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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2102699

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102699

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102699
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET BAKER & MCKENZIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2021, la société civile de placement immobilier (SCPI) Elysées Pierre, représentée par Me Meier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017 dans les rôles de la commune de Bagneux (Hauts-de-Seine), à raison de locaux situés 284 avenue Aristide Briand ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères qu'elle a acquittée au titre de l'année 2017 est illégale au regard des dispositions du I de l'article 1520 du code général des impôts, au motif que son taux est manifestement disproportionné par rapport aux frais de collecte et de traitement des ordures ménagères.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que le moyen soulevé par la SCPI Elysées Pierre n'est pas fondé.

La requête a été communiquée à l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Barès, premier conseiller,

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile de placement immobilier (SCPI) Elysées Pierre a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2017 dans les rôles de la commune de Bagneux (Hauts-de-Seine), à raison de locaux situés 284 avenue Aristide Briand. A la suite du rejet de sa réclamation du 10 décembre 2018, elle demande au tribunal d'en prononcer la décharge.

Sur les conclusions tendant à la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères :

2. D'une part, aux termes des dispositions du I de l'article 1520 du code général des impôts dans sa rédaction issue du V de l'article 57 de la loi du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015, applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal (). ". En vertu des articles 1521 et 1522 du même code, cette taxe a pour assiette celle de la taxe foncière sur les propriétés bâties. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets non ménagers, et non couvertes par des recettes non fiscales. Ces dépenses sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe. Il en résulte que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant de ces dépenses, tel qu'il peut être estimé à la date du vote de la délibération fixant ce taux.

3. Pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la TEOM, il appartient ainsi au juge de l'impôt, en se référant prioritairement aux extraits de budgets primitifs des communes ou des établissements publics de coopération intercommunale délégataires de la mission de service public produits par les parties ou obtenus par mesure d'instruction, et, à défaut, aux éléments de budgets établis à l'issue de l'année en litige, d'évaluer dans un premier temps les dépenses réelles de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères et des déchets non ménagers, en prenant en compte les dotations aux amortissements des immobilisations et en excluant les éventuelles dépenses imprévues, par nature hypothétiques, et les dépenses exceptionnelles. Dans un deuxième temps, il y a lieu d'en soustraire les recettes non fiscales de la section de fonctionnement définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales dont sont notamment exclus les produits exceptionnels, les atténuations de charges, les produits de cession d'immobilisation et le report de résultat de l'exercice de l'année précédente. Enfin, il lui appartient de comparer le montant obtenu avec celui du produit attendu de la TEOM afin de vérifier s'il existe un écart positif supérieur à 15 %, taux au-delà duquel une disproportion doit être regardée comme manifeste.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction issue de la loi du 19 décembre 2015 précitée : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. () Elle est calculée en fonction de l'importance du service rendu, notamment de la quantité des déchets gérés. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu permettre aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale compétents, à compter du 1er janvier 2016, de couvrir les dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales au moyen, concurremment, du produit de la redevance spéciale de l'article L. 2333-78 du même code et, en tant que de besoin, du produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.

6. Il résulte de l'instruction que la commune de Bagneux a intégré, le 1er janvier 2016, l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris (VSGP) auquel elle a confié le service de gestion des ordures ménagères et des déchets assimilés. Par ailleurs, ce dernier a institué, au titre de l'année en litige, la redevance spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales et dont il a évalué les recettes attendues à 600 000 euros dans son budget primitif pour 2017, soit 1,82 % des dépenses prévues en matière de traitement des ordures ménagères et des déchets non ménagers. D'une part, si la société Elysées Pierre se prévaut du rapport de la Cour des comptes de 2011 et du rapport établi conjointement en septembre 2010 par l'association Amorce et l'agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) relatif à la redevance spéciale pour les déchets non ménagers, documents qu'elle ne produit au demeurant pas, pour soutenir que les dépenses liées au traitement des ordures non ménagères représentent en moyenne 20 % du coût total du service de gestion des déchets, ces données statistiques ne sont toutefois pas suffisantes pour établir que le montant de redevance spéciale prévu par l'établissement public territorial VSGP dans son budget primitif au titre de l'année 2017 serait insuffisant pour couvrir le coût de traitement des ordures non ménagères. D'autre part, à supposer même cette circonstance établie, il résulte des dispositions précitées de l'article 1520 du code général des impôts que depuis le 1er janvier 2016, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères peut pourvoir, même partiellement, outre aux dépenses liées aux déchets ménagers, à celles du service de collecte et de traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales.

7. Comme le fait valoir la société requérante, seul le budget primitif pour 2017 de l'établissement public territorial VSGP, qu'elle produit à l'instance, peut permettre au juge de l'impôt d'évaluer l'éventuelle disproportion du taux de la taxe contestée à la date à laquelle la délibération qui l'a fixé a été adoptée, dont l'illégalité est invoquée par la voie de l'exception, dès lors qu'il prend en compte le montant de la redevance spéciale. Il ressort de l'annexe IV relative à la collecte et au traitement des déchets du budget primitif de l'établissement public territorial VSGP de 2017 que le coût global procédant de la collecte et de l'élimination des déchets ménagers et non ménagers a été évalué à 30 427 662 euros, déduction faite du montant de la redevance spéciale, des dotations et participations ainsi que des recettes diverses et autres produits de gestion courante, tandis que le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères attendue a été estimé à 34 200 000 euros. Ainsi, le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prévu en 2017 sur le territoire de l'établissement public territorial VSGP s'est avéré supérieur de 3 772 338 euros aux besoins de financement du service public d'élimination de ses déchets ménagers et non ménagers, représentant un excédent de 12,40 %. Par suite, la SCPI Elysées Pierre n'est pas fondée à soutenir que le taux issu de la délibération qui l'a fixé en 2017 était manifestement disproportionné.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SCPI Elysées Pierre doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCPI Elysées Pierre est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile de placement immobilier Elysées Pierre, à l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris et à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

M. A

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102699

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