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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013662

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013662

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013662
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCASTEBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2020, la SARL Coiffure Ampère, représentée par Me Castebert, demande au tribunal :

1°) la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, ainsi que des pénalités y afférentes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort que l'administration fiscale a refusé de saisir la commission départementale des impôts et de taxes sur le chiffre d'affaires, méconnaissant les articles L. 59 et L. 59 A du livre des procédures fiscales, et entachant la procédure d'imposition d'irrégularité ;

- la méthode de reconstitution est radicalement viciée faute de saisine de la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires ;

- elle devait à minima se fonder sur deux méthodes de reconstitution ;

- en augmentant de la masse salariale déclarée au titre du CICE, le chiffre d'affaires taxable, sans démontrer le bien-fondé de ces rehaussements, la méthode de reconstitution est radicalement viciée.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Coiffure Ampère, qui exerçait une activité dans le domaine de la coiffure, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018. Par une proposition de rectification du 30 août 2019, établie selon la procédure contradictoire et la procédure de taxation d'office, l'administration fiscale l'a informée que, dès lors qu'elle n'avait présenté aucune comptabilité, elle avait procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires taxable extra-comptablement laissant apparaître une insuffisance de taxe sur la valeur ajoutée collectée. Elle a aussi indiqué à la société requérante qu'elle entendait remettre en cause en partie la taxe sur la valeur ajoutée déduite au titre de la période litigieuse. Après le rejet de sa réclamation préalable, la SARL Coiffure Ampère demande au tribunal la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés en conséquence au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, ainsi que des pénalités y afférentes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires () ". Aux termes de l'article L. 59 A du même livre : " I. La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; 2° Sur les conditions d'application des régimes d'exonération ou d'allégements fiscaux en faveur des entreprises nouvelles, à l'exception de la qualification des dépenses de recherche mentionnées au II de l'article 244 quater B du code général des impôts ; 3° Sur l'application du 1° du 1 de l'article 39 et du d de l'article 111 du même code relatifs aux rémunérations non déductibles pour la détermination du résultat des entreprises industrielles ou commerciales, ou du 5 de l'article 39 du même code relatif aux dépenses que ces mêmes entreprises doivent mentionner sur le relevé prévu à l'article 54 quater du même code ; 4° Sur la valeur vénale des immeubles, des fonds de commerce, des parts d'intérêts, des actions ou des parts de sociétés immobilières servant de base à la taxe sur la valeur ajoutée, en application du 6° et du 1 du 7° de l'article 257 du même code. () Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, la commission peut se prononcer sur le caractère anormal d'un acte de gestion, sur le principe et le montant des amortissements et des provisions ainsi que sur le caractère de charges déductibles des travaux immobiliers. ".

3. Le redressement litigieux, ainsi que cela ressort de la proposition de rectification du 30 août 2019, trouve sa source, d'une part, dans une insuffisance de taxe sur la valeur ajoutée collectée résultant de la reconstitution du chiffre d'affaires de la société requérante comparé à celui qu'elle avait déclaré. D'autre part, il est fondé sur la remise en cause partielle de la taxe sur la valeur ajoutée déduite par la société au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018.

4. Il résulte de l'instruction que la SARL Coiffure Ampère, dans sa réponse du 28 octobre 2019 à cette proposition de rectification, n'a présenté des observations que sur la remise en cause de la taxe sur la valeur ajoutée déductible et la majoration de 40% pour manquement délibéré, ne manifestant aucun désaccord sur la reconstitution de son chiffre d'affaires. Partant, en l'absence d'un désaccord exprimé dans le délai de trente jours suivant la réception de la proposition de rectification du 30 août 2019, ainsi que le prévoit l'article R. 57-1 du livre des procédures fiscales, l'administration a pu à bon droit estimer que la SARL Coiffure Ampère avait tacitement donné son accord à ce chef de redressement, ainsi qu'elle l'a indiqué dans sa réponse aux observations du contribuable du 22 novembre 2019. Par suite, à supposer même que la demande de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires présentée par le contribuable 10 décembre 2019 ait porté sur ce point, l'administration fiscale a pu légalement, sans entacher la procédure d'imposition d'irrégularité, ne pas donner suite à cette demande.

