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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2102401

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102401

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102401
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantFARES & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 février 2021, les 31 mai et 2 décembre 2024, Mme C B, représentée par Me Retzbach, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris à lui verser la somme de 411 472,31 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis résultant de sa prise en charge fautive par l'hôpital Ambroise Paré le 13 juin 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'hôpital Ambroise Paré a commis plusieurs fautes de nature à engager la responsabilité de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) tenant à des manquements dans la réalisation de l'intervention chirurgicale sur son hallux valgus, qui n'a pas été conforme aux règles de l'art, et dans la surveillance post-opératoire, marquée par des erreurs de diagnostic de ses complications ;

- ces fautes ont été à l'origine de 75% de son dommage ;

- l'AP-HP doit être condamnée à lui verser, en réparation des préjudices temporaires et permanents qu'elle a subis du fait de cette intervention fautive, un montant total de 411 472,31 euros, constituant 75% de son dommage, résultant des sommes de :

. 2 742,48 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne temporaires ;

. 4 708,08 euros au titre de ses pertes de gains professionnels actuels ;

. 2 643,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

. 3 000 euros au titre des souffrances endurées ;

. 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

. 21 030 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

. 3 750 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

. 6 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

. 148 274,36 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne permanents ;

. 171 323,64 euros au titre de ses pertes de gains professionnels actuels ;

. 45 000 euros au titre de l'incidence professionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 septembre 2023 et 27 novembre 2024, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que soit ordonnée une contre-expertise et à ce que soit désigné un expert spécialisé en chirurgie orthopédique qui devra déterminer la part de chaque préjudice qui serait imputable à chacune des causes qui pourraient être retenues ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à ramener à de plus justes proportions le montant des demandes de la requérante, y compris la demande présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et limiter l'indemnisation des préjudices de la caisse primaire d'assurance maladie.

Elle fait valoir que :

- aucune faute n'a été commise dans la prise en charge de Mme B ;

- il convient d'ordonner une contre-expertise, le rapport d'expertise produit ne prenant en compte ni les données acquises de la science ni les règles de l'art médical s'appliquant à la chirurgie percutanée et faisant état d'une nécrose qui n'a pourtant été évoquée par aucun des praticiens consultés après l'intervention ;

- la requérante ne justifie pas de la réalité et de l'étendue de ses préjudices.

Par un mémoire enregistré le 18 avril 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, venant aux droits de la CPAM des Hauts-de-Seine, demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 14 084,42 euros en remboursement des prestations qu'elle a réglées en lien avec les fautes commises dans la prise en charge de Mme B le 13 juin 2017, majorée des intérêts au taux légal à compter de sa demande ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle soutient que :

- elle a pris à sa charge au titre des soins prodigués à Mme B les sommes de 377,94 euros de frais médicaux avant consolidation et 789,65 euros après consolidation, de 1 204,12 euros de frais d'hospitalisation après consolidation et de 155,63 euros de frais d'appareillage ;

- elle a versé à Mme B la somme de 11 557,08 euros d'indemnités journalières au cours de la période du 1er septembre 2017 au 15 février 2019.

Par ordonnance du 2 décembre 2024, la clôture de l'instruction initialement fixée au 6 décembre 2024 a été reportée au 6 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 23 décembre 2024 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2025 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure,

