Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102386

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantADJURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 février et 13 octobre 2021 et les 13 janvier 2023 ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré le 10 mars 2023, la SARL CRMP, représentée par Me Garrigou, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer, à titre principal, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ou, à titre subsidiaire, leur réduction ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL CRMP soutient que :

- la procédure est irrégulière, dès lors que l'inspecteur divisionnaire ou principal puis l'interlocuteur départemental n'a pas été saisi, malgré une demande en ce sens ;

- l'administration aurait dû saisir la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires à la suite de sa demande en date du 9 mai 2019, reçue le 13 mai suivant ;

- les rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée sont insuffisamment motivées ;

- l'administration a intégré à tort, dans les rappels de taxe sur la valeur ajoutée, les sommes déductibles versées à la société Adelease pour la location d'un véhicule utilitaire au titre des exercices 2015 et 2016, exposées dans l'intérêt de l'entreprise ;

- c'est à tort que l'administration a remis en cause la déduction des frais de location de trois véhicules de luxe, engagés dans le cadre d'une opération commerciale et de marketing ;

- l'administration n'a pas tiré les conséquences des dégrèvements des rappels de taxe sur la valeur ajoutée dans sa décision du 16 décembre 2020 en ce qui concerne le profit sur le Trésor ;

- l'administration doit, en tout état de cause, prendre en compte l'intégralité des décharges des rappels de taxe sur la valeur ajoutée dans le calcul du profit sur le Trésor ;

- les frais de location de la voiture de tourisme engagés auprès de la société Adelease sont déductibles, dès lors qu'elle a été utilisée pour gérer ses différents chantiers et prospecter de nouveaux clients ;

- les frais de location de trois voitures de luxes, correspondant à des dépenses de communication et de marketing prévues par une convention conclue avec une société cliente, sont déductibles ;

- la commission de courtage facturée par le salarié de son principal client est déductible, dès lors que l'intéressé a agi en qualité d'apporteur d'affaires ;

- les dépenses de location d'une maison à Méry-sur-Oise et à Carrières-sur-Seine ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise afin d'assurer l'hébergement de salariés détachés ;

- les charges afférentes à une commission d'apport d'affaires, versée le 2 janvier 2015 à la SARL Nord-Ouest Immobilier, pour un montant de 15 000 euros, est déductible, dès lors qu'elle a bien été comptabilisée au titre de l'année 2015 ;

- l'administration fiscale n'est pas fondée à remettre en cause la déductibilité des créances irrécouvrables détenues sur ses débiteurs à raison des prescriptions biennale et quinquennale applicables ;

- la majoration de 40% pour manquement délibéré est insuffisamment motivée ;

- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve de l'existence d'un manquement délibéré justifiant la majoration de 40% qui lui a été appliquée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 août 2021, 12 décembre 2022, 17 février et 16 mars 2023, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus de la requête.

L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, fait valoir que les moyens invoqués par la SARL CRMP ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de la consommation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL CRMP, qui a pour activité la construction et la rénovation de maisons individuelles et de logements collectifs, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Elle s'est vu notifier, par une proposition de rectification du 13 décembre 2018, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2015 et 2016, assorties de majorations et pénalités. Par une réclamation préalable en date du 24 juin 2020, implicitement rejetée, la SARL CRMP a demandé le dégrèvement des cotisations supplémentaires mises à sa charge. L'administration a partiellement fait droit à sa demande par une décision du 16 décembre 2020 et maintenu les impositions contestées pour un montant total de 193 599 euros. La SARL CRMP demande au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 30 juillet 2021, postérieure à l'enregistrement de la requête, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France a prononcé un dégrèvement, pour un montant total de 17 086 euros, correspondant à la décharge partielle des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles la SARL CRMP a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes. Les conclusions de la requête tendant à la décharge de ces cotisations à concurrence de cette somme sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration. ". La charte des droits et obligations du contribuable vérifié remise au contribuable prévoit que : " En cas de difficultés, vous pouvez vous adresser à l'inspecteur divisionnaire ou principal et ensuite à l'interlocuteur désigné par le directeur. Leur rôle vous est précisé plus loin () Vous pouvez les contacter pendant la vérification ". Elle précise qu'en cas de désaccord avec le vérificateur, le contribuable peut saisir l'inspecteur divisionnaire ou principal. Elle énonce, à cet égard : " Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les rectifications envisagées, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal. ". Elle énonce ensuite : " Si, après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur. ".

