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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2101125

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2101125

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2101125
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET BOT-NORMAND-CREN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 janvier 2021, le 22 avril 2021, le 10 mai 2022, le 1er juin, ainsi qu'un mémoire récapitulatif et un mémoire, enregistrés les 1er juillet 2022 et le 25 octobre 2022, Mme D C et M. A B, représentés par Me Normand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2020 par laquelle le directeur général de Ports de Paris a rejeté sa demande de réparation du préjudice subi du fait de la vente de son bateau ;

2°) de condamner Port de Paris à lui verser la somme de 460 000 euros avec tous intérêts de droit, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de la vente de son bateau ;

3°) de mettre à la charge de Port de Paris la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Port de Paris a commis une faute en ne faisant aucune instruction de leur situation au regard du plan de régularisation des occupations du domaine public, en violation du principe d'égalité des usagers devant le service public ;

- Port de Paris a commis une faute en ne procédant à aucun recouvrement amiable de leur dette, seul leur dossier n'a pas fait l'objet d'un plan d'apurement de la dette et la dette devait être divisée par deux en cas de régularisation de l'occupation du domaine ;

- Port de Paris a commis une faute du fait du défaut d'instruction du dossier, faute constitutive d'une rupture du principe d'égalité des usagers devant le service public, de même que le fait qu'ils aient été les seuls à ne pas faire l'objet d'un plan d'apurement ;

- Il n'y avait aucun problème de place de stationnement ;

- Il n'y avait aucune urgence à procéder à la saisie-vente du bateau ;

- la responsabilité de Port de Paris est engagée sans faute en raison d'une inégalité devant les charges publiques et le service public ;

- Port de Paris a méconnu les dispositions de l'article 1 du protocole de la convention européenne des droits de l'homme, en refusant d'instruire leur dossier et portant à leur bien et à leur vie familiale une atteinte disproportionnée ;

- Ils ont subi un préjudice du fait de la perte de leur bateau et de leur séparation en conséquence de la saisie-vente du bateau.

Par deux mémoires et un mémoire récapitulatif enregistrés le 19 août 2021, le 24 mai 2022 et le 27 juin 2022, le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (Haropa), venant aux droits de l'établissement public du port autonome de Paris conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par une ordonnance du 24 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2023.

Vu :

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Bourragué, rapporteur,

-et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. B étaient propriétaires d'un bateau-logement " Argan " stationné à Boulogne-Billancourt depuis le 2 mars 2007. Le 5 février 2009, un procès-verbal de contravention de grande voirie leur a été adressé. Par un jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 13 décembre 2012, Mme C et M. B ont été condamnés à évacuer l'Argan du domaine public fluvial, jugement qui a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles du 17 septembre 2015. Dans le cadre du recouvrement des sommes dues au titre de l'indemnité d'occupation du domaine public, Port autonome de Paris a fait émettre et notifier à Mme C et M. B onze titres exécutoires, correspondant aux périodes d'occupation des années 2010 à 2014. Le 4 mai 2015, poursuivant le recouvrement de ces sommes, Port de Paris a fait établir un procès-verbal de saisie exécutoire du bateau " Argan ", dénoncé par voie d'huissier le 7 mai 2015, aux fins de voir ordonner la vente du bateau. Le bateau " Argan " a fait l'objet d'une adjudication judiciaire par un jugement du 29 septembre 2016 du tribunal de grande instance de Nanterre. Par un courrier du 26 septembre 2020, Mme C et M. B ont formé une demande indemnitaire préalable d'un montant de 460 000 euros hors taxes, laquelle a été rejetée par le Port autonome de Paris le 23 novembre 2020. Mme C et M. B demandent au tribunal d'annuler cette décision et de reconnaître la responsabilité de Port autonome de Paris du fait du préjudice qu'ils estiment avoir subi par la vente de son bateau.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. ". Aux termes de l'article L. 2125-1 du même code : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Enfin, l'article R. 2122-1 du même code prévoit que : " L'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être consentie, à titre précaire et révocable, par la voie d'une décision unilatérale ou d'une convention. ", et son l'article R. 2122-2 précise que : " La demande d'autorisation est adressée à la personne publique propriétaire. ".