- les conclusions de Mme Fléjou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 6 juillet 1989, a bénéficié, le 13 juin 2017, d'une intervention chirurgicale de correction percutanée d'un hallux valgus bilatéral à l'hôpital Ambroise Paré (92). Postérieurement à cette intervention, elle a présenté de vives douleurs au niveau des deux pieds, une récidive précoce de la déformation avec aggravation sur le pied droit et une nécrose bilatérale de la tête du premier métatarsien. Mme B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Ile-de-France qui, au vu du rapport d'expertise établi le 9 mai 2019 par le docteur A et du complément d'expertise de ce dernier du 13 août 2019, a estimé, dans un avis du 17 octobre 2019, que l'AP-HP avait commis plusieurs manquements dans la prise en charge de Mme B de nature à engager sa responsabilité à hauteur de 75 % de son dommage. Par un courrier du 16 décembre 2020, l'AP-HP a informé Mme B qu'elle refusait de lui adresser une offre d'indemnisation. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'engagement de la responsabilité de l'AP-HP à hauteur de 75% du dommage et de condamner l'établissement à lui verser la somme de 411 472,31 euros en réparation de ses préjudices.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute (). ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 9 mai 2019, que plusieurs manquements ont été commis dans la réalisation de l'acte chirurgical dont a bénéficié la requérante le 13 juin 2017. D'une part, l'expert relève qu'" une fois la réduction de la déformation obtenue, il n'y a eu aucun maintien de cette réduction " et selon lui " l'absence de technique de fixation après la correction de la déformation a entraîné, surtout à droite, une récidive à l'identique voire une aggravation de la déformation pré existante ". Cette récidive est qualifiée d'inévitable compte-tenu du manquement, et de particulièrement précoce, dès lors qu'elle est apparue avant-même que Mme B reprenne un appui au sol. Si l'AP-HP conteste l'existence de ce manquement et fait valoir que, dans le cadre d'une chirurgie percutanée, seule la pose d'un pansement était nécessaire, elle n'établit pas, par le seul extrait d'encyclopédie médicale qu'elle cite, qui insiste sur la nécessité d'une immobilisation " dont la réalisation doit être stricte et reproductible ", que le pansement réalisé après l'opération puis en consultation externe 7 jours après l'opération, ait été suffisant pour maintenir la correction de la déformation.

4. D'autre part, l'expert relève qu'une libération " à l'aveugle " de la sanglé sésamoïdienne lors de la réalisation de l'acte chirurgical, laquelle présente un caractère fautif, a causé la section de l'artère assurant la vascularisation de la tête du premier métatarsien, qui a entrainé une nécrose bilatérale des têtes de M1. Ni l'existence de cette nécrose, ni son lien de causalité avec les fautes commises lors de la réalisation de l'acte chirurgical ne sont sérieusement remis en cause par les affirmations de l'AP-HP qui se borne à contester le diagnostic de l'expert au regard des radiographies, sans apporter d'argument pour étayer cette réfutation. Enfin, l'expert estime que plusieurs manquements ont été commis dans la surveillance post-opératoire de la patiente dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de l'ampleur de la gêne ressentie par Mme B, qui a été vue en consultation sept jours, puis cinq mois après son opération, alors que les douleurs neuropathiques nécessitant la prise d'un traitement lourd, notamment de morphiniques, auraient dû conduire à une exploration médicale plus poussée et à un accompagnement spécifique. En se bornant à affirmer que toute démarche thérapeutique n'était envisageable qu'après la consolidation de l'état de santé de la patiente, l'AP-HP ne conteste pas utilement les conclusions du rapport d'expertise. Dans ces conditions, ni l'acte chirurgical, ni le suivi de Mme B n'ont été réalisés selon les règles de l'art, et celle-ci est fondée à demander l'engagement de la responsabilité pour faute de l'AP-HP dans la survenance du dommage.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise et de son complément, que le dommage causé à Mme B, se compose pour moitié d'une récidive précoce de son hallux valgus bilatéral et d'une nécrose bilatérale des têtes des premiers métatarsiens, causés par les manquements commis par l'AP-HP et, pour moitié, de douleurs neuropathiques qui résultent elles-mêmes pour moitié de la nécrose, et ainsi des fautes relevées dans la réalisation de l'acte chirurgical, et pour moitié d'un accident médical non fautif. Dans ces conditions, 75% du dommage subi par Mme B résultent des manquements de l'AP-HP, qui doit dès lors être condamnée à l'indemniser à hauteur de 75 % de ses préjudices. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'ordonner comme le demande l'AP-HP, une contre-expertise, laquelle ne présenterait aucune utilité.

Sur l'évaluation des préjudices :

6. Il résulte du rapport d'expertise, dont les conclusions ne sont pas contredites sur ce point, que la date de consolidation de l'état de santé de Mme B peut être fixée au 15 février 2019.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

Quant aux frais d'assistance par tierce personne temporaires :

7. D'une part, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

8. D'autre part, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes des dommages dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune. Les règles rappelées ci-dessus ne trouvent à s'appliquer que dans la mesure requise pour éviter une double indemnisation de la victime. Par suite, lorsque la personne publique responsable n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, notamment parce que la faute qui lui est imputable n'a entraîné qu'une perte de chance d'éviter ce dommage, la déduction ne se justifie, le cas échéant, que dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et des prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne. L'indemnisation doit alors être diminuée du montant de cet excédent.

