dispositions, mais sur celles de l'article L. 6362-3, qui renvoie à l'article L. 6361-1 du code de travail. Par ailleurs, le rappel des termes de la circulaire DGEFP n°2012-15 du 19 juillet 2012 au regard de l'article L. 6325-2 du code du travail par la décision attaquée est sans incidence sur sa légalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit être dès lors écarté.

11. En troisième lieu, si l'association requérante fait état de ce que la loi et le règlement n'indiquent pas de quelle manière la formation professionnelle doit être menée, il ressort des pièces du dossier, et particulièrement des clauses du contrat de formation professionnelle versé dans la présente instance, et de la note relative aux formations PRODIAT, que CLEF JOB 1 avait connaissance des modalités de formation.

12. Enfin, le préfet, qui s'est fondé sur la réalité des actions de formation, n'a pas, en tout état de cause, porté une appréciation sur les qualités pédagogiques de la formation. Par suite, l'association requérante ne peut utilement soutenir que la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 6361-3 du code du travail.

13. Il s'ensuit que c'est à bon droit que le préfet de la région Ile-de-France a estimé que les actions de formation étaient réputées inexécutées. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale a pu légalement, mettre à la charge de l'association requérante la somme de 112 222 euros pour ne pas avoir réalisé les actions de formation pour lesquelles elle a reçu paiement et, ce point n'étant pas contesté, dont elle n'a pas justifié en avoir remboursé le montant à ses cocontractants, dans les délais impartis.

S'agissant de l'obligation de reversement au Trésor public des montants reçus pour tutorats non réalisés (article 2 de la décision attaquée) :

14. Aux termes de l'article D. 6325-7 du code du travail : " Les missions du tuteur sont les suivantes : 1° Accueillir, aider, informer et guider les bénéficiaires du contrat de professionnalisation ; 2° Organiser avec les salariés intéressés l'activité de ces bénéficiaires dans l'entreprise et contribuer à l'acquisition des savoir-faire professionnels ; 3° Veiller au respect de l'emploi du temps du bénéficiaire ; 4° Assurer la liaison avec l'organisme ou le service chargé des actions d'évaluation, de formation et d'accompagnement des bénéficiaires à l'extérieur de l'entreprise ; 5° Participer à l'évaluation du suivi de la formation. ". Aux termes de l'article D.6325-10 du même code applicable au litige : " Dans le cadre d'un contrat de professionnalisation conclu avec une entreprise de travail temporaire ou un groupement d'employeurs, l'entreprise utilisatrice désigne un tuteur chargé d'exercer, pendant les périodes de mise à disposition, les missions prévues aux 1°, 2° et 3° de l'article D. 6325-7.

L'entreprise de travail temporaire ou le groupement d'employeurs désigne également un tuteur chargé d'exercer, en lien avec le tuteur de l'entreprise utilisatrice, les missions prévues aux 4° et 5° de l'article D. 6325-7. Les conditions prévues aux articles D. 6325-6 et D. 6325-9 ne s'appliquent pas à ce tuteur ". Aux termes de l'article D. 6325-6 du même code : " Pour chaque salarié en contrat de professionnalisation, l'employeur choisit un tuteur parmi les salariés qualifiés de l'entreprise. Le salarié choisi pour être tuteur doit être volontaire et justifier d'une expérience professionnelle d'au moins deux ans dans une qualification en rapport avec l'objectif de professionnalisation visé. Toutefois, l'employeur peut, notamment en l'absence d'un salarié qualifié répondant aux conditions prévues au second alinéa et à l'article D. 6325-9, assurer lui-même le tutorat dès lors qu'il remplit les conditions de qualification et d'expérience. "

15. En l'espèce, le préfet fait valoir, en méconnaissance des dispositions combinées des articles D. 6325-7 et D. 6325-10 du code du travail rappelées ci-dessus, notamment que les bilans de tutorat ne sont pas signés par le tuteur de l'employeur adhérent de l'association, mais du seul tuteur au sein de CLEF JOB 1, et que l'association requérante ne justifie pas de la mise en œuvre de moyens permettant la continuité du tutorat.

