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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013682

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013682

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013682
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET JORION AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 décembre 2020, le 27 septembre 2021, le 16 janvier 2023, le 20 mars 2023, le 22 mai 2023, le 6 juillet 2023 et le 31 juillet 2023, Mme B, représentée par Me Théobald, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 octobre 2020, notifiée le 13 novembre 2020, par laquelle le maire de la commune de Bezons a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 24 août 2020 ;

2°) de condamner la commune de Bezons à lui verser la somme de 18 102,80 euros augmentée des intérêts de droit à compter de la date de réception par la commune de sa réclamation indemnitaire préalable, le 26 août 2020, et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'elle lui a fait subir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant suspension de fonctions :

- elle est entachée d'un détournement de procédure et d'une erreur de droit faute pour le maire de Bezons d'avoir engagé une procédure disciplinaire à son encontre ;

- elle lui a causé un préjudice financier de 1 774,44 euros correspondant au versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise dont elle a été illégalement privée.

En ce qui concerne la décision portant licenciement pour insuffisance professionnelle :

- elle a été prise en l'absence de consultation régulière de la commission consultative paritaire ;

- elle repose sur des faits qui ne sont pas matériellement établis ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits qui lui sont reprochés ;

- elle est à l'origine d'un préjudice financier de 3 565,16 euros correspondant à la différence entre la rémunération qu'elle aurait dû percevoir jusqu'à la fin prévue de son contrat de travail, le 31 août 2021, et celle qu'elle perçoit dans son nouvel emploi ;

- la remise en cause de son investissement professionnel lui a fait subir un préjudice moral évalué à 5 000 euros.

En ce qui concerne le refus d'octroi de la protection fonctionnelle :

- elle a été victime sur son lieu de travail d'une agression sexuelle à l'origine d'un préjudice moral évalué à 5 000 euros ;

- le refus de la commune de lui accorder la protection fonctionnelle à la suite de cette agression lui a causé un préjudice moral distinct, évalué à 500 euros.

En ce qui concerne les sommes dues au titre de l'exécution du contrat :

- la somme de 213,10 euros correspondant à la prise en charge partielle du coût de son titre de transport, dont elle a été illégalement privée, doit lui être versée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 22 novembre 2021, le 17 mars 2023 et le 22 juin 2023, la commune de Bezons, représentée par Me Jorion, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 juillet 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lusinier, conseillère ;

- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;

- les observations de Me Théobald, représentant Mme B ;

- et les observations de Me Favain, substituant Me Jorion, représentant la commune de Puteaux.

Une note en délibéré a été produite pour Mme B par Me Théobald, le 8 juillet 2024. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agent non titulaire de la fonction publique territoriale, a été recrutée par la commune de Bezons (Val-d'Oise) pour y exercer les fonctions de directrice de la santé en vertu d'un contrat à durée déterminée de trois ans prenant effet le 1er septembre 2018. A la suite d'un incident s'étant produit le 21 avril 2020 dans les locaux du centre municipal de santé dans lequel elle exerçait, le maire de Bezons a, par arrêté du 24 avril 2020, prononcé à l'encontre de Mme B une mesure de suspension à titre conservatoire. Puis, par une décision du 10 juin 2020, le maire de la commune de Bezons a licencié Mme B pour insuffisance professionnelle. Le 24 août 2020, l'intéressée a adressé à la commune une réclamation indemnitaire tendant à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité de la mesure de suspension et du licenciement. Elle demande également l'indemnisation du préjudice résultant de l'agression sexuelle dont elle aurait été victime sur son lieu de travail le 19 septembre 2019, laquelle aurait dû conduire à la mise en œuvre de la protection fonctionnelle. Elle sollicite enfin le versement d'indemnités dont elle estime avoir été irrégulièrement privées. La commune de Bezons a rejeté la majorité de ses demandes par un courrier du 16 octobre 2020, notifié le 13 novembre 2020. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision et la condamnation de la commune de Bezons à lui verser la somme de 18 102,80 euros assortie des intérêts de droit à compter du 26 août 2020 et de la capitalisation des intérêts.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision par laquelle la commune de Bezons a rejeté la demande indemnitaire préalable formée par Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande, qui a donné à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir les sommes auxquelles elle prétend, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision contestée sont sans objet. Elles ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les conséquences de la décision portant suspension de fonctions :

3. Aux termes de l'article 30 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. ".

4. D'une part, la suspension d'un agent, lorsqu'elle est prononcée aux fins de préserver l'intérêt du service, est une mesure à caractère conservatoire qui peut être prise lorsque les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité, sans que l'autorité administrative soit nécessairement tenue d'engager une procédure disciplinaire. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que, faute d'avoir engagé une telle procédure, le maire de la commune de Bezons a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit et commis à cet égard un détournement de procédure.

5. D'autre part, au terme de la période de suspension, l'agent a droit, dès lors qu'aucune sanction pénale ou disciplinaire n'a été prononcée à son encontre, au paiement de sa rémunération pour la période correspondant à la durée de la suspension. En revanche, et par analogie avec le statut général des fonctionnaires, seul le maintien du traitement ainsi que de l'indemnité de résidence, du supplément familial de traitement et des prestations familiales obligatoires est imposé. L'agent suspendu perd le bénéfice de son régime indemnitaire. Ainsi, il ne perçoit pas les indemnités liées à son grade ou à l'exercice effectif de ses fonctions. Par suite, Mme B ne peut prétendre à la réparation du préjudice financier né du défaut de versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise pendant qu'elle était suspendue de ses fonctions.

