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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2100012

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2100012

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2100012
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantVI VAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2021, M. B D, représenté par Me Vi Van, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite du 18 février 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 10 décembre 2020 refusant sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un contrat " jeune majeur " ;

3°) d'enjoindre au département du Val-d'Oise de réexaminer sa demande dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, Me Vi Van, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2022, la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 5 juillet 2021, M. D s'est vu délivrer l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- l'ordonnance n°2100003 du 21 janvier 2021 du juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné Mme A, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mégret, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Vi Van pour M. D, présent.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant malien né le 2 avril 2002, est entré en France en septembre 2019. L'intéressé a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance (ASE) du département du Val-d'Oise, à la suite d'une ordonnance de placement provisoire du procureur près le tribunal de grande instance de Pontoise du 6 novembre 2019, en qualité de mineur isolé. Cette prise en charge, qui devait prendre fin à sa majorité le 2 avril 2020, a été prolongée en raison de l'état d'urgence sanitaire jusqu'au 31 juillet 2020. Par une décision du 10 décembre 2020, la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a rejeté sa demande de poursuite de prise en charge par le service de l'ASE dans le cadre d'un contrat " jeune majeur ", formée le 18 août 2020. Le 16 décembre 2020, M. D a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision de refus de prise en charge. En l'absence de réponse du département, une décision implicite de rejet est née le 18 février 2021. M. D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'ASE, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

3. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée est inopérant.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique () aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du même code : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1o du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ". Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt-et-un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service.

5. Il résulte de l'instruction que M. D, qui ne maîtrisait pas le français, n'était engagé dans aucune formation qualifiante à sa majorité et ne faisait état d'aucun projet professionnel ou de scolarisation durable à la date de la décision attaquée sans que cette situation puisse être imputée à une défaillance ou un manquement du département du Val-d'Oise. En outre, si à la date du présent jugement, M. D justifie avoir suivi un parcours d'entrée dans un emploi qui vient de s'achever et dispose d'une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat en apprentissage, il n'établit en revanche pas avoir effectué des démarches auprès d'un établissement scolaire pour réaliser cet apprentissage, ni avoir un réel projet. Il s'ensuit eu égard à la marge d'appréciation dont dispose la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise, que cette dernière n'a pas méconnu les dispositions du code de l'action sociale et des famille, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au département du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La magistrate désignée,

signé

S. A La greffière

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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