jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2100110 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET RICHER ET ASSOCIES DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 janvier 2021, le 14 avril 2023 et le 26 juillet 2023, M. B A, représenté par le cabinet Richer et associés droit public, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 21 novembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Puiseux-Pontoise (Val-d'Oise) lui a retiré le bénéfice de son logement de fonction dans un délai de six mois ;
2°) de rejeter les demandes reconventionnelles de la commune de Puiseux-Pontoise, ou à défaut, de limiter la condamnation indemnitaire à la somme de 28 174,01 euros, ainsi que ses conclusions présentées au titre de l'article R. 741-12 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Puiseux-Pontoise la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée, qui lui fait grief, révèle une sanction déguisée à son encontre ;
- les fonctions de gardiennage qu'il exerce justifient qu'un logement de fonction soit mis à disposition ;
- les conclusions reconventionnelles de la commune et celles présentées au titre de l'article R. 741-12 du code de justice administrative sont irrecevables.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 mars et le 2 mai 2023, la commune de Puiseux-Pontoise, représentée par Me Saïdi, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que M. A soit condamné à verser la somme de 39 585,94 euros au titre de la redevance locative due depuis le 1er mai 2016 ;
3°) à ce que soit mis à sa charge le montant des réparations locatives ;
4°) à ce qu'il soit enjoint à M. A de quitter son logement de fonction ou, à défaut, de prononcer la résiliation de la concession de mise à disposition de ce logement ;
5°) à ce que la somme de 500 euros soit mise à sa charge au titre de l'article R.741-12 du code de justice administrative ;
6°) à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à sa charge au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée est une mesure d'ordre intérieur ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cordary, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, agent de la commune de Puiseux-Pontoise (Val-d'Oise), occupe un emploi d'agent d'entretien communal et de gardien de stade, et dispose depuis 2011 d'un logement de fonction pour nécessité absolue de service. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision du 21 novembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Puiseux-Pontoise a mis fin à la concession de logement de fonction et l'a enjoint à le quitter dans un délai de six mois.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Puiseux-Pontoise :
2. Selon l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".
3. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir ou refusant de modifier leur affectation, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.
4. Si le maire de la commune de Puiseux-Pontoise fait valoir en défense que la redéfinition des missions de M. A s'est faite à responsabilité constante, rémunération équivalente et ne porte pas atteinte à ses droits statutaires, il ressort toutefois des pièces du dossier que la disparition de certaines missions a porté atteinte à ses prérogatives et eu pour conséquence la perte de la concession de son logement de fonction. Dans ces conditions, la décision attaquée, en tant qu'elle emporte le retrait d'un logement cédé à titre gracieux, a des effets économiques indirects mais substantiels qui la rendent justiciable d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, une mesure revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.
6. M. A soutient que la décision du maire de la commune de Puiseux-Pontoise de mettre fin à la concession de son logement de fonction pour nécessité absolue de service en raison de son changement d'affectation constitue une sanction disciplinaire déguisée, dès lors qu'elle n'est pas motivée par l'intérêt du service. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le changement d'affectation en cause résulte de modifications de la fiche de poste que l'évolution des besoins de la commune, non contestée par le requérant, ont rendu nécessaires, en particulier l'absence d'intempéries hivernales depuis 2016, qui a rendu inutile le maintien d'une astreinte, l'inutilité de la présence d'un gardien pour l'installation et le rangement de matériel et pour la surveillance des manifestations communales, une organisation différente ayant été mise en place, de même que pour la surveillance du stade communal, son ouverture et sa fermeture étant assurées directement par les utilisateurs. Dans ces conditions, le requérant, qui ne verse aucune pièce au dossier établissant que le maire aurait eu l'intention de le sanctionner, n'est pas fondé à soutenir que l'évolution de sa fiche de poste et les changements d'affection et de missions qui en ont résulté sont constitutifs d'une sanction disciplinaire déguisée.
7. En second lieu, si M. A soutient que c'est en vertu de sa mission de " gardiennage du stade ", mentionnée dans sa fiche de poste, qu'il bénéficie d'un logement de fonction, il ressort des pièces du dossier que cette mission est constituée de trois tâches, la surveillance des locaux sportif, l'installation et le rangement du matériel et la surveillance des manifestations communales, et, enfin, l'astreinte pour sablage en cas d'intempérie. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6 ci-dessus, ces tâches ne correspondent plus à des besoins communaux et ne nécessitent donc plus la mise à disposition d'un logement de fonction pour nécessité absolue de service. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que sa mission de gardiennage justifierait encore le maintien d'un tel logement.
Sur les demandes reconventionnelles présentées par la commune de Puiseux-Pontoise :
8. En premier lieu, dans un litige d'excès de pouvoir, le défendeur n'est pas recevable à présenter des conclusions reconventionnelles. Par suite, les conclusions reconventionnelles de la commune de Puiseux-Pontoise, tendant à ce que l'occupation du logement de fonction par M. A soit jugé illégale, à ce qu'il soit condamné à lui verser la somme de 39 585,94 euros au titre de la redevance locative, d'une part, et à ce que soient mises à sa charge les réparations locatives, d'autre part, sont irrecevables. La fin de non-recevoir soulevée à ce titre par M. A doit donc être accueillie.
9. En second lieu, les conclusions tentant à ce qu'il soit enjoint à M. A de quitter son logement, ou, à défaut, à ce que la convention de concession de son logement de fonction soit résiliée, constituent non seulement des demandes d'injonction à titre principal, mais également des mesures que l'administration peut elle-même prendre. Comme le soulève M. A en défense, elles ne peuvent donc dès lors qu'être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions de la commune de Puiseux-Pontoise tendant à l'application des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :
10. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros. ".
11. La condamnation à l'amende pour recours abusif prévue par les dispositions précitées de l'article R. 741-12 du code de justice administrative est un pouvoir propre du juge. Dès lors, les conclusions de la commune de Puiseux-Pontoise tendant à ce que le tribunal inflige une amende pour recours abusif à M. A doivent être rejetées comme étant irrecevables, ainsi que le soutient l'intéressé.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions des parties présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Puiseux-Pontoise sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Puiseux-Pontoise.
Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. CORDARY
La présidente,
Signé
C. ORIOLLa greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026