jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2100819 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2021, M. B D, représenté par Me Lafforgue, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Meudon à lui verser la somme globale de 697 663 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter de sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Meudon la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité sans faute de la commune de Meudon est engagée pour les dommages résultant de sa maladie professionnelle, reconnue imputable au service ;
- il est fondé à obtenir une indemnité complémentaire pour la réparation des préjudices patrimoniaux et des préjudices personnels qui ne sont pas couverts par la rente viagère d'invalidité ;
- il est fondé à demander la somme de 2 658 euros pour les frais divers engagés : hospitalisation, reconnaissance de sa maladie et dépenses de santé futures ;
- il est fondé à demander une indemnité de 26 925 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
- il est fondé à réclamer la réparation des souffrances endurées, pour un montant de 150 000 euros ;
- son préjudice esthétique temporaire s'élève à 50 000 euros ;
- il est fondé à demander la somme de 278 080 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- il a subi un préjudice esthétique permanent qui doit être réparé à hauteur de 20 000 euros ;
- il a subi un préjudice d'agrément, qui peut être évalué à la somme de 50 000 euros ;
- il est fondé à demander la réparation d'un préjudice sexuel et d'un préjudice d'établissement, à hauteur de 60 000 euros ;
- il est fondé à demander la somme de 60 000 euros, au titre du préjudice lié à une pathologie évolutive.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 4 octobre 2021 et le 24 février 2022, la commune de Meudon, représentée par Me Bosancic et Me Fontaine, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant-dire droit, une expertise médicale aux fins de statuer sur l'existence d'un lien de causalité entre la pathologie de M. D et les préjudices dont il demande réparation ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de limiter l'indemnisation accordée à M. D.
Elle fait valoir que :
- le lien de causalité entre la maladie de M. D et les préjudices invoqués n'est pas établi ;
- à tout le moins, une expertise médicale doit être ordonnée pour déterminer ce lien et évaluer les préjudices subis ;
- à titre infiniment subsidiaire, il convient de limiter sa condamnation en rejetant les demandes relatives aux frais divers, aux dépenses de santé futures, aux préjudices esthétiques temporaire et permanents, au préjudice d'agrément, au préjudice sexuel, au préjudice d'établissement, au préjudice lié à une pathologie évolutive, et en allouant les sommes de 13 731,91 euros pour le déficit fonctionnel temporaire, 4 000 euros au titre des souffrances endurées et 34 569,21 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.
Par un mémoire du 3 novembre 2021, Mme C A a repris l'instance de M. D, décédé le 29 septembre 2021, au bénéfice de l'action successorale.
Par une ordonnance du 1er mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er avril 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sitbon, conseiller ;
- les conclusions de M. Camguilhem, rapporteur public ;
- les observations de Me de Walque pour Mme A ;
- et les observations de Me Fontaine pour la commune de Meudon.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, adjoint technique principal, a travaillé pour la commune de Meudon (Hauts-de-Seine) en qualité de jardinier paysagiste entre 1985 et 2007. Il a développé un lymphome non hodgkinien, diagnostiqué en janvier 2008, qui a été reconnu imputable au service par un arrêté du 25 janvier 2017 et dont la date de consolidation a été arrêtée au 6 juin 2016. A la suite de plusieurs examens médicaux, la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, par un courrier du 21 octobre 2021, a informé M. D de l'attribution d'une pension d'invalidité pour inaptitude au taux de 79 % à compter du 1er octobre 2020. Par une demande indemnitaire préalable du 23 octobre 2020, implicitement rejetée, M. D a sollicité de la commune de Meudon l'indemnisation des préjudices non couverts par la rente d'invalidité. Par la présente requête, M. D demande au tribunal la condamnation de la commune de Meudon. A la suite de son décès, Mme A, en qualité d'héritière, a repris cette instance au bénéfice de la succession.
Sur la demande d'intervention volontaire de Mme A :
2. Mme A a repris l'instance de M. D au bénéfice de l'action successorale et en est, dès lors, devenue partie. Il n'y a donc pas lieu d'admettre son intervention volontaire dans cette instance.
Sur la responsabilité sans faute de la commune de Meudon :
3. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire, qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
4. Par un arrêté du 25 janvier 2017, le maire de la commune de Meudon a reconnu imputable au service le lymphome non-hodgkinien contracté par M. D. Par suite, les requérants sont fondés à demander l'indemnisation des préjudices qui en résultent dans les conditions énoncées au point précédent.
Sur les préjudices et leur lien avec la maladie contractée en service :
5. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision () ". La prescription d'une mesure d'expertise est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge, saisi d'une demande d'expertise dans le cadre d'une action en réparation des conséquences dommageables d'une maladie imputable au service, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier.
6. En l'état de l'instruction, les éléments du dossier ne permettent pas au tribunal de s'estimer suffisamment éclairé pour se prononcer sur le lien de causalité entre le dommage subi et le lymphome contracté par M. D, ni sur l'étendue de ses préjudices. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions à fins d'expertise présentées, à titre subsidiaire, par la commune de Meudon en défense et, avant dire droit sur la requête, d'ordonner une expertise aux fins définies ci-après.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : L'intervention de Mme C A n'est pas admise.
Article 2 : La responsabilité de la commune de Meudon est engagée pour les préjudices patrimoniaux non couverts par la rente d'invalidité et les préjudices personnels subis par M. D en lien avec sa maladie imputable au service.
Article 3 : Il sera, avant dire droit, procédé à une expertise avec mission, pour un expert spécialisé en oncologie, de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D et, notamment, tous documents relatifs aux pathologies qu'il a développées entre le diagnostic de son lymphome et son décès ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D ;
2°) rappeler l'état de santé antérieur de M. D, avant le diagnostic du lymphome ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les hospitalisations, les maladies contractées par M. D et son état de santé général après l'année 2008 présentent un lien de causalité direct et certain avec le lymphome imputable au service, sa iatrogénie ou ses conséquences sur l'état de santé de M. D, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec l'état de santé antérieur de M. D ou avec toute autre cause étrangère à la pathologie cancéreuse qu'il a développée ; dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;
4°) décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant du lymphome contracté par M. D, de sa iatrogénie et de ses conséquences sur l'état de santé de l'intéressé jusqu'à son décès, non imputables à son état antérieur ni à l'altération prévisible de son état de santé si la pathologie imputable au service n'avait pas été contractée, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, frais d'hospitalisation, frais divers de reconnaissance de la maladie professionnelle et dépenses de santé futures) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement et préjudice lié à une pathologie évolutive) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation, les préjudices permanents après consolidation et les préjudices évolutifs hors consolidation ;
5°) de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des préjudices subis.
Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme A, héritière de M. D, la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine et la commune de Meudon, en présence de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales.
Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2, R. 621-9 et R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 6 : L'expert devra rendre son rapport dans un délai de quatre mois à compter de sa désignation.
Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la commune de Meudon et à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente,
Mme E et M. Sitbon, conseillers,
Assistés de Mme Ricaud, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
J. Sitbon
La présidente,
Signé
C. Oriol La greffière,
Signé
V. Ricaud
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026