jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2013373 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MARIÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 décembre 2020, le 25 août 2022, le 2 janvier 2023 et le 11 janvier 2023, les sociétés par actions simplifiées (SAS) Briand Construction Blois et Briand Construction venant respectivement aux droits des SAS SNB et Savoie, représentées par Me Spaeth, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de fixer le montant du décompte général et définitif du macro-lot n° 1 " travaux de clos et couvert " du marché de construction du groupe scolaire et du centre municipal de loisirs Dunoyer de Segonzac sur le secteur Lavoisier à Antony (Hauts-de-Seine) à la somme globale de 10 573 203,74 euros hors taxes (HT) ;
2°) de fixer à 111 471,09 euros HT le montant des intérêts moratoires dus au titre des retards de paiement sur les acomptes ;
3°) de fixer le solde du marché à la somme de 3 937 705,28 euros toutes taxes comprises (TTC) et de condamner la commune d'Antony à lui verser cette somme, à assortir des intérêts moratoires et de la capitalisation des intérêts à compter du 25 mars 2020 ;
4°) subsidiairement, vu l'article 1240 du code civil, de condamner in solidum les sociétés Dietmar Feichtinger Architectes, Quadriplus Groupe SA Woopa, Francis Klein et Tempeol à leur verser la somme de 1 646 182 euros HT, à assortir des intérêts moratoires et de la capitalisation des intérêts à compter du 25 mars 2020 ;
5°) de mettre à la charge in solidum de la commune d'Antony et des sociétés Dietmar Feichtinger Architectes, Quadriplus Groupe SA Woopa, Francis Klein, Audatis et Tempeol la somme de 15 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ensemble les entiers dépens de l'instance.
Elles soutiennent que :
- elles ont réalisé des travaux supplémentaires, d'une part, commandés par le maître d'ouvrage et insuffisamment rémunérés, et, d'autre part, indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art dont elles doivent être indemnisées à hauteur de 519 286,10 euros HT ;
- le maître d'ouvrage a commis des fautes dans l'analyse de leur offre et dans la direction et la conduite du chantier qui ont entraîné des préjudices dont elles demandent réparation à hauteur de 185 868,15 euros HT ;
- elle a droit aux intérêts moratoires sur les acomptes payés avec retard au cours de l'exécution du marché, à hauteur de 111 471,09 euros HT ;
- elles sont fondées à réclamer la décharge ou, du moins, la réduction des pénalités de retard qui leur ont été infligées pour un montant final de 2 399 563,79 euros, initialement fixé à 313 054,56 euros ;
- à titre subsidiaire, elles sont fondées à engager la responsabilité quasi-délictuelle des sociétés Dietmar Feichtinger Architectes, Quadriplus Groupe SA Woopa, Klein et Tempeol à raison des fautes commises sur le chantier qui ont entraîné un allongement des délais d'exécution du marché pour un montant de 1 646 182,03 euros HT.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 mai 2022 et le 27 janvier 2023, la commune d'Antony, représentée par Me Cabanes, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du Groupement SNB Savoie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les travaux supplémentaires allégués par les requérantes, non établis, étaient prévus au contrat et n'étaient pas indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art ;
- elle n'a commis aucune faute dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre ;
- les intérêts moratoires sur les paiements intermédiaires, justifiés à hauteur de 23 204,66 euros, ont déjà été entièrement intégrés au décompte général notifié aux requérantes ;
- elle est fondée à appliquer des pénalités de retard conformément à l'article 4.4 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché à hauteur du montant final de 2 399 563,79 euros ;
- les sociétés Francis Klein et Risk Control ne sont pas fondées à l'appeler en garantie.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 mars 2022, le 23 juin 2022 et le 27 janvier 2023, la société Tempeol, représentée par Me des Cars, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
- à titre principal, au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à l'appel en garantie des sociétés Dietmar Feichtinger Architectes et Francis Klein pour toutes condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;
- en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des sociétés SNB et Savoie au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'allongement de la durée du chantier et les surcoûts subséquemment subis par les requérantes ne lui sont pas imputables ;
- en tout état de cause, les requérantes ne sont pas fondées à engager sa responsabilité solidairement avec les autres intervenants dès lors que les fautes qui lui sont imputées n'ont pas causé l'entièreté des préjudices allégués ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à appeler en garantie les sociétés Dietmar Feichtinger Architectes et Francis Klein.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er avril 2022, le 2 septembre 2022 et le 27 février 2023, la société Dietmar Feichtinger Architectes, représentée par Me Caron, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
- à titre principal, au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés Francis Klein, Tempeol, Audatis, prise en la personne de son mandataire liquidateur, Me Dolley, et Risk Control à la garantir des condamnations qui seraient prononcées à son encontre et au rejet des demandes d'appel en garantie formées par les sociétés Tempeol et Francis Klein ;
- en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des sociétés SNB et Savoie, devenues Briand Construction Blois et Briand Construction, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la maîtrise d'œuvre n'a commis aucune faute sur le chantier ;
- les requérantes ne justifient pas de la réalité de leurs préjudices ni du lien de causalité avec les difficultés prétendument rencontrées dans l'exécution de leur marché ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à appeler en garantie les sociétés Francis Klein, Tempeol, Audatis, prise en la personne de son mandataire liquidateur, Me Dolley, et Risk Control.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 avril 2022 et le 27 janvier 2023, la société Francis Klein, représentée par Me Oulad Bensaid, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
- à titre principal, au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à la condamnation de la commune d'Antony et des sociétés Tempeol et Dietmar Feichtinger Architectes à la garantir des condamnations qui seraient prononcées à son encontre ;
- en tout état de cause, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des sociétés SNB et Savoie, devenues Briand Construction Blois et Briand Construction, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle n'a commis aucune faute sur le chantier ;
- les requérantes ne justifient pas de la réalité de leurs préjudices ni du lien de causalité avec les difficultés prétendument rencontrées dans l'exécution de leur marché ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à appeler en garantie la commune d'Antony et les sociétés Tempeol et Dietmar Feichtinger Architectes.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 janvier 2023 et le 17 février 2023, la société Risk Control, représentée par Me Marié, conclut :
- à titre principal, au rejet de l'appel en garantie présenté par la société Dietmar Feichtinger et à sa mise hors de cause ;
- à titre subsidiaire, à la condamnation de la commune d'Antony et des sociétés Briand Construction Blois, Briand Construction, Dietmar Feichtinger Architectes, Francis Klein, Tempeol et Audatis à la garantir des condamnations qui seraient prononcées à son encontre ;
- en tout état de cause, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de tout succombant à l'instance au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ensemble les entiers dépens de l'instance.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, les demandes présentées par la société Dietmar Feichtinger Architectes sont irrecevables ;
- à titre subsidiaire, elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité quasi-délictuelle à l'égard du maître d'œuvre ;
- à titre très subsidiaire, la demande de condamnation solidaire présentée par les sociétés requérantes ne peut qu'être rejetée ;
- à titre infiniment subsidiaire, elle est fondée à appeler en garantie la commune d'Antony et les sociétés Briand Construction Blois, Briand Construction, Tempeol, Dietmar Feichtinger Architectes, Francis Klein et Audatis.
La requête a été communiquée à la société Audatis qui n'a produit aucune observation.
A la suite de l'échec de la médiation acceptée par les parties, le dossier est revenu à l'instruction le 25 janvier 2022.
Par une ordonnance du 15 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 avril 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lusinier, conseillère ;
- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;
- les observations de Me Spaeth, représentant les sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction ;
- les observations de Me Pezin, représentant la commune d'Antony ;
- les observations de Me Louis de Cars, représentant la société Tempeol ;
- et les observations de Me Roussarie, représentant la société Dietmar Feichtinger Architectes.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement notifié le 13 juillet 2016, la commune d'Antony (Hauts-de-Seine) a confié aux sociétés par actions simplifiées (SAS) SNB et Savoie le macro-lot n°1 d'un marché de construction du groupe scolaire et du centre municipal de loisirs Dunoyer de Segonzac sur le secteur Lavoisier à Antony (Hauts-de-Seine) portant sur les " travaux de clos et couvert ". Ce marché multi-attributaire a été conclu pour une durée de vingt-deux mois et un prix global et forfaitaire de 7 249 986 euros hors taxe (HT), soit 8 699 983,20 euros toutes taxes comprises (TTC). Le démarrage des travaux a été fixé, par ordre de service, au 5 septembre 2016. La réception des travaux a été prononcée avec réserves le 28 février 2020. Par deux courriers du 25 mars 2020, les SAS SNB et Savoie ont adressé leur projet de décompte final. La commune d'Antony, qui ne l'a pas accepté, leur a notifié son décompte général le 17 juin 2016, contesté par un mémoire en réclamation transmis le 9 juillet 2020. Par la présente requête, les sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction, venant respectivement aux droits des sociétés SNB et Savoie, demandent au tribunal, à titre principal, d'arrêter le montant du décompte général et définitif et de condamner subséquemment la commune d'Antony à leur verser la somme de 3 937 705,28 euros TTC au titre du solde du marché, à assortir des intérêts moratoires et de la capitalisation des intérêts à compter du 25 mars 2020, et, à titre subsidiaire, de condamner les sociétés Dietmar Feichtinger Architectes, Quadriplus Groupe SA Woopa, Francis Klein et Tempeol à leur verser la somme de 1 646 182 euros HT au titre de leur responsabilité quasi-délictuelle.