4. Ces dispositions assurent au contribuable qui en fait la demande la garantie substantielle de pouvoir obtenir, avant la clôture de la procédure de redressement, un débat avec le supérieur hiérarchique du vérificateur puis avec l'interlocuteur départemental dans les conditions qu'elles précisent. Lorsque cette demande intervient avant que le visa du comptable ne soit porté sur l'avis de mise en recouvrement et ne lui donne ainsi force exécutoire conformément à l'article L. 256 du livre des procédures fiscales, il appartient à l'administration de suspendre la mise en recouvrement jusqu'à l'examen par l'interlocuteur départemental de la situation du contribuable.

5. Il résulte de l'instruction que la SARL CRMP, à qui la réponse aux observations du contribuable du 10 avril 2019, confirmant le maintien d'une partie des rehaussements litigieux, a été préalablement notifiée, a adressé à l'administration fiscale un recours hiérarchique par une lettre datée du 21 juin 2019. Toutefois, il est constant que l'avis de mise en recouvrement du 21 juin 2019, revêtu du visa du comptable public, a été rendu exécutoire le 14 juin 2019. Il suit de là que l'avis de mise en recouvrement est devenu exécutoire avant que la demande d'entretien ne soit adressée à l'administration fiscale, en dépit du délai laissé à la contribuable pour lui permettre d'exercer utilement son droit de saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur. C'est donc à bon droit que l'administration n'a pas donné suite, en raison de sa tardiveté, à la demande de la SARL CRMP, laquelle n'a été privée d'aucune garantie.

6. Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. / Cette procédure s'applique également lorsque l'administration effectue la reconstitution du montant déclaré du bénéfice industriel ou commercial, du bénéfice non commercial, du bénéfice agricole ou du chiffre d'affaires déterminé selon un mode réel d'imposition. ". Aux termes de l'article L. 59 du même code : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis () de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () ".

7. Il résulte de l'instruction que la SARL CRMP a adressé à l'administration fiscale, le 9 mai 2019, un courrier intitulé " Recours administratif contentieux ". La société requérante soutient que cette lettre, malgré l'impropriété de ses termes, vaut demande de saisine de la commission des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires, eu égard à la circonstance que, sur l'imprimé de réponse aux observations du contribuable utilisé par le vérificateur, celui-ci avait négligé de rayer la partie inutile de la mention, que comporte cet imprimé, de la faculté dont dispose le contribuable de demander que le différend soit soumis à la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires visée à l'article L. 59 du code général des impôt. Toutefois, il ne ressort d'aucun des termes du courrier en litige que la contribuable aurait demandé la saisine d'une quelconque commission ou autorité. Dans ces conditions, l'administration a pu légalement, sans entacher la procédure d'imposition d'irrégularité, ne pas saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.

8. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs du redressement envisagé. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition () ".

9. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

10. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification, en date du 13 décembre 2018, adressée à la SARL CRMP précise les dispositions légales retenues comme fondement des impositions en litige, les impôts concernés, et en particulier la taxe sur la valeur ajoutée collectée, les années d'imposition, le montant des rectifications envisagées et les motifs sur lesquels le service s'est fondé pour rehausser les bases d'imposition. Dans ces conditions, la proposition de rectification critiquée a mis la société requérante en mesure de formuler ses observations de façon entièrement utile, ce qu'elle a pu faire au cours de la procédure. Par suite, la SARL CRMP n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification, en date du 13 décembre 2018, serait insuffisamment motivée.