En ce qui concerne la décision portant licenciement pour insuffisance professionnelle :

6. En premier lieu, si Mme B fait valoir que la commission consultative paritaire s'est prononcée sur son licenciement et sur l'approbation de son règlement intérieur par le même avis du 13 mai 2020 alors que l'entrée en vigueur de ce dernier aurait dû intervenir antérieurement à l'avis de licenciement, l'absence alléguée de règlement intérieur de la commission consultative paritaire, qui concerne seulement le fonctionnement de cette commission et n'intéresse que ses membres, est sans influence sur la légalité de la décision attaquée.

7. En second lieu, aux termes de l'article 39-2 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " L'agent contractuel peut être licencié pour un motif d'insuffisance professionnelle. ".

8. Pour licencier Mme B pour insuffisance professionnelle, le maire de la commune de Bezons s'est fondé sur son incapacité à développer des relations de travail adéquates avec ses équipes et sur le climat de défiance dont elle était à l'origine, de nature à compromettre le bon fonctionnement du service public. Il résulte de l'instruction que la fonction de directrice de centre municipal de santé exercée par Mme B, essentiellement managériale, ainsi que la mission d'élaboration et de mise en œuvre du projet de service qui lui était confiée, exigeaient des qualités professionnelles de gestion, de communication, de dialogue et de conduite du changement. Or, il ressort des pièces versées au dossier qu'une mauvaise administration du personnel, une ingérence dans le travail de ses collaborateurs ou encore des propos déplacés lui ont été reprochés. A ce titre, Mme D, chargée de mission prévention santé, a témoigné que Mme B avait indélicatement insisté pour obtenir des informations sur son opération chirurgicale et que ces informations auraient ensuite été rapportées à un usager du service et à ses collègues, tandis que Mme C, infirmière, a également témoigné que la requérante avait formulé à son endroit, devant témoins, des remarques déplacées sur son apparence physique et sur sa vie sexuelle. En outre, il ressort du compte rendu d'entretien du 12 mars 2020 versé à l'instance que Mme B n'a pas apporté d'éléments utiles à la définition des orientations stratégiques qu'elle devait mettre en œuvre, qu'elle ne s'est pas saisie du projet de service et du projet de rénovation de l'équipement ou encore qu'elle s'est insuffisamment impliquée dans la mise en œuvre de partenariats avec d'autres organismes de santé, tâches pourtant définies de manière précise et exhaustive dans sa fiche de poste. Les carences ainsi relevées dans la manière de servir de Mme B, de nature à établir son incapacité à remplir les fonctions qui lui ont été confiées par la commune de Bezons, sont corroborées par des témoignages écrits, circonstanciés et concordants versés au dossier. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de qualification juridique des faits reprochés, matériellement établis, que le maire de la commune de Bezons a procédé à son licenciement pour insuffisance professionnelle.

9. En l'absence d'illégalité de la décision par laquelle elle a été licenciée, Mme B n'est pas fondée à demander l'indemnisation d'un préjudice financier de 3 565,16 euros correspondant à la différence entre la rémunération qu'elle aurait dû percevoir jusqu'à la fin prévue de son contrat de travail, le 31 août 2021, et celle qu'elle perçoit dans son nouvel emploi. Pour les mêmes raisons, elle n'est pas davantage fondée à demander réparation du préjudice moral de 5 000 euros prétendument né de la remise en cause de son investissement professionnel.

En ce qui concerne le refus d'octroi de la protection fonctionnelle :

10. Aux termes du IV de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".

11. Mme B fait valoir qu'elle a été victime, le 19 septembre 2019, d'une tentative de rapprochement physique initiée par le gardien chargé d'assurer la fermeture du centre municipal de santé. Or, si elle verse au dossier un courriel du 20 septembre 2019 dans lequel elle informe Mme A, directrice des ressources humaines, de cet événement, un courriel du 17 octobre 2019 par lequel cette dernière l'avertit de la tenue d'un entretien avec le gardien le 25 octobre 2019 et une attestation du docteur F du 6 avril 2023 faisant état d'un appel téléphonique de l'intéressée à cette période, ces éléments ne sont pas suffisants à eux seuls, notamment en l'absence de plainte, pour faire présumer des faits constitutifs d'agression sexuelle à son encontre. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la commune de Bezons, à qui elle reproche de ne pas avoir mis en œuvre la protection fonctionnelle qu'elle n'a, au demeurant, jamais demandé, ni à demander la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subséquemment subis.

En ce qui concerne les sommes dues au titre de l'exécution du contrat :

12. Mme B demande le remboursement des sommes dont elle estime avoir été illégalement privée, pendant la mesure de suspension, au titre de la prise en charge partielle de ses frais de transport. Or, comme il a été dit au point 5 ci-dessus du présent jugement, seul le maintien du traitement, de l'indemnité de résidence, du supplément familial de traitement et des prestations familiales obligatoires était alors de droit. Par suite, Mme B ne peut prétendre au remboursement de ses frais de transport.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. La commune de Bezons n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de Mme B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a également lieu de rejeter les conclusions de la commune de Bezons présentées sur le même fondement.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Bezons présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la commune de Bezons.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, et Mmes G et Lusinier, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

V. Lusinier

La présidente,

Signé

C. OriolLa greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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