Sur le solde du décompte :
En ce qui concerne les travaux supplémentaires :
2. Dans le cadre d'un marché à prix global et forfaitaire, l'entrepreneur a le droit d'être indemnisé du coût des travaux supplémentaires, non prévus au contrat, s'ils ont été prescrits par ordre de service ou acceptés par le maître d'ouvrage ou si à défaut d'ordre de service ou d'acceptation du maître d'ouvrage, ils présentent un caractère indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. La charge définitive de l'indemnisation incombe, en principe, au maître d'ouvrage.
3. En premier lieu, l'article 2.1 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du marché prévoit que le titulaire doit réaliser un état des lieux et que, s'il ne signale pas les difficultés rencontrées, il ne peut se prévaloir de la configuration initiale des lieux pour majorer le montant de ses travaux. Ces dispositions ne méconnaissent pas les dispositions de l'article R. 4533-1 du code du travail car elles ne mettent pas les travaux de raccordement à la charge du titulaire, exigeant simplement de ce dernier qu'il les signale au maître d'ouvrage. Par suite, les sociétés requérantes ne peuvent soutenir que constituent des travaux supplémentaires indemnisables l'installation d'une ligne électrique et le raccordement des réseaux, au demeurant contestés par la commune et non établis par les pièces du dossier, qui auraient dû être signalés lors de l'état des lieux ou intégrés dans le prix global et forfaitaire proposé. Il en est de même pour la fosse toutes eaux et sa vidange dont la réalisation ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 4533-5 du code du travail qui, en se bornant à prévoir que les matières usées sont évacuées conformément aux règlements sanitaires en vigueur, ne mettent pas les équipements nécessaires à cette évacuation à la charge du maître d'ouvrage. En tout état de cause, ces travaux ne concourent pas à la réalisation de l'ouvrage et ne sont pas davantage indispensables à sa réalisation dans les règles de l'art.
4. En deuxième lieu, les requérantes soutiennent, en fournissant plusieurs ordres de service (OS), que des travaux supplémentaires liés à des erreurs de conception leur ont été commandés et qu'ils ont été sous-évalués. Toutefois, il ressort de ces pièces, soit que les réserves ne concernaient que les délais de réalisation, pas les montants des travaux prescrits (OS n°s 14, 18, 22, 23, 27, 30, 32, 35, 36, 37 et 39), soit que les OS ne prescrivaient pas de travaux supplémentaires, mais des travaux prévus au marché (OS n°s 13, 19, 28, 31 et 34) ou se bornaient à constater un retard (OS n° 17) ou encore à répartir les tâches entre les requérantes et la société Tempeol (OS n° 20) et à enjoindre au nettoyage du chantier prévu contractuellement (OS n° 12). Enfin, les sociétés titulaires, qui versent à l'instance un devis très peu étayé, n'apportent pas la preuve que les travaux prescrits par l'OS n° 38 auraient excédé le montant prévu.