En ce qui concerne la charge de la preuve :

11. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. ".

12. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que la SARL CRMP a contesté l'ensemble des rectifications dans le délai légal à la suite de la proposition de rectification du 13 décembre 2018. Par suite, il n'incombe pas à la société requérante de démontrer le caractère exagéré des impositions en litige. Il y a lieu ainsi d'appliquer les règles générales et jurisprudentielles de dévolution de la charge de la preuve en l'absence de dispositions législatives et réglementaires spécifiques applicables en l'espèce.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

13. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " II. - 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 () 2. La déduction peut être opérée : / a) Pour les livraisons de biens et les prestations de services, si les redevables sont en possession des factures () ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II au même code : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction. ". Aux termes de l'article 206 de l'annexe II à ce code, dans sa version applicable au litige : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission () IV. () 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : () 6° Pour les véhicules ou engins, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes, à l'exception de ceux : / a. Destinés à être revendus à l'état neuf ; / b. Donnés en location ; / c. Comportant, outre le siège du conducteur, plus de huit places assises et utilisés par des entreprises pour amener leur personnel sur les lieux du travail ; / d. Affectés de façon exclusive à l'enseignement de la conduite ; / e. De type tout terrain affectés exclusivement à l'exploitation des remontées mécaniques et des domaines skiables, dans des conditions fixées par décret ; / f. Acquis par les entreprises de transports publics de voyageurs et affectés de façon exclusive à la réalisation desdits transports () 10° Pour les prestations de services de toute nature, notamment la location, afférentes aux biens dont le coefficient d'admission est nul en application des dispositions du 1° au 8° () ".

14. Il résulte de ces dispositions que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les biens et services que les assujettis à cette taxe acquièrent ou qu'ils se livrent à eux-mêmes n'est déductible que si ces biens et services sont nécessaires à l'exploitation de l'entreprise. Il appartient ainsi à l'entreprise d'établir que le montant de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle prétend déduire correspond à des prestations de services réellement effectuées à son profit et dont elle peut justifier.

15. Pour contester le montant du rappel de taxe sur la valeur ajoutée sur un véhicule de tourisme, la SARL CRMP se borne à soutenir que la production du contrat de location de deux véhicules, l'un de tourisme et l'autre utilitaire, ainsi que les factures jointes au dossier sont suffisantes pour justifier la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les dépenses de location d'un montant total de 7 341 euros. L'administration fait toutefois valoir qu'elle n'a procédé à aucune rectification s'agissant des dépenses engagées pour la location du véhicule utilitaire dont se prévaut la requérante, de sorte que les factures afférentes à ces dépenses sont, en l'espèce, sans incidence. Les incohérences, relevées par l'administration en défense, entachant la carte grise et le contrat de location versés au dossier, ne permettent pas davantage de justifier de la réduction du montant déductible de la taxe ayant grevé la dépense en litige, laquelle est, en tout état de cause, exclue du droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander la réduction des droits de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années en litige.

16. Pour justifier de la déductibilité des dépenses de location de trois véhicules de luxe, la SARL CRMP se prévaut notamment d'une convention conclue avec la société Batyllis en vue de procéder à la promotion commerciale de ses logements. Toutefois, la société requérante n'établit pas que ces dépenses, présentées comme des dépenses de communication et marketing, étaient nécessaires à l'exploitation de l'entreprise et, en particulier, à une mission de promotion immobilière. En tout état de cause, la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé ces dépenses n'est pas déductible en application des dispositions citées au point 13 du présent jugement. L'intéressée n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a remis en cause la déductibilité de ces dépenses.