9. Pour la période avant consolidation, le besoin d'assistance par une tierce personne en lien avec le dommage peut être évalué, en tenant compte de l'évaluation de l'expert qui relève que Mme B a un besoin d'assistance au quotidien pour les courses, la cuisine et le ménage, à deux heures par semaine du 13 juillet 2017, date qui aurait été celle de la fin de sa convalescence en l'absence d'accident médical, au 15 février 2019, pendant 582 jours. Il y a lieu de calculer l'indemnisation de ce besoin en tenant compte du coût horaire moyen du salaire minimum au cours de la période en cause, majoré afin de tenir compte des charges sociales, soit un taux horaire fixé à 20 euros par heure, et de retenir une base d'une année de 412 jours afin de tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés. Sur cette base, le montant de l'indemnité due au titre de l'assistance par une tierce personne doit être évalué, pour la période considérée, à la somme de 3 753,96 euros. Compte-tenu de la part de responsabilité de l'AP-HP dans la survenance du dommage fixée 75%, il y a lieu de mettre à la charge de l'établissement un montant de 2 815,47 euros à ce titre.

Quant aux pertes de gains professionnels temporaires :

10. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice (). ".

11. Il résulte de ces dispositions que le juge, saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et d'un recours subrogatoire d'un tiers payeur doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient, ensuite, de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué au tiers payeur.

12. Mme B demande à être indemnisée au titre des pertes de gains professionnels qu'elle a subies en raison de son incapacité à reprendre son activité professionnelle en raison des complications survenues. Il résulte de l'instruction que la requérante exerçait, antérieurement au 13 juin 2017, l'activité d'hôtesse d'accueil sous contrat à durée indéterminée depuis mai 2016, métier qui nécessitait une station debout prolongée. Il résulte en outre de l'instruction que postérieurement à l'intervention, au cours la période s'écoulant entre le 13 juillet 2017, date prévue de fin de son congé de maladie lié à l'intervention litigieuse en l'absence de complications, et le 15 février 2019, date de consolidation de son état de santé, Mme B n'a pas été en mesure de reprendre son activité. Mme B a dès lors subi des pertes de revenus s'élevant, au regard de la déclaration de son employeur, à 14 628,01 euros avant compensation par les indemnités journalières, qui sont en lien avec le dommage. La part indemnisable de ce préjudice s'élève donc, compte-tenu de la part de responsabilité de l'AP-HP dans la survenance du dommage limitée à 75%, à la somme de 10'971,01 euros. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme B a perçu de la part de la CPAM des Hauts-de-Seine des indemnités journalières d'un montant total de 11 794,93 euros net, après déduction de la contribution sociale généralisée (CSG) et de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS), pour la période du 13 juillet 2017 au 15 février 2019. Cette prestation a eu pour objet de réparer ses pertes de revenus professionnels, dont la part demeurée à la charge de l'intéressée s'élève en conséquence à 2 833,08 euros. Par suite, doivent être mis à la charge du centre hospitalier, au titre de ce poste de préjudice, le versement à Mme B d'une indemnité de 2 833,08 euros correspondant à la part des pertes de revenus non réparée par les indemnités journalières et le versement à la caisse primaire d'une indemnité de 8 137,93 euros. Le surplus demandé par la CPAM au titre des indemnités journalières versées au cours de cette période doit être rejeté.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

Quant aux frais d'assistance par une tierce personne :

13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme B a conservé, après la date de consolidation, des séquelles importantes avec un périmètre de marché très limité et des douleurs permanentes aux deux pieds, insomniantes, dont il résulte un besoin d'assistance par une tierce personne pour les actes du quotidien évalué à deux heures par semaine.

14. Pour la période allant du 15 février 2019, date de consolidation de l'état de santé de Mme B, à la date du présent jugement, le montant de l'indemnité au titre de l'assistance par tierce personne, calculé selon les modalités définies aux points 7 et 8, et en excluant la période d'hospitalisation de la requérante du 10 au 13 juin 2022, peut ainsi être arrêté, en l'absence d'aide extérieure perçue à ce titre, à la somme de 14 177,32 euros. Il en résulte que le montant d'indemnisation devant être mis à la charge de l'AP-HP à ce titre, après application du taux de 75% mentionné au point 5, doit être évalué à la somme de 10'632,99 euros.

