mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2100791 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CREHANGE & KLEIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 21 janvier 2021, M. A, représenté par Me Créhange, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 24 015,83 euros en réparation des préjudices subis à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupante d'un local commercial sis 36, Boulevard Aristide Briand à Courbevoie ;
3°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par l'administration de son recours gracieux et de leur capitalisation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupante du local commercial sis 36, Boulevard Aristide Briand à Courbevoie ;
- les préjudices subis s'élèvent à une somme de 19 206,99 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues durant la période allant du 7 août 2019 au 12 octobre 2020, à une somme de 808,84 euros correspondant aux honoraires et frais d'huissier ainsi qu'à la somme de 4 000 euros correspondant aux troubles de gestion et au préjudice moral résultant de ce refus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut d'une part, à la limitation de l'indemnisation demandée par M. A à hauteur de 19 149,42 euros, d'autre part, à la subrogation de l'Etat dans les droits de M. A, enfin, au rejet du surplus de la requête.
Il fait valoir que les frais d'avocat et d'huissier ainsi que le préjudice moral dont l'indemnisation est demandée par le requérant ne sont pas consécutifs au refus d'octroi du concours de la force publique, à l'exception des frais résultant de l'itérative réquisition du 8 août 2019 et qu'ils ne peuvent ainsi donner lieu à une condamnation de l'Etat.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande la condamnation de l'Etat à lui réparer les préjudices financier et moral résultant du refus de concours de la force publique pour l'exécution d'une ordonnance du tribunal de grande instance de Nanterre du 14 novembre 2018, autorisant l'expulsion de la société occupant le local commercial sis 36, Boulevard Aristide Briand à Courbevoie, à compter du 23 février 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 novembre 2020 :
2. La décision née implicitement le 24 novembre 2020, portant rejet de la demande indemnitaire préalable formulée par M. A a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande. Par suite, ces conclusions en annulation sont irrecevables et doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
3. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".
4. Il résulte de l'instruction que le commandement de quitter les lieux a été signifié aux occupants des lieux le 31 mai 2019. Par ailleurs, M. A a requis du préfet des Hauts-de-Seine le concours de la force publique le 6 juin 2019. Il s'ensuit que le préfet des Hauts-de-Seine disposait d'un délai de deux mois pour se prononcer, soit jusqu'au 6 août 2019. Le refus implicite du préfet des Hauts-de-Seine engage donc la responsabilité de l'Etat à partir du 6 août 2019, et a fortiori, à compter du 7 août 2019, date à laquelle le requérant fait débuter cette période de responsabilité.
5. Il y a ainsi lieu de tenir l'Etat responsable de l'inexécution du jugement d'expulsion précité entre le 7 août 2019 et le 12 octobre 2020, date de libération effective du local commercial par ses occupants.
En ce qui concerne les préjudices allégués :
6. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.
7. En premier lieu, il résulte des décomptes et pièces produits par les parties que, sur la période de responsabilité de l'Etat énoncée au point 5 du présent jugement, le montant total de la dette locative dont était redevable l'occupante du local commercial litigieux, s'élevait à la somme de 19 206,99 euros. Il y a donc lieu de fixer à la somme de 19 206,99 euros, l'indemnité due par l'Etat à M. A en réparation de son préjudice locatif.
8. En deuxième lieu, le requérant demande que l'Etat lui verse une indemnité de 808,84 euros correspondant aux honoraires versés au commissaire de justice. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les diligences de celui-ci, retranscrites sur les factures produites à l'instance par M. A sont imputables au refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique, à l'exception de celles mises en œuvre pour effectuer l'itérative réquisition du 8 août 2019. Il s'ensuit qu'il y a lieu de faire une exacte appréciation de l'indemnité due par l'Etat, à ce titre, en fixant son montant à une somme de 72,07 euros.
9. En dernier lieu, le requérant demande que l'Etat lui verse une indemnité complémentaire de 4 000 euros au titre du préjudice moral qu'il a subi en raison du refus du préfet. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. A a subi un préjudice distinct de ceux précités, lié à la perte financière générée par l'impossibilité de percevoir les loyers et charges locatives du bien immobilier en cause ainsi qu'aux frais liés à la mise en œuvre d'une itérative réquisition. Il y a lieu, par suite, d'écarter la demande d'indemnisation, à ce titre, par M. A.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à la somme de 19 279,06 euros, l'indemnité due par l'Etat à M. A en réparation des préjudices cités aux points 7 et 8 du présent jugement résultant du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique, sur la période du 7 août 2019 au 12 octobre 2020.
Sur la subrogation :
11. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'Etat dans les droits que détiendrait M. A à l'encontre des occupants du local commercial en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'Etat, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.
Sur les intérêts :
12. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. Il résulte de l'instruction que la demande de M. A a été reçue par l'administration le 24 septembre 2020. Le requérant a donc droit aux intérêts des loyers échus avant la date 24 septembre 2020 ainsi qu'aux intérêts correspondant à l'indemnité en capital citée au point 8 du présent jugement, à compter du 24 septembre 2020.
Sur la capitalisation des intérêts :
13. L'article 1343-2 du code civil, dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
14. En l'espèce, la capitalisation des intérêts ayant été demandée pour la première fois le 18 janvier 2021, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 18 janvier 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens M. A a exposés.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 19 279,06 euros avec intérêt au taux légal à compter du 24 septembre 2020, date à laquelle la demande indemnitaire préalable a été réceptionnée par l'administration. Les intérêts échus à la date du 18 janvier 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.
Article 2 : Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de M. A à l'encontre de l'occupant du studio en cause durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2021 à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Zaccaron Guérin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.
La rapporteure,
signé
C. Zaccaron Guérin La présidente,
signé
S. Edert
Le greffier,
signé
F. Lux
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21007912
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026