5. En troisième lieu, les requérantes soutiennent avoir été dans l'obligation d'effectuer des travaux supplémentaires, liés à des erreurs de conception, en l'absence de fiches techniques modificatives. Toutefois, elles se bornent à cet égard à fournir des devis qui n'établissent pas que les travaux auraient été réalisés ni qu'ils n'étaient pas prévus par le contrat et indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. Les requérantes se prévalent également de travaux supplémentaires ayant été réalisés en raison des dysfonctionnements de la cellule de synthèse, faisant à cet égard état de la modification des ouvrages béton. Cependant, elles ne donnent aucune précision sur ces travaux, qu'aucun des courriers cités à l'appui de leurs prétentions n'évoque. Si les sociétés requérantes arguent de même de travaux modificatifs sur les caniveaux de ventilation, ainsi que de la mise en conformité de la résistance thermique de l'isolant sous dallage, elles se bornent à cet égard à produire les devis n°s 7 et 11 qui n'établissent nullement que les travaux invoqués auraient été réalisés ni qu'ils n'étaient pas prévus au contrat et indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. Si les requérantes indiquent par ailleurs avoir effectué des modifications relatives à la charpente métallique, elles n'apportent aucune précision sur ces travaux. De même, bien qu'elles fassent valoir que l'association de différents modes constructifs aurait généré des difficultés dans la gestion des interfaces, ce qui aurait eu pour conséquence de complexifier la réalisation de l'ouvrage, une telle circonstance, à la supposer établie, est étrangère à la réalisation de travaux proprement dite. Les requérantes se prévalent encore, d'une part, de la modification des garde-corps des salles de classe et des coursives, réalisés à l'intérieur du bâtiment alors qu'ils auraient dû l'être à l'extérieur, et, d'autre part, de la suppression des garde-corps des patios et de leur remplacement par la création d'un platelage pour assurer la sécurité des enfants. Toutefois, aucune précision n'est donnée sur la nature de ces travaux dont il n'est même pas justifié qu'ils auraient été effectivement réalisés. Enfin, sont sans incidence sur la solution du litige les frais d'études supplémentaires dont se prévalent les sociétés requérantes dès lors qu'il ne s'agit pas de travaux et que, en tout état de cause, les factures versées au dossier portant sur des " frais d'études dessin " pour la " réalisation de façades aluminium " s'apparentent à des études qui devaient être assurées dans le cadre du forfait.
6. En dernier lieu, si les sociétés requérantes indiquent que les travaux d'adaptation des ouvrages ont généré des surcoûts dans le règlement des sous-traitants, il ne s'agit pas de travaux supplémentaires mais de préjudices dont elles ne sollicitent au demeurant pas l'indemnisation.
En ce qui concerne les fautes imputées au maître d'ouvrage :
7. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.
8. En premier lieu, les sociétés requérantes ne peuvent utilement se prévaloir, à l'encontre du maitre d'ouvrage, des fautes commises par la cellule de synthèse, la société assurant la mission ordonnancement, pilotage, coordination (OPC) et la maîtrise d'œuvre.
9. En deuxième lieu, si les requérantes se prévalent d'une faute dans l'analyse des offres dès lors que le maître d'ouvrage, constatant une erreur matérielle dans la détermination de certains prix, aurait dû leur demander des précisions, il est constant que l'analyse des offres, qui intervient avant la signature du contrat, ne peut être à l'origine d'un éventuel manquement contractuel.
10. En troisième lieu, en se bornant à soutenir qu'il ne pouvait ignorer le prochain départ à la retraite de l'OPC et la défaillance du second, les sociétés requérantes ne justifient pas d'une quelconque faute du maître d'ouvrage susceptible d'engager sa responsabilité contractuelle.
En ce qui concerne les intérêts moratoires sur les paiements intermédiaires :
11. En ne contestant pas en réplique le récapitulatif des situations et intérêts moratoires apporté en défense par la commune d'Antony, les sociétés requérantes n'établissent pas que les intérêts moratoires excéderaient la somme justifiée de 23 204,66 euros déjà intégrée dans le décompte général.
En ce qui concerne les pénalités de retard :
12. Les pénalités de retard prévues par les clauses d'un marché public ont pour objet de réparer forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer au pouvoir adjudicateur le non-respect, par le titulaire du marché, des délais d'exécution contractuellement prévus. Elles sont applicables au seul motif qu'un retard dans l'exécution du marché est constaté et alors même que le pouvoir adjudicateur n'aurait subi aucun préjudice ou que le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché qui résulte de leur application serait supérieur au préjudice subi. Si, lorsqu'il est saisi d'un litige entre les parties à un marché public, le juge du contrat doit, en principe, appliquer les clauses relatives aux pénalités dont sont convenues les parties en signant le contrat, il peut, à titre exceptionnel, saisi de conclusions en ce sens par une partie, modérer ou augmenter les pénalités de retard résultant du contrat si elles atteignent un montant manifestement excessif ou dérisoire, eu égard au montant du marché et compte tenu de l'ampleur du retard constaté dans l'exécution des prestations. Lorsque le titulaire du marché saisit le juge de conclusions tendant à ce qu'il modère les pénalités mises à sa charge, il ne saurait utilement soutenir que le pouvoir adjudicateur n'a subi aucun préjudice ou que le préjudice qu'il a subi est inférieur au montant des pénalités mises à sa charge. Il lui appartient de fournir aux juges tous éléments, relatifs notamment aux pratiques observées pour des marchés comparables ou aux caractéristiques particulières du marché en litige, de nature à établir dans quelle mesure ces pénalités présentent selon lui un caractère manifestement excessif.
13. Aux termes de l'article 4.4 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché : " Le représentant du pouvoir adjudicateur utilisera un EXE 13 pour procéder au calcul des pénalités qui seront notifiées à la société. ". Selon l'article 4.4.1 du même cahier : " Si les travaux ne sont pas terminés dans le délai global d'exécution prévu à l'article 5.2 de l'acte d'engagement, l'entrepreneur sera passible sans préjudice des mesures qui pourraient être prises par le maître d'ouvrage d'une pénalité définie comme suit. / Par dérogation à l'article 20.1 du CCAG applicable, le montant total des pénalités (P) est égal à : P = Pénalité journalière HT par jour calendaire de retard au regard du délai global d'exécution indiqué à l'article 5.2 de l'acte d'engagement : - Pour chacun des 7 premiers jours de retard :1/2000ème du montant du marché, - Pour chaque jour de retard ultérieur : 1/1000ème du montant du marché. Cette pénalité interviendra de plein droit sur la simple constatation du retard par le maître d'œuvre ou le maître d'ouvrage, et sans qu'il soit besoin pour ce dernier d'avoir adressé au titulaire une mise en demeure préalable. Son montant sera retenu sur les sommes dues à l'entreprise. / Des retenues provisoires, correspondant à 1/2000ème euros HT par jour calendaire de retard pour les 7 premiers jours et à 1/1000ème euros HT par jour calendaire de retard ultérieur, s'appliqueront pour retard dans les délais partiels d'exécution. Ces retenues sont appliquées sur le dernier décompte mensuel sans mise en demeure préalable. ".
14. En premier lieu, il ressort des pièces du marché que sa durée a été fixée à 478 jours ouvrés à compter du 5 septembre 2016, de sorte que la date contractuelle de fin des travaux devait intervenir le 26 novembre 2018. Or, la réception des travaux est intervenue le 28 février 2020, soit avec un retard de 459 jours, desquels la commune d'Antony a retranché 135 jours au titre des travaux supplémentaires et des intempéries, ce qui a fixé à 324 le nombre de jours de retard effectif. Le retard reproché aux sociétés requérantes est donc matériellement établi. En revanche, si les requérantes peuvent utilement arguer que le calcul détaillé des pénalités ne leur a pas été notifié via le formulaire EXE 13, tel qu'exigé par les stipulations précitées de l'article 4.4 du CCAP, ce manquement n'affecte pas leur exigibilité, les pénalités demeurant dues de plein droit sur la simple constatation du retard par le maître d'œuvre ou le maître d'ouvrage, conformément aux stipulations précitées de l'article 4.4.1 du CCAP. En outre, est sans incidence la circonstance que les plannings intermédiaires n'aient pas été transmis aux requérantes dès lors que les pénalités de retard sont calculées sur le délai global d'exécution, fixé dans l'acte d'engagement et l'OS de démarrage, et pas sur les délais partiels. Par ailleurs, les requérantes ne peuvent reprocher à la commune d'Antony d'avoir retenu des pénalités de retard d'un montant provisoire de 313 054,56 euros porté à 2 399 563,79 euros dans le décompte général, dès lors que les pénalités sont dues sans mise en demeure préalable et que, en tout état de cause, elles s'imputent sur les délais globaux d'exécution, de sorte qu'elles sont nécessairement plus élevées que les retenues provisoires calculées sur les délais intermédiaires du marché, qui s'additionnent si les retards intermédiaires ne sont pas rattrapés. Enfin, les sociétés requérantes ne peuvent se prévaloir de la méconnaissance par le maître d'ouvrage du principe de loyauté des relations contractuelles au motif qu'il aurait mis tardivement à leur charge des pénalités de retard qui résultent de la mise en œuvre de stipulations convenues entre les parties.