17. La SARL CRMP ne peut utilement demander la décharge des sommes rappelées au titre du profit sur le Trésor, au motif du caractère infondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge, dès lors qu'il résulte de la proposition de rectification du 13 décembre 2018 qu'aucun rehaussement des résultats imposables au titre des exercices clos en 2015 et 2016 n'a été proposé en conséquence des rappels de taxe litigieux, qui ont été déduits des résultats des exercices concernés en application de la déduction en cascade prévue à l'article L. 77 du livre des procédures fiscales.

18. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'oeuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () Les provisions qui, en tout ou en partie, reçoivent un emploi non conforme à leur destination ou deviennent sans objet au cours d'un exercice ultérieur sont rapportées aux résultats dudit exercice. Lorsque le rapport n'a pas été effectué par l'entreprise elle-même, l'administration peut procéder aux rectifications nécessaires dès qu'elle constate que les provisions sont devenues sans objet () 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : / a. Les rémunérations directes et indirectes, y compris les remboursements de frais versés aux personnes les mieux rémunérées ; / b. Les frais de voyage et de déplacements exposés par ces personnes () ".

19. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant la juridiction administrative, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, aux contribuables, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'ils entendent déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Les contribuables apportent cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où les contribuables s'acquittent de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour les contribuables ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

20. La SARL CRMP conteste la remise en cause par l'administration fiscale de la déductibilité des frais engagés pour la location d'un véhicule de tourisme auprès de la société Adelease. Toutefois, en se bornant à produire un contrat de location, dont il n'est pas contesté qu'il comporte des incohérences quant à sa durée et aux modalités d'entretien des véhicules, et deux factures relatives à cette voiture, la société requérante ne justifie ni de la réalité des prestations en cause ni du montant des charges qu'elle entend déduire. Elle n'apporte pas davantage d'éléments, ainsi que le relève l'administration, sur l'existence et la valeur d'une quelconque contrepartie. L'intéressée n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a remis en cause la déductibilité d'une telle dépense.

21. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré, dans les résultats imposables de la SARL CRMP, des dépenses correspondant à des frais de location de trois véhicules de luxe au cours des années d'imposition en litige, au motif que ces dépenses n'avaient pas été exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation. En se bornant à faire valoir que ces dépenses étaient nécessaires à l'exécution de l'opération commerciale stipulée au sein de la convention conclue le 23 septembre 2013 avec la société Batyllis, la société requérante ne justifie pas de l'existence et de la valeur de la contrepartie qu'elle en aurait retiré. Par suite, l'administration était fondée à considérer que les dépenses en cause ne présentaient pas la nature de charges déductibles du bénéfice de la SARL CRMP.

22. Si la société requérante soutient qu'elle était fondée à déduire de son bénéfice imposable la commission de courtage versée à un particulier, M. A, à hauteur de 14 400 euros au titre de l'année 2015, elle ne justifie ni de la nature ni de la réalité des missions auxquelles elles se rattachent par la seule production d'une facture émise par l'intéressé. Elle ne conteste pas davantage ne pas avoir mentionné cette commission sur le formulaire dédié " DAS2 " recensant les honoraires, vacations, commissions et courtages versées au cours de la période vérifiée. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a refusé la déduction de ces frais sur le fondement du 1. de l'article 39 du code général des impôts au titre de l'année 2015.

23. Il est constant que l'administration a également rejeté les charges déduites par la SARL CRMP pour les dépenses de location de deux maisons situées respectivement à Méry-sur-Oise et à Carrières-sur-Seine, à hauteur de 3 600 euros pour l'une et de 6 000 euros pour l'autre. La société requérante explique avoir loué ces biens en vue d'assurer l'hébergement de salariés détachés d'une société portugaise sous-traitante pour l'exécution de chantiers en France. Elle ne produit toutefois aucun justificatif, malgré les demandes du service vérificateur en ce sens, de nature à établir la présence de personnel détaché au moment du versement des loyers en 2015 ni aucun élément permettant de justifier que cette charge aurait été engagée dans l'intérêt de l'entreprise. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a réintégré ces sommes aux résultats des exercices au titre desquelles elles avaient été déduites.