3. Par une délibération de Port de Paris (PAP) du 2 avril 2014, il a été décidé de régulariser les droits d'occupation du domaine public pour l'ensemble des bateaux sans droits ni titre sur le secteur de compétence de PAP. Cette délibération dispose dans son article 2 qu'il est décidé " () de subordonner la régularisation et la signature d'une convention d'occupation du domaine public aux conditions préalables et cumulatives suivantes : () - Apurement complet des impayés, et a minima signature avec l'agent comptable d'un plan d'apurement de la dette à courte échéance et comportant un règlement immédiat significatif () ". L'article 3 de cette délibération prévoit également " de limiter l'application de ces dispositions à une durée d'un an à compter de la présente délibération et de la décision de délimitation de nouvelle(s) zone(s) de stationnement autorisée après accord du Maire de Boulogne ". Une nouvelle délibération de Port de Paris du 22 novembre 2017, a repris l'ensemble des éléments précités et ajouté, dans son article 3, que le gestionnaire entend " () limiter l'application de ces dispositions à une durée d'un an à compter de la décision de délimitation de nouvelles zones de stationnement autorisé, après avis conforme du maire de Boulogne-Billancourt ". Enfin, le 31 juillet 2018, une décision portant délimitation des zones d'occupation du domaine public fluvial d'une durée supérieure à un mois a été publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine et mis en ligne sur le site internet du Port autonome de Paris, où elle est accessible.

4. Il résulte de l'instruction que Mme C et M. B étaient occupants sans titre du domaine public, et qu'ils ne remplissaient pas les conditions d'éligibilité au plan de régularisation mis en œuvre par Port de Paris (PAP) à compter de 2014 et qui s'est poursuivi jusqu'en 2019. La circonstance que PAP n'ait pas instruit leur dossier avant 2018 est sans incidence sur la régularité des décisions prises à l'encontre de la requérante et de l'occupation du domaine par son bateau " Argan ". Par ailleurs, contrairement à ce qu'ils soutiennent, PAP n'était aucunement tenu de leur proposer un plan d'apurement de leur dette. Si un recouvrement amiable d'une dette envers une administration est possible, cette faculté relève de la mise en œuvre par le comptable public de ses prérogatives cette faculté ne peut dès lors, être opposée à Port de Paris, qui s'est borné à émettre un titre exécutoire à l'encontre de Mme C et M. B. En outre, si Mme C et M. B soutiennent que tous les autres bateaux ont été régularisés, aucune pièce du dossier ne permet de l'établir. Enfin, Mme C et M. B soutiennent que la moitié de leur dette aurait pu être remboursée par Port de Paris en cas de régularisation de leur situation au regard de l'occupation du domaine public, il résulte de ce qui a été dit qu'ils n'étaient, en tout état de cause, pas éligibles au plan de régularisation, le montant de leur dette ne pouvait, ainsi, être minoré par anticipation.

5. En second lieu, Mme C et M. B ne peuvent utilement invoquer une rupture d'égalité des usagers devant le service public dans la mise en œuvre du plan de régularisation des bateaux-logements, les autres bateaux occupants n'étant pas placés dans des situations comparables au regard des critères d'appréciation du plan en question.

6. Enfin, contrairement à ce qui est soutenu par les requérants, Port de Paris n'a pas procédé à la saisie exécutoire de son bateau en " urgence ", mais plusieurs années après avoir constaté l'absence de remboursement de la dette contractée. Cette saisie vente a été réalisée dans les formes et procédures légales, encadrées notamment par le code des procédures civiles d'exécution, et décidées par le tribunal de grande instance de Nanterre.

7. Aux termes de l'article 1er du protocole additionnel à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, tel qu'amendé par le protocole n°11 : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes. ".

8. Le 4 mai 2015, poursuivant le recouvrement des sommes dues par Mme C et M. B au titre de l'occupation sans titre du domaine public, Port de Paris a fait établir un procès-verbal de saisie exécutoire du bateau " Argan ", dénoncé par voie d'huissier le 7 mai 2015, aux fins de voir ordonner la vente du bateau. Le bateau " Argan " a fait l'objet d'une adjudication judiciaire par un jugement du 29 septembre 2016 du tribunal de grande instance de Nanterre. Dès lors, Mme C et M. B ne sont pas fondés à soutenir que Port de Paris aurait commis une faute au regard des stipulations précitées.

9. Il s'ensuit que Mme C et M. B ne sont pas fondés à soutenir que Port de Paris a engagé sa responsabilité en raison de l'illégalité des décisions.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

10. Mme C et M. B soutiennent que la responsabilité de Port de Paris est engagée sans faute en raison d'une rupture d'égalité devant les charges et le service public. Toutefois, ils n'apportent aucun élément à l'appui de ce moyen, ni aucun élément permettant de caractériser le préjudice allégué. Par suite, Mme C et M. B ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de Port de Paris.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête Mme C et M. B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, venant aux droits de l'établissement public Port autonome de Paris, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C et M. B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C et M. B, la somme demandée par grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, venant aux droits de l'établissement public Port autonome de Paris au même titre.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme C et M. B est rejetée

Article 2 : Les conclusions de grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, venant aux droits de l'établissement public Port autonome de Paris présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. A B et au grand port fluvio-maritime de l'axe Seine.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme E et M. Bourragué, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

S. Bourragué

La présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2101125

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