15. Pour la période postérieure à la mise à disposition du jugement, il y a lieu, au titre des dépenses futures d'assistance par tierce personne, de retenir un taux horaire de 25 euros pour une assistance non spécialisée, tenant compte des cotisations dues par l'employeur et des majorations de rémunération pour travail du dimanche. En application des principes rappelés aux points 7 et 8 ci-dessus s'agissant des congés payés et des jours fériés, le montant total des frais annuels d'assistance par une tierce personne non spécialisée doit dès lors être fixé à la somme de 2'947,86 euros. Il convient ainsi d'accorder à Mme B, à compter de la date du présent jugement, après application du taux de responsabilité de 75%, une rente versée par trimestre échu pour un montant annuel fixé à 2 207 euros, soit 552 euros par trimestre, représentant un capital de 104 249,98 euros. Cette rente sera revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Quant aux pertes de gains professionnels futurs et à l'incidence professionnelle :

16. Aux termes de l'article L. 341-1 du code de la sécurité sociale : " L'assuré a droit à une pension d'invalidité lorsqu'il présente une invalidité réduisant dans des proportions déterminées sa capacité de travail ou de gain, c'est-à-dire le mettant hors d'état de se procurer un salaire supérieur à une fraction de la rémunération soumise à cotisations et contributions sociales qu'il percevait dans la profession qu'il exerçait avant la date de l'interruption de travail suivie d'invalidité ou la date de la constatation médicale de l'invalidité. ". Eu égard à la finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail qui lui est assignée par ces dispositions législatives et à son mode de calcul, en fonction du salaire, fixé par l'article R. 341-4 du code de la sécurité sociale, la pension d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de revenus professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité.

17. Pour se conformer aux règles énoncées ci-dessus, il appartient aux juges du fond de déterminer, en premier lieu, si l'incapacité permanente conservée par la victime en raison des fautes commises par le centre hospitalier entraîne des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils donnent lieu au versement d'une pension d'invalidité. Pour déterminer dans quelle mesure ces préjudices sont réparés par la pension, il y a lieu de regarder cette prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime ne subit pas de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur au capital représentatif de la pension.

18. Il résulte de l'instruction que Mme B, âgée de 28 ans à la date de l'intervention chirurgicale litigieuse, travaillait depuis 2014 et avait exercé des fonctions d'assistante maternelle, d'agent de distribution de presse et de manager dans un restaurant. Elle avait été recrutée en mai 2016 comme hôtesse d'accueil sous contrat à durée indéterminée. En raison des complications post-opératoires qu'elle a subies, Mme B n'a pas pu reprendre son activité et a été placée en arrêt de travail de manière continue à partir du 14 juin 2017, puis finalement été licenciée pour inaptitude le 23 juillet 2024. Selon les conclusions du rapport d'expertise, Mme B est inapte à l'exercice de ses fonctions antérieures et ne pourra plus exercer de métier comportant une station debout prolongée, son état lui permettant seulement d'envisager des fonctions sédentaires.

De la date du licenciement à la date du jugement :

19. D'une part, Mme B établit, par une attestation de son employeur, qu'elle a subi, en raison du dommage, une perte de revenus s'élevant à la somme de 72 233,89 euros entre la date de consolidation de son état de santé, le 15 février 2019, et la date de son licenciement, le 23 juillet 2024, soit une moyenne mensuelle pouvant être fixée 1 100 euros sur la période. Sur cette base, les pertes de revenus occasionnées par son état entre le 24 juillet 2024 et la date du présent jugement peuvent être évaluées à la somme de 7 700 euros. Après application du taux de 75%, les pertes de Mme B en lien avec les fautes commises par l'AP-HP s'élèvent à 59 950,42 euros sur la période considérée.

20. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme B a perçu, entre la date de consolidation de son dommage et la date du présent jugement, une somme de 9 997,80 euros d'indemnités journalières après déduction de la CSG et de la CRDS, une somme de 18 795,78 euros au titre de la pension d'invalidité qui lui a été octroyée, après déduction de l'indu en cours de répétition par la CPAM, et une somme de 12 810,25 euros au titre d'une rente versée par la société Groupama Gan Vie. La CPAM ne demandant aucune somme au titre des indemnités journalières versées après le 15 février 2019, ni au titre de la pension d'invalidité, le montant total de ces prestations doit être déduit du préjudice indemnisable de Mme B. Il y a dès lors lieu d'accorder à Mme B une somme de 18 346,58 euros à mettre à la charge de l'AP-HP au titre de la réparation de ses pertes de gains professionnels sur la période comprise entre la date de consolidation de son état de santé et la date du présent jugement.

Postérieurement à la date du présent jugement :

21. Compte-tenu de ce qui a été dit au point 18, et en particulier de l'inaptitude de la requérante à reprendre ses fonctions antérieures en raison de son état de santé et de la circonstance qu'elle n'a toujours pas retrouvé d'emploi, il sera fait une juste appréciation, dans les circonstances de l'espèce, en tenant compte des sommes que la requérante est susceptible de percevoir à l'avenir au titre son invalidité, des pertes de revenus occasionnées par l'état de santé de la requérante et de son incidence professionnelle en les évaluant à la somme globale de 50 000 euros, incluant, d'une part, 40 000 euros à raison de son incapacité à occuper le poste dans lequel elle avait été recrutée un peu plus d'un an avant l'opération litigieuse et, d'autre part, 10 000 euros pour l'incidence de son état sur sa capacité à percevoir des revenus à l'avenir. Compte-tenu de taux de responsabilité de l'AP-HP de 75%, le préjudice indemnisable de Mme B au titre de ses pertes de gains professionnels futurs et de l'incidence professionnelle postérieurement à la date du présent jugement s'élève par conséquent à la somme totale de 37 500 euros.

22. Il résulte de ce qui précède que l'AP-HP doit être condamnée à verser à Mme B la somme totale de 55 846,58 euros en réparation de ses pertes de gain professionnels futurs et de l'incidence professionnelle.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant des préjudices temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

23. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le taux de déficit fonctionnel temporaire de Mme B strictement en lien avec ses complications post-opératoires peut être évalué à 15% du 1er août 2017 au 31 août 2017, 25% du 1er septembre 2017 au 5 décembre 2017 et 10% du 6 décembre 2017 au 15 février 2019. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de son préjudice à ce titre en l'évaluant à la somme de 1 400 euros, dont une part de 75%, soit 1 050 euros, doit être mise à la charge de l'AP-HP.

Quant aux souffrances endurées :

24. Les souffrances endurées par Mme B, avant consolidation, imputables au dommage, ont été fixées à 2,5 sur 7 en raison de la prise de fortes doses de morphiniques. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 3 800 euros. La somme due par l'AP-HP à Mme B s'élève ainsi à 2 850 euros après application du taux de 75%.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

25. Le préjudice esthétique temporaire a été évalué par l'expert à 1,5 sur 7, en raison du port prolongé de chaussure de charge après l'intervention chirurgicale. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 400 euros. La somme due par l'AP-HP à Mme B s'élève ainsi à 1 050 euros après application du taux de 75%.

S'agissant des préjudices permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

26. Le déficit fonctionnel permanent de Mme B a été évalué par l'expert à un taux de 8 % en raison de sa raideur aux deux articulations métatarsophalangiennes, de sa boiterie et de sa gêne à la marche. Compte tenu de l'âge de 29 ans de la requérante à la date de la consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 14 400 euros, soit une somme de 10 800 euros à mettre à la charge de l'AP-HP après application du taux de 75%.

Quant au préjudice esthétique permanent :

27. L'expert judiciaire a fixé à 1 sur 7 l'importance du préjudice esthétique causé à Mme B, correspondant à une marche lente et saccadée. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 000 euros. La somme devant être mise à la charge de l'AP-HP compte-tenu de sa part de responsabilité s'élève dès lors à 750 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

28. Le préjudice d'agrément est le préjudice spécifique lié à la possibilité pour la victime de pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs qu'elle justifie avoir pratiqué avant la réalisation du dommage. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les séquelles dont souffre la requérante l'empêchent de voyager et de pratiquer le sport en salle et la danse comme auparavant. Mme B produit au titre de la justification de ses activités antérieures une attestation d'inscription à un salle de sport et une attestation d'une amie établissant sa pratique antérieure de la danse. Compte-tenu de ces éléments et du jeune âge de la requérante, il peut dès lors être fait une juste appréciation de son préjudice d'agrément en le fixant à la somme de 5 000 euros. La somme due par l'AP-HP à Mme B s'élève ainsi à 3 750 euros après application du taux de 75%.

29. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une contre-expertise, que l'AP-HP doit être condamnée à verser Mme B la somme de 92 378,12 euros en réparation de ses préjudices ainsi qu'une rente trimestrielle de 552 euros au titre du besoin d'assistance par tierce personne dans les conditions prévues au point 15 du présent jugement. Le surplus des conclusions indemnitaires présentées par Mme B est rejeté.

Sur les demandes de la CPAM au titre des dépenses de santé exposées :

En ce qui concerne les dépenses de santé :

30. La CPAM de Paris, intervenant pour le compte de la CPAM des Hauts-de-Seine, soutient que cette dernière a pris à sa charge au titre des soins prodigués à Mme B les sommes de 377,94 euros de frais médicaux avant consolidation, entre le 14 juin 2017 et le 11 janvier 2019, de 789,65 euros de frais médicaux après consolidation entre le 6 avril 2022 et le 16 janvier 2023, de 1 204,12 euros de frais d'hospitalisation après consolidation entre le 10 et le 13 juin 2022, et de 155,63 euros de frais d'appareillage le 8 juin 2022.

31. L'AP-HP conteste l'imputabilité de ces débours au dommage s'agissant des dépenses intervenues avant le 1er août 2017, et en 2022, à distance de l'intervention litigieuse du 13 juin 2017. Il résulte toutefois de l'instruction que la CPAM verse à l'instance le relevé des débours et l'attestation d'imputabilité, ce dont il résulte que, d'une part, ces pièces doivent être regardées comme suffisantes pour établir l'imputabilité des débours de la caisse avant la date de consolidation, en l'absence d'argument de contestation sérieux en défense, et que, d'autre part, ces pièces qui mentionnent les codes des actes médicaux établissent que Mme B a subi une nouvelle intervention chirurgicale aux pieds en juin 2022, qui apparaît par conséquent en lien avec ses séquelles, et à laquelle sont afférents les débours dont la CPAM demande le remboursement en 2022 et 2023. Dans ces conditions, la CPAM est fondée à demander le remboursement de 75% de l'ensemble de ses débours, compte-tenu de la part de responsabilité de l'AP-HP, soit un montant total de 1 895,51 euros.

32. Il résulte de ce qui a été dit aux points 12 et 31 du présent jugement que l'AP-HP doit être condamnée à verser à la CPAM de Paris un montant total de 10 033,43 euros en réparation de ses débours.

En ce qui concerne la demande portant sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

33. Aux termes des dispositions du 9ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget (). ". Pour leur application, l'article 1er de l'arrêté du 23 décembre 2024 fixe respectivement à 120 euros et 1 212 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.

34. La CPAM demande la condamnation de l'AP-HP au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion instituée par ces dispositions. Son obligation à ce titre étant non sérieusement contestable, cet établissement doit dès lors être condamné à lui verser la somme de 1 212 euros à ce titre.

En ce qui concerne les intérêts :

35. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte (). ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

36. La CPAM demande que les indemnités allouées par le présent jugement soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter de la date d'enregistrement de la demande de la CPAM soit le 18 avril 2024.

Sur les frais de l'instance :

37. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 800 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : L'AP-HP versera à Mme B la somme de 92 378,12 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices.

Article 2 : L'AP-HP est condamnée à verser, à compter de la date de notification du jugement, à Mme B, au titre de l'assistance par tierce personne non spécialisée après consolidation, une rente de 552 euros, versée par trimestre échu et revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, dans les conditions prévues au point 15 du présent jugement.

Article 3 : L'AP-HP est condamnée à verser à la CPAM de Paris la somme de 10 033,43 euros. Cette somme portera intérêts à compter 18 avril 2024.

Article 4 : L'AP-HP versera à la CPAM de Paris la somme de 2 212 euros au titre de l'indemnité de frais de gestion.

Article 5 : L'AP-HP versera à Mme B la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 3 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Moinecourt, première conseillère,

Mme Courtois, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210240

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