16. D'une part, si CLEF JOB 1 fait valoir que les dispositions de l'article D. 6324-3 du code du travail, ont été abrogées au 1er janvier 2019 par le décret n° 2018-1232 du 24 décembre 2018, elles ont été reprises à l'article D. 6325-7 de ce même code. D'autre part, si ces dispositions n'instituent aucune interdiction de confier les actions de formation à un tuteur de l'association, et que dès lors, un tuteur de CLEF JOB 1 pouvait signer les feuilles d'émargement, il ressort toutefois des dispositions combinées des articles D. 6325-7 et D. 6325-10 du code du travail rappelées ci-dessus, que le tuteur de l'entreprise utilisatrice doit réaliser les principales missions du tutorat en cas de mise à disposition du salarié, et qu'à ce titre, l'absence de signature constatée par le préfet d'un tuteur de l'entreprise utilisatrice sur les feuilles d'émargement, n'est pas de nature, à elle seule, à prouver l'existence d'actions de tutorat par CLEF JOB 1. Ainsi, dans ces conditions, CLEF JOB 1, sur qui repose la charge de la preuve, et à qui incombe la mise en œuvre des actions de tutorat, par les seuls éléments produits, notamment l'exemple précité de convention de formation professionnelle " contrat de professionnalisation Prodiat " et un exemple d'attestation de formation professionnelle, et eu égard à la distinction entre les tuteurs internes de CLEF JOB 1 et ceux des entreprises adhérentes, ne démontre pas la réalité de l'exécution des missions de tutorat à raison desquelles elle a reçu le financement par OPCALIA et ne démontre pas, contrairement à ses affirmations selon lesquelles la responsabilité du contrôle incombe à l'organisme pariteur agréé, avoir mis en œuvre les préconisations de l'organisme de formation architecte CIEFA.

17. Il s'ensuit que c'est à bon droit que le préfet de la région d'Ile-de-France a estimé que les actions de tutorat étaient réputées inexécutées. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale a pu légalement, mettre à la charge de l'association requérante la somme de 53 820 euros pour ne pas avoir réalisé les actions de tutorat pour lesquelles elle a reçu paiement et, ce point n'est pas contesté, dont elle n'a pas justifié en avoir remboursé le montant à ses cocontractants dans les délais impartis.

S'agissant de l'établissement et de l'usage de documents avec mentions inexactes pour obtenir indûment paiement de prestations de formation (article 3 de la décision attaquée) :

18. Aux termes de l'article L. 6362-7-2 du code du travail applicable au litige: " Tout employeur ou prestataire de formation qui établit ou utilise intentionnellement des documents de nature à éluder l'une de ses obligations en matière de formation professionnelle ou à obtenir indûment le versement d'une aide, le paiement ou la prise en charge de tout ou partie du prix des prestations de formation professionnelle est tenu, par décision de l'autorité administrative, solidairement avec ses dirigeants de fait ou de droit, de verser au Trésor public une somme égale aux montants imputés à tort sur l'obligation en matière de formation ou indûment reçus. "

19. En premier lieu, l'association CLEF JOB 1 fait valoir qu'elle n'a pas contrevenu aux dispositions de l'article L. 6362-7-2 du code du travail. Toutefois, compte tenu de l'ensemble des éléments exposés ci-dessus, et ainsi qu'il a été dit, alors qu'elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations selon lesquelles CEFIA et OPCALIA, au demeurant ce dernier ayant lui-même alerté l'administration du risque de non-exécution des prestations de formation par l'association requérante, serait à l'origine de l'inexécution des prestations en cause, il est établi qu'elle a produit des feuilles d'émargement, des compte rendus de tutorat visant à matérialiser des actions de formation et de tutorat qui n'ont pas eu lieu. CLEF JOB 1 ne pouvait ignorer ses engagements, issus de la note de cadrage PRODIAT et des conventions de formation professionnelle. Dès lors, elle ne démontre pas que l'inexécution des prestations de formation ne serait pas de son seul fait et qu'elle n'aurait pas méconnu les dispositions de l'article L. 6362-7-2 du code du travail.

20. En second lieu, aux termes de l'article 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. "

21. Compte tenu de l'ensemble des éléments exposés ci-dessus, l'association CLEF JOB 1 ne saurait se prévaloir du bénéfice du droit à l'erreur prévu par les articles L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen doit être écarté.

22. Il s'ensuit, dans ces conditions, que le préfet de la région d'Ile-de-France a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 6362-7-2 du code du travail, mettre à la charge de l'association requérante la sanction prévue par ces dispositions pour un montant de 166 042 euros.

23. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. () ".

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par l'association CLEF JOB 1 et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de CLEF JOB 1 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à CLEF JOB 1 et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°201330

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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