mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2103058 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | NAHON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mars 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Industriel Préfabrication Montage Tuyauterie Soudure (IPMTS), représentée par Me Nahon, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2014 et 2015, et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens de l'instance.
La SARL IPMTS soutient que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve de l'acte anormal de gestion redressé et a procédé à tort à une distinction entre les dépenses engagées dans l'intérêt de l'entreprise et celles qui seraient sans lien avec cet intérêt ;
- les charges, dont l'engagement est identifié, doivent être retenues même en l'absence de facture ;
- les sommes taxées en revenus distribués entre les mains de M. A ne sont pas justifiées ;
- les charges identifiées comme engagées pour un exercice antérieur doivent être prises en compte au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2013 ;
- l'application de la pénalité de 40 % constitue un cumul de sanctions et est confiscatoire, en méconnaissance de la Constitution et du droit européen ;
- l'application de la pénalité de 40 % est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2021, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
L'administrateur général des finances publiques fait valoir que les moyens invoqués par la SARL IPMTS ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Richard, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société IMPTS est spécialisée dans l'installation de structures métalliques, chaudronnées et notamment les tuyauteries. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 dont le service a tiré les conséquences, au titre de l'année 2013 aux termes d'une proposition de rectification du 16 décembre 2016 et au titre des années 2014 et 2015 aux termes d'une proposition de rectification du 14 septembre 2017, en ce qui concerne notamment la taxe sur la valeur ajoutée et l'impôt sur les sociétés. Par une réclamation en date du 21 juillet 2020, la société IPMTS a contesté, en droits et pénalités, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ainsi que les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2014 et 2015. Cette réclamation ayant été rejetée par une décision du 19 janvier 2021, la société requérante réitère ses prétentions devant le juge de l'impôt.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.
3. La proposition de rectification du 14 septembre 2017 par laquelle l'administration a notifié à la société IMPTS des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2014 et 2015, mentionne l'écart entre le chiffre d'affaire théorique et celui déclaré et l'ensemble des charges dont la déductibilité a été remise en cause selon les détails indiqués dans des tableaux annexés. Elle précise, en outre, les années d'impositions concernées, les impôts concernés, la base des redressements et les motifs sur lesquels l'administration se fonde pour justifier les redressements. Par suite, les indications que comporte cette proposition de rectification sont suffisantes pour éclairer la société IPMTS et lui permettre de discuter utilement le bien-fondé des redressements envisagés, ce qu'elle a d'ailleurs fait en adressant au service, le 7 novembre 2017 et le 21 juillet 2020, des observations et une réclamation, auxquelles il a été répondu le 10 janvier 2018 et le 19 janvier 2021. Le moyen, au surplus dépourvu de précision, tiré de l'insuffisante motivation de cette proposition de rectification ne peut, par suite, qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () ". Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / () 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : a. Les rémunérations directes et indirectes, y compris les remboursements de frais versés aux personnes les mieux rémunérées ; / b. Les frais de voyage et de déplacements exposés par ces personnes ; / c. Les dépenses et charges afférentes aux véhicules et autres biens dont elles peuvent disposer en dehors des locaux professionnels ; / d. Les dépenses et charges de toute nature afférentes aux immeubles qui ne sont pas affectés à l'exploitation ; / e. Les cadeaux de toute nature, à l'exception des objets de faible valeur conçus spécialement pour la publicité ; / f. Les frais de réception, y compris les frais de restaurant et de spectacles. / Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportée qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
5. La société IPMTS a déduit des frais de vêtements, de déplacements, de restaurants, exposés par son gérant, M. A. Elle a également déduit des frais dits de réception concernant des repas d'affaires organisés avec différents clients. Elle fait valoir que de tels frais doivent être regardés comme professionnels, y compris ceux réalisés pendant les week-ends et jours fériés, dès lors qu'ils ont été exposés dans l'intérêt de l'entreprise à l'occasion de la prospection de clients, dans un contexte de marché fortement concurrentiel. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a réintégré, sur le fondement des dispositions précitées du 1 de l'article 39 du code général des impôts, différentes sommes correspondant à des frais de repas, d'achat de vêtements, de réception et de déplacements respectivement pour les exercices clos en 2014 et 2015 pour des montants de 68 074 euros et 133 713 euros, au motif, d'une part, qu'ils ne se rattachent pas à l'exploitation normale de la société et, d'autre part, qu'ils n'ont pas été engagés dans l'intérêt de l'entreprise et que la société ne justifie pas du caractère professionnel de tels frais. Il n'est pas contesté que les factures en litige vérifiées par l'administration, et répertoriées dans le tableau en annexe 2 de la proposition de rectification comme des " dépenses ne se rattachant pas à l'exploitation normale de la société ", portent essentiellement sur des frais de restauration et d'hôtellerie réalisés durant les week-ends, fréquemment dans les Alpes-Maritimes à proximité du domicile du gérant de la société requérante, qu'elles sont souvent illisibles et ne mentionnent pas toujours les noms des invités. Par ailleurs, s'agissant des factures répertoriées dans le tableau en annexe 3 de la proposition de rectification comme des " dépenses non exposées dans l'intérêt de l'entreprise ", elles correspondent à des déplacements, voyages et réceptions pour lesquels l'administration a considéré qu'il n'était pas établi qu'ils avaient été exposés dans l'intérêt de la société. Pour l'ensemble de ces dépenses, la société IMPTS se borne à faire valoir des considérations générales tirées de leur engagement nécessaire en vue de conclure de nouveaux contrats, et ne produit aucun élément de nature à justifier qu'elles ont été exposées dans l'intérêt de l'entreprise. Par suite, elle n'est pas fondée à remettre en cause la réintégration de ces charges dans le bénéfice de la société.
6. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a réintégré, sur le fondement des dispositions précitées du 1 de l'article 39 du code général des impôts, différentes sommes comptabilisées comme des frais de déplacements respectivement pour les exercices clos en 2014 et 2015 pour des montants de 9 173 euros et 7 746 euros, au motif de l'absence de pièce justificative. Si la société IPMTS produit des factures pour justifier de ces dépenses, celles-ci sont toutes illisibles ou dépourvues de valeur probante compte-tenu des rectifications manuelles opérées, à l'exception de deux factures correspondant à des frais de restaurants pour des montants de 71,50 euros en date du 15 juin 2015 et de 354 euros en date du 26 juin 2015. Toutefois, la société requérante ne justifie pas que ces deux dépenses auraient été engagées dans l'intérêt de la société. Par suite, le moyen tiré de ce que lesdites dépenses auraient été rejetées à tort doit être écarté.
7. Enfin, si la SARL IPMTS demande " à titre subsidiaire " la prise en compte de dépenses de déplacements comptabilisées en 2014 et de dépenses de personnel comptabilisées en 2015, pour un montant total de 36 540 euros alors que ces charges avaient été engagées lors de l'exercice clos le 31 décembre 2013, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a fait droit à cette demande dans sa réponse aux observations du contribuable en date du 16 décembre 2016. Par suite, et alors au surplus que ces charges n'ont pas été engagées durant les exercices en litige, la SARL IPMTS n'est pas fondée à en demander la déduction.
8. En troisième lieu, la société IPMTS ne peut utilement contester le bien-fondé de la taxation dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, des sommes réintégrées dans son bénéfice, en tant que revenus distribués entre les mains de son gérant, M. A.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. () ". Aux termes de l'article 1729 du même code : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a) 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ".
10. En indiquant que, compte tenu de l'importance et de la fréquence de l'inscription de dépