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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2102708

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102708

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102708
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantPONROY-NOEL ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2021, Mme A B représentée par Me Ponroy demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 23 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris a rejeté sa demande tendant au versement de la somme de 26 199,78 euros au titre de l'indemnité de fin de contrat ;

2°) de condamner l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris à lui verser la somme de 26 199,78 euros au titre de l'indemnité de fin de contrat ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision refusant de lui verser l'indemnité de fin de contrat prévue à l'article L. 1243-8 du code du travail est illégale dès lors qu'aucun contrat à durée indéterminée ne lui a été proposé à l'expiration de son contrat à durée déterminée et qu'elle n'a ni démissionné ni été licenciée ;

- elle a droit à une indemnité de précarité d'un montant de 26 199,78 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré 2 septembre 2022, le directeur général de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 avril 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Colin,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ponroy représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, a été recrutée par l'Assistance Publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) en qualité de praticien hospitalier contractuel par un contrat à durée déterminée signé le 16 mars 2017, pour une durée de trois ans à compter du 1er mars 2017 pour exercer ses fonctions au service des urgences de l'hôpital Beaujon. Ce contrat a été prolongé par un avenant signé le 6 mars 2020 pour une nouvelle période de trois ans à compter du 1er mars 2020 pour exercer son activité à 50% au sein du service des urgences de l'hôpital Beaujon et à 30 % au sein du SMUR du même hôpital. Par un courrier du 23 novembre 2020, elle a sollicité de son employeur le versement de la rémunération et de l'indemnité de précarité qu'elle estime lui être due au titre de l'article L. 1243-8 du code du travail. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 23 janvier 2021. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 26 199,78 euros.

Sur la légalité de la décision implicite rejetant la demande d'attribution de l'indemnité de fin de contrat :

2. Aux termes de l'article L. 6152-1 du code de la santé publique : " Le personnel des établissements publics de santé comprend, outre les agents relevant de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, les personnels enseignants et hospitaliers mentionnés à l'article L. 952-21 du code de l'éducation et les personnels mentionnés à l'article L. 6147-9 qui y exercent : () 2° Des médecins, des odontologistes et des pharmaciens recrutés par contrat dans des conditions déterminées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 6152-418 du code de la santé publique : " Les dispositions du code du travail sont applicables aux praticiens contractuels en tant qu'elles sont relatives à l'indemnité prévue à l'article L. 1243-8 du code du travail et aux allocations d'assurance prévues à l'article L. 5424-1 du code du travail ". Aux termes de l'article L. 1243-8 du code du travail : " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. Cette indemnité est égale à 10 % de la rémunération totale brute versée au salarié. Elle s'ajoute à la rémunération totale brute due au salarié. Elle est versée à l'issue du contrat en même temps que le dernier salaire et figure sur le bulletin de salaire correspondant ". Aux termes de l'article L. 1243-10 du même code : " L'indemnité de fin de contrat n'est pas due : () / 3° Lorsque le salarié refuse d'accepter la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée pour occuper le même emploi ou un emploi similaire, assorti d'une rémunération au moins équivalente / 4° En cas de rupture anticipée du contrat due à l'initiative du salarié, à sa faute grave ou à un cas de force majeure ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsque, au terme d'un contrat de travail à durée déterminée, la relation de travail n'est pas poursuivie par un contrat à durée indéterminée, le praticien contractuel a droit, à titre de complément de rémunération, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation égale à 10 % de la rémunération brute totale, sauf à se trouver dans l'un des cas énoncés à l'article L. 1243-10 du code du travail. La circonstance qu'un contrat à durée déterminée soit suivi par un autre contrat de même nature est sans incidence sur l'exigibilité de cette indemnité. Cette dernière est alors assise, pour chaque contrat, sur la rémunération totale brute versée du début jusqu'à la fin de ce contrat.

4. Il est constant que le contrat par lequel Mme B a été recrutée le 16 mars 2017, pour une durée de 3 ans à compter du 1er mars 2017, expirait le 29 février 2020. Ainsi que le prévoyait l'article 4 de son contrat initial ce dernier a été renouvelé par un avenant signé le 6 mars 2020 pour une nouvelle durée de 3 ans à compter du 1er mars 2020. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas même soutenu, que Mme B entrerait dans l'un des cas énoncés aux 3°) et 4°) de l'article L. 1243-10 du code du travail. Dans ces conditions, dès lors que la relation contractuelle de travail entre Mme B et l'AP-HP ne s'est pas poursuivie en 2020, par un contrat à durée indéterminée, la requérante a droit au bénéfice d'une indemnité de précarité correspondant à 10 % du total des émoluments bruts dus au titre du contrat courant à compter du 1er mars 2017, sans que puisse avoir d'incidence, à cet égard, la circonstance que le premier contrat à durée déterminée signé le 16 mars 2017 a été suivi par un autre contrat de même nature. Mme B était donc en droit de bénéficier de l'indemnité de précarité prévue à l'article L.1243-8 du code du travail au titre de la période sollicitée du 1er mars 2017 au 29 février 2020. Il s'ensuit qu'en n'ayant pas procédé au versement de cette indemnité à Mme B, le directeur de l'AP-HP a méconnu les dispositions de l'article L. 1243-8 du code du travail.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision implicite de rejet du 23 janvier 2021 refusant à Mme B l'octroi de l'indemnité de fin de contrat au titre du contrat à durée déterminée de trois ans courant à compter du 1er mars 2017.

Sur le montant de l'indemnité de fin de contrat :

6. Pour justifier du montant des rémunérations totales brutes qui lui ont été versées au titre du premier contrat de praticien hospitalier dont elle a bénéficié, Mme B produit ses bulletins de paie des mois de mars 2017 à février 2020 et un calcul récapitulatif indiquant qu'elle a perçue une rémunération brute du 1er mars 2017 au 29 février 2020 de 261 997, 81 € euros. Il y a donc lieu, l'AP-HP ne contestant pas ce montant, de condamner l'AP-HP à verser à Mme B la somme correspondant à l'indemnité de fin de contrat, égale à 10 % de la rémunération totale brute qui lui a été versée au titre du contrat à durée déterminée de trois ans courant à compter du 1er mars 2017 soit la somme de 26 199, 78 € euros.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du directeur général de l'Assistance Publique -Hôpitaux de Paris née le 23 janvier 2021 est annulée.

Article 2 : L'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme B la somme de 26 199,78 euros au titre de l'indemnité de fin de contrat au titre du contrat à durée déterminée de trois ans conclu à compter du 1er mars 2017.

Article 3 : L'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris versera à Mme B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Assistance Publique -Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme Colin, première conseillère,

Mme Debourg, conseillère,

assistées de Mme Pradel, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023

La rapporteure,

signé

C. Colin

La présidente

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

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