15. En deuxième lieu, si les requérantes font valoir que les plannings d'exécution ont été prolongés à plusieurs reprises en raison des travaux supplémentaires et que les jours d'intempéries n'ont pas été comptabilisés, ces allégations, outre qu'elles ne sont pas justifiées, manquent en fait au regard des 135 jours mentionnés au point 14 ci-dessus. En outre, en se bornant à soutenir que les ordres de service ont fait l'objet de courriers de réserves qui n'auraient pas été pris en compte par la commune, les requérantes n'apportent pas d'éléments circonstanciés de nature à démontrer que les retards ne lui seraient pas imputables. Enfin, est sans incidence sur la solution du litige la circonstance que d'autres titulaires auraient accusé des retards sur le chantier. Dans ces conditions, il y a lieu de confirmer au passif des sociétés requérantes la somme de 2 999 563,79 euros correspondant aux 324 jours calendaires effectifs de retard dans l'exécution des travaux.
16. En troisième lieu, si les sociétés requérantes saisissent le juge de conclusions tendant à ce qu'il modère les pénalités mises à leur charge, elles ne fournissent pas d'éléments relatifs aux pratiques observées pour des marchés comparables ou aux caractéristiques particulières du marché en litige qui permettraient d'établir que ces pénalités présenteraient un caractère manifestement excessif. De surcroît, le retard constaté, correspondant à 76 % du délai initial, n'a fait l'objet de pénalités de retard qu'à hauteur du tiers du montant du marché, ce qui n'est pas manifestement excessif. Dans les circonstances de l'espèce, est sans incidence sur la solution du litige la circonstance que les sociétés requérantes seraient fragiles sur le plan financier. La demande de modulation des pénalités de retard présentée à titre subsidiaire est donc insusceptible de prospérer.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requérantes tendant à ce que le solde du marché soit fixé à la somme de 3 937 705,28 euros TTC et à ce que la commune d'Antony soit condamnée à lui verser cette somme, assortie des intérêts moratoires et de la capitalisation des intérêts, doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées par les sociétés requérantes au titre de la responsabilité quasi-délictuelle des intervenants sur le chantier :
18. Dans le cadre d'un contentieux tendant au règlement d'un marché relatif à des travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher, outre la responsabilité contractuelle du maître d'ouvrage, la responsabilité quasi-délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat de droit privé.
19. En l'espèce, les sociétés requérantes se bornent à alléguer la défaillance du maître d'œuvre, qui serait à l'origine d'une mauvaise conception de l'ouvrage, laquelle se déduirait des modifications dont ce dernier aurait fait l'objet. Elles ajoutent que le maître d'œuvre a failli dans sa mission de direction du chantier en ne suivant pas suffisamment les travaux et en ne sanctionnant pas les retards. Elles soutiennent également que la cellule de synthèse, confiée à la société Tempeol, et la mission OPC, confiée à la société Francis Klein, ont été laissées à l'abandon, ce qui aurait eu pour conséquence de retarder l'exécution des travaux. Toutefois, ces éléments, non circonstanciés et qui ne sont étayés par aucune pièce, ne suffisent pas à établir l'existence de fautes.
20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées, à titre subsidiaire, par les sociétés requérantes sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les appels en garantie :
21. Ainsi qu'il vient d'être dit, ni la responsabilité contractuelle de la commune d'Antony ni la responsabilité quasi-délictuelle des autres défendeurs à l'instance n'est engagée, de sorte qu'aucune condamnation n'est prononcée à leur encontre. Par suite, les conclusions d'appels en garantie présentées en défense doivent être rejetées.
Sur les dépens de l'instance :
22. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées en ce sens par les requérantes et par la société Risk Control.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge in solidum de la commune d'Antony et des sociétés Dietmar Feichtinger Architectes, Quadriplus Groupe SA Woopa, Francis Klein, Audatis et Tempeol, la somme que les sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge des sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction la somme de 2 000 euros à verser à chacune des parties gagnantes à l'instance.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête des sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction est rejetée.
Article 2 : Les sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction verseront à la commune d'Antony la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction verseront à la société Tempeol la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction verseront à la société Dietmar Feichtinger Architectes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction verseront à la société Francis Klein la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Les sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction verseront à la société Risk Control la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Les conclusions présentées par la commune d'Antony et les sociétés Tempeol, Dietmar Feichtinger Architectes, Francis Klein et Risk Control sont rejetées pour le surplus.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Briand Construction Blois et Briand Construction, à la commune d'Antony, à la société Tempeol, à la société Dietmar Feichtinger Architectes, à la société Francis Klein, à la société Risk Control et à la société Audatis.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
V. Lusinier
La présidente,
Signé
C. OriolLa greffière,
Signé
V. Ricaud
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026