vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2102556 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre (JU) |
| Avocat requérant | DE LA BRIERE |
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-le code civil ;
-le code de la construction et de l'habitation ;
-le code des procédures civiles d'exécution ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Baude, magistrat désigné, et les observations de Me de La Brière, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 29 444,46 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour expulser l'occupant sans titre du logement dont elle est propriétaire avenue Sainte-Foy à Neuilly-sur-Seine.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".
3. Tout justiciable nanti d'une décision de justice exécutoire est en droit d'obtenir, si nécessaire, que l'État lui apporte l'assistance de la force publique pour son exécution. L'État ne peut légalement refuser de prêter le concours de la force publique que si l'exécution forcée de la décision de justice est de nature à porter à l'ordre public des troubles d'une exceptionnelle gravité.
4. L'article L. 412-6 de ce code dispose par ailleurs : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. "
5. Il résulte de l'instruction que par un jugement du 5 janvier 2017 le tribunal d'instance de Courbevoie a ordonné l'expulsion des occupants sans titre du logement dont la requérante est propriétaire avenue Sainte-Foy à Neuilly-sur-Seine. Cette décision de justice était exécutoire à la date de son prononcé. Le 25 janvier 2019 la requérante a présenté au préfet des Hauts-de-Seine une demande de concours de la force publique pour l'exécution de ce jugement. Cette demande a donné lieu à une décision implicite de rejet dans les deux mois de sa réception. Il n'est pas établi que l'exécution forcée de l'ordonnance était de nature à porter à l'ordre public des troubles d'une exceptionnelle gravité. Dès lors il y a lieu de fixer la période pendant laquelle la responsabilité de l'Etat est engagée à l'égard des requérants du 1er avril 2019 au 26 juillet 2021, veille de l'expulsion.
Sur le préjudice :
6. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.
7. Il résulte de l'instruction que les parties ont conclu le 28 janvier 2021 un protocole transactionnel portant sur la période de responsabilité de l'Etat du 1er avril 2019 au 31 octobre 2020. Il y a lieu par conséquence de limiter la réparation due à Mme B à la période du 1er novembre 2020 au 26 juillet 2021, veille de l'expulsion.
8. Le tribunal d'instance de Courbevoie dans son jugement du 5 janvier 2017 a fixé l'indemnité d'occupation mensuelle à 1 099,93 euros, somme correspondant au loyer et aux charges. Il résulte de l'instruction que le montant total des indemnités d'occupation dues pour la période du 1er novembre 2020 au 26 juillet 2021 représente la somme de 9 721,96 euros, dont il convient de soustraire le dépôt de garantie de 1 670 euros. Ainsi il y a lieu de fixer à la somme de 8 051,96 euros l'indemnité due par l'Etat aux requérants en réparation de leur préjudice locatif.
9. La requérante demande que l'Etat lui verse une indemnité complémentaire de 10 000 euros à raison de son préjudice moral. Il résulte de l'instruction que la résiliation du bail a été prononcée à la suite de la délivrance d'un congé pour reprise, la requérante souhaitant proposer le bien à un membre de sa famille. Elle impute en outre ce préjudice moral aux difficultés financières qu'elle a rencontrées en raison du non-versement des indemnités d'occupation. Il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en lui allouant une indemnité de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral subi du 1er novembre 2020 au 26 juillet 2021.
10. Si la requérante demande que l'Etat l'indemnise des frais de remise en état du logement, des frais de réparation de la serrure endommagée lors de l'expulsion et des frais d'enlèvement des meubles abandonnés par l'occupant sans titre, il ne résulte pas de l'instruction que ces préjudices sont directement imputables au refus de l'Etat de prêter son concours à l'exécution du jugement du tribunal d'instance de Courbevoie, dès lors, d'une part, que ces frais auraient été exposés même si le concours de la force publique était intervenu plus tôt et, d'autre part, qu'il n'est pas établi que les dégradations causées au logement l'ont été au cours de la période postérieure à celle prise en compte dans le cadre du protocole transactionnel du 28 janvier 2021. Dès lors il n'y a pas lieu de faire droit à ce chef de préjudice.
11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'allouer à la requérante la somme globale de 9 051,96 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
12. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. " La requérante a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité en capital prévue au point 8 à compter du 13 novembre 2020, date de leur demande d'indemnisation préalable par le préfet des Hauts-de-Seine.
13. L'article 1343-2 du code civil, dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts ayant été demandée dans la requête enregistrée le 19 février 2021 il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 13 novembre 2021 date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur la subrogation :
14. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'État dans les droits que détient Mme B épouse A à l'encontre de l'occupant du logement en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'État, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros qu'il paiera à Mme B épouse A, au titre des frais non compris dans les dépens que ces derniers ont exposés ;
D E C I D E :
Article 1er : :L'Etat est condamné à verser à Mme B épouse A la somme de 9 051,96 euros.
Article 2 ::l'indemnité fixée à l'article 1er portera intérêt au taux légal à compter du 13 novembre 2020. Les intérêts échus à la date du 13 novembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : :Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'État dans les droits de Mme B épouse A à l'encontre de l'occupant du logement en cause durant la période de responsabilité de l'État, à concurrence du montant de cette indemnité.
Article 4 : :L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Mme B épouse A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F.-E. Baude La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21025562
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026