vendredi 7 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2013327 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LAURANT MICHAUD DUCEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et un mémoire récapitulatif enregistrés les 14 décembre 2020, 11 juin 2021 et 19 septembre 2022, M. A B, représenté, à compter du mémoire enregistré le 11 juin 2021, par Me Duceux et Me Pogu, avocats, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2012 et 2013 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve que les charges déduites du résultat de la SA Consortium n'ont pas été engagées dans l'intérêt de l'entreprise ;
- l'administration fiscale n'établit pas qu'il aurait disposé de cette somme, dès lors qu'il ne peut être regardé comme le maître de l'affaire au sein de la société SA Consortium.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2021, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.
L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée du contrôle fiscal Île-de-France, a produit un mémoire, le 28 novembre 2022, qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- et les conclusions de M. Barraud, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. À la suite d'une vérification de comptabilité de la SA Consortium Français, qui exerce une activité d'organisation d'événements et de séminaires en France et à l'étranger pour de grandes entreprises, dont M. B est le gérant majoritaire, et d'un contrôle sur pièces de la situation fiscale de ce dernier, portant sur les années 2012 et 2013, M. B s'est vu notifier, par des propositions de rectification en date des 8 décembre 2015 et 16 février 2016, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2012 et 2013, assorties des pénalités correspondantes. Par une décision du 5 décembre 2017, l'administration a partiellement admis, s'agissant des prélèvements sociaux, la demande de M. B tendant au dégrèvement de ces impositions. La dernière réclamation préalable de l'intéressé, en date du 31 décembre 2019, a été rejetée le 14 octobre 2020. Par cette requête, M. B demande au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2012 et 2013, pour un montant global de 124 113 euros, en droits et en pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend, en application du I de l'article 39 du code général des impôts précité, déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
3. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré, dans le résultat imposable de la SA Consortium, des dépenses correspondant à des achats de costumes, de cadeaux et des frais de restauration, au motif que ces dépenses constituaient des achats personnels de M. B. En se bornant à produire un journal des écritures de la SA Consortium, ne comportant aucune analyse de celles-ci, ainsi que des relevés de carte bancaire et des tickets de caisse dépourvus de commentaires, M. B n'apporte aucun élément précis sur la nature des charges en cause, ainsi que sur la valeur de la contrepartie que la SA Consortium en a retiré. Par suite, l'administration était fondée à considérer que les dépenses en cause ne présentaient pas la nature de charges déductibles du bénéfice de la SA Consortium, à rehausser ses résultats au titre des exercices 2012 et 2013 à hauteur de ces dépenses et à les regarder, dès lors, comme des revenus distribués.
4. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ". En cas de refus des propositions de rectification par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
5. L'administration fiscale fait valoir, sans être contestée sur ce point, que M. B était l'associé majoritaire et l'unique gérant de la SA Consortium au cours des années en litige, ainsi que son seul dirigeant et représentant légal. En outre, il résulte de l'instruction que M. B disposait d'une carte bancaire à son nom, rattachée au compte bancaire de la société. Dans ces conditions, l'administration fiscale était fondée à le regarder comme maître de l'affaire. Par suite, M. B ne produisant aucun élément de nature à renverser la présomption selon laquelle il a appréhendé les sommes réputées distribuées par la SA Consortium, c'est à bon droit que le service l'a imposé, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 précité du code général des impôts, à raison de ces distributions.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026