5. En outre, si un désaccord demeurait en revanche en matière de taxe sur la valeur ajoutée déductible, la question de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ne relève pas de la compétence de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Il s'ensuit qu'en refusant, le 20 décembre 2019, de saisir cette commission du désaccord l'opposant au contribuable sur cette question, l'administration fiscale n'a ni méconnu les dispositions des articles L. 59 et L. 59 A du livre des procédures fiscales, ni entaché la procédure de redressement suivie à l'encontre de la SARL Coiffure Ampère d'irrégularité.

Sur le bien-fondé de l'imposition en litige :

6. Les redressements litigieux ont été établis selon la procédure de taxation d'office de l'article L. 66, 3° du livre des procédures fiscales au titre de certaines parties de la période en litige, et au titre de la procédure de rectification contradictoire pour les autres. Il est toutefois constant que la société requérante n'a présenté aucune comptabilité au cours des opérations de contrôle, l'administration fiscale ayant établie le 4 avril 2019 un procès-verbal de défaut de remise de comptabilité. Il suit de là qu'en application de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, lorsque la procédure de taxation d'office a été suivie, ou de l'article R. 194-1 et du dernier alinéa de l'article L. 192 du même livre dans les autres cas, il appartient à la SARL Coiffure Ampère d'établir le caractère exagéré de son imposition.

7. Le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de son chiffre d'affaires peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie et qu'elle doit faire connaître au contribuable, en vue de démontrer soit que cette méthode est radicalement viciée ou excessivement sommaire, soit qu'elle aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, apporter tous les éléments de preuve comptables ou extra-comptables.

8. Pour reconstituer le chiffre d'affaires taxable de la société requérante qui n'a pas présentée de comptabilité, l'administration fiscale s'est fondée tant sur les relevés bancaires de la société obtenus à travers l'exercice d'un droit de communication, que des données salariales de la société. Dans un premier temps, après avoir extourné les opérations ne constituant pas du chiffre d'affaires taxable, elle a déterminé pour chaque année le montant du chiffre d'affaires encaissé sur les comptes bancaires de la société. Dans un second temps, la proposition de rectification indique qu'au cours des opérations de contrôle, le gérant de la société a indiqué payer régulièrement ses salariés en espèce. Aucun retrait d'espèce n'apparaissant sur les relevés bancaires obtenus par le biais de l'exercice du droit de communication, l'administration a donc dû reconstituer le chiffre d'affaires espèces éludé. Les bulletins de paie des salariés ne portant aucune mention de versement espèce mais uniquement par chèque, le service vérificateur, pour reconstituer la base salariale acquittée en espèces, a retenu la base salariale déclarée par la société contribuable au titre du crédit d'impôt compétitivité emploi de laquelle elle a déduit les paiements par chèque. Le montant ainsi obtenu, additionné à celui du chiffre d'affaires encaissé sur les comptes bancaires de la société, a constitué la base taxable à la taxe sur la valeur ajoutée.

9. En premier lieu, la seule circonstance que l'administration fiscale n'ait utilisé qu'une méthode de reconstitution, fondée sur les conditions propres d'exploitation de l'entreprise, et qu'elle n'ait pas saisi la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffres d'affaires, n'est pas de nature, à elle seule, à considérer que la méthode de reconstitution serait excessivement sommaire ou radicalement viciée.

10. En second lieu, si la société requérante fait valoir que l'administration fiscale n'a pas recoupé les données déclarées au titre du crédit d'impôt compétitivité emploi avec les déclarations sociales de l'entreprise, certains salariés ayant été déclarés pour la perception de ce crédit d'impôt sans avoir été réellement payé, la SARL Coiffure Ampère ne produit aucune de ses déclarations aux organismes sociaux. Elle n'apporte par ailleurs aucun élément de nature à établir que ses déclarations au titre du crédit d'impôt compétitivité emploi ne seraient pas fiables, alors qu'elle ne conteste pas avoir rémunéré les salariés en espèces. Dès lors, la SARL Coiffure Ampère n'établit pas davantage pour ce motif que la méthode de reconstitution suivie par l'administration fiscale serait excessivement sommaire ou radicalement viciée, ni que ses bases imposables reconstituées seraient exagérées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Coiffure Ampère n'est pas fondée à demander la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, ainsi que des pénalités y afférentes.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme que la SARL Coiffure Ampère demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Coiffure Ampère est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Coiffure Ampère et à la directrice départementale des finances publiques du département du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2013662

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