24. La SARL CRMP conteste la réintégration dans son bénéfice imposable, au titre de l'exercice 2015, de la somme de 15 000 euros versée à une société tierce, la SARL Nord-Ouest Immobilier. La société requérante soutient que cette charge correspond à une commission d'apport d'affaires, versée le 2 janvier 2015 à la SARL Nord-Ouest Immobilier, et verse au soutien de ses allégations une facture datée du 11 janvier 2016. L'administration relève toutefois, sans être sérieusement contestée, que cette la date et le montant de cette facture sont entachés d'incohérence au regard des charges comptabilisées. Dans ces conditions, la société requérante n'apporte pas la preuve de la réalité de la prestation d'intermédiaire de la société SARL Nord-Ouest Immobilier.

25. Une perte sur créance ne peut être constatée à la clôture d'un exercice que si, à cette date, la créance est définitivement irrécouvrable. Il appartient à l'entreprise, qui souhaite enregistrer en pertes des créances qu'elle prétend irrécouvrables, de fournir des indications sur les diligences dont ces créances auraient fait l'objet de sa part en vue de leur recouvrement et de faire état de circonstances propres aux débiteurs établissant leur insolvabilité.

26. Il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré dans les résultats de la SARL CRMP des années 2015 et 2016 des pertes sur créances irrécouvrables, pour un montant respectif de 204 428 et de 19 000 euros. Si la société requérante produit des factures adressées à d'anciens clients qui n'avaient fait l'objet d'aucun paiement à la fin de chacune des années en litige, la circonstance que ces créances sont demeurées, par la suite irrecouvrées, ne saurait, à elle seule, établir que la perte desdites créances présentait, au sens des dispositions de l'article 39-1 du code général des impôts, un caractère certain et définitif à la clôture des années 2015 et 2016. En outre, la société ne produit aucun élément de nature à établir que des créances antérieures, précisément identifiées, seraient devenues irrécouvrables au cours des années 2015 et 2016, la seule invocation de l'écoulement du temps et du délai de prescription biennale prévu par l'article L. 218-2 du code de la consommation ne pouvant, au demeurant, suffire à caractériser une créance irrécouvrable déductible du résultat imposable. Par suite, l'administration a pu à bon droit réintégrer ces sommes dans les résultats des exercices clos en 2015 et 2016.

En ce qui concerne les pénalités :

27. Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable () ". En vertu de ces dispositions, l'administration doit indiquer au contrevenant, préalablement au prononcé de la sanction, les motifs de droit et de fait qui justifient son application, son assiette et son taux, en fonction des circonstances propres à chaque espèce, afin de permettre à l'intéressé de présenter des observations.

28. Il résulte de l'instruction que, par la proposition de rectification du 13 décembre 2018, le service vérificateur a indiqué à la SARL CRMP la base légale, le taux et le montant de ces pénalités, a exposé de façon précise les motifs pour lesquels il envisageait de les infliger et l'a informé du délai de trente jours dont il disposait pour faire valoir ses observations. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des pénalités doit être écarté.

29. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

30. Pour justifier du bien-fondé de la pénalité pour manquement délibéré, l'administration fiscale s'est fondée sur l'importance des sommes comptabilisées au titre des pertes sur créances irrécouvrables par la SARL CRMP ainsi que sur la répétition des manquements. Elle a, en particulier, relevé que la société requérante ne pouvait ignorer avoir majoré les montants en litige, en l'absence totale de justificatifs pour leur inscription en comptabilité. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du manquement délibéré de l'intéressée et, par suite, du bien-fondé des pénalités qui ont été mises à sa charge, en application de l'article 1729 précité du code général des impôts.

31. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de la SARL CRMP doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

32. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête de la SARL CRMP présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la SARL CRMP à concurrence du dégrèvement de 17 086 euros prononcé par l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France le 30 juillet 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL CRMP est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL CRMP et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.