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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2101206

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2101206

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2101206
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantBOQUET NICLET-LAGEAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) DK Deco, représentée par Me Niclet Nageat, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 juillet 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'opposition au contrôle fiscal n'est pas justifiée ;

- en l'absence de réponse aux observations du contribuable dans le délai de 60 jours, l'administration fiscale a accepté ces observations ;

- les rectifications proposées ne sont pas justifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) DK Deco, qui a une activité de construction de maisons individuelles, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, étendue jusqu'au 31 juillet 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue de ce contrôle, par trois propositions de rectification en date des 19 décembre 2017, 28 mai 2018 et 5 juin 2018 portant respectivement sur les périodes du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014, du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 et du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016 étendue au 31 juillet 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiées des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des amendes au titre des années précitées. Sa réclamation préalable en date du 6 août 2019 a été rejetée par l'administration par une décision notifiée le 26 novembre 2019. La société requérante demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, de rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des amendes mis à sa charge au titre des années 2014 à 2017.

Sur la régularité de l'opposition à contrôle fiscal :

2. Aux termes de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers. []. ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a envoyé le 21 septembre 2017 à l'adresse du siège social de la société requérante, un avis de vérification de comptabilité mentionnant une date de proposition de rendez-vous, qui a été retourné au service avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse indiquée ". Une lettre de mise en garde du 20 octobre 2017 accompagnée de l'avis de vérification précité et d'une nouvelle proposition de rendez-vous a été envoyée au siège social de la société requérante en courrier simple et en recommandé et a été retournée au service avec la mention " destinataire inconnu à cette adresse ". Cette lettre de mise en garde a également été adressée à l'adresse personnelle de M. A gérant de la société requérante en courrier simple et en courrier recommandé qui a été distribué le 24 octobre 2017. Le gérant n'a pour autant pris aucune disposition pour recevoir le vérificateur qui, s'étant présenté au siège social de la société le 16 novembre 2017, a constaté l'absence de tout représentant de cette dernière et a établi un procès-verbal d'opposition à contrôle fiscal, le 18 décembre 2017. Si comme elle l'affirme, la société requérante avait un litige avec son entreprise de domiciliation, il lui incombait de s'assurer d'une adresse de siège social effective. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que le gérant de la société ait pris contact avec le service ou ait pris un mandataire pour demander le changement de lieu du contrôle fiscal. Par suite, dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la société requérante, par son comportement, s'est opposée à ce que le service vérificateur puisse engager ses opérations de contrôle, et que le vérificateur a effectué les diligences nécessaires, c'est à bon droit que l'administration fiscale a eu recours à la procédure d'évaluation d'office, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales après avoir notifié à l'EURL DK Deco un procès-verbal d'opposition à contrôle daté du 18 décembre 2017.

4. En deuxième lieu, l'EURL DK Deco ne peut opposer à l'administration fiscale l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée BOI-CF-IOR-40, qui est relative à la procédure d'imposition.

5. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 67, L. 74 et L. 76 du livre des procédures fiscales que, lorsque les bases de l'imposition d'un contribuable ont été évaluées d'office à la suite de son opposition au contrôle fiscal, le législateur a entendu priver l'intéressé, qui s'est de lui-même placé en dehors des règles applicables à la procédure d'imposition, des garanties dont bénéficient les contribuables, qu'ils soient imposés selon la procédure contradictoire ou selon une procédure d'imposition d'office. Ainsi, en cas de situation d'imposition d'office, l'administration n'est pas tenue d'inviter le contribuable à faire connaître son acceptation ou ses observations dans les trente jours de l'envoi de la notification des impositions établies d'office, ni à répondre aux observations du contribuable. Par suite, le moyen tiré de l'absence de réponse aux observations du contribuable est inopérant.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

6. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, c'est à bon droit que les impositions litigieuses ont été établies sur le fondement des dispositions de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales. Par suite, le requérant supporte la charge de la preuve du caractère exagéré de ces impositions, en application des dispositions de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales. La société requérante, qui soutient démontrer le caractère exagéré des impositions litigieuses, se borne à produire le grand livre et le livre journal et des copies de factures de prestations de services ou d'achats de matériaux, soit une comptabilité partielle, documents déjà produits au stade de la réclamation préalable. Ainsi, sans les relevés bancaires permettant de vérifier le paiement des factures et sans une comptabilité complète permettant de faire le lien avec les factures produites, la société requérante n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du caractère exagéré des impositions litigieuses. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2014 et 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2014 à 2017 et des amendes doivent être rejetés ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL DK Deco est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL DK Deco et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

La rapporteure,

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

T. BertonciniLa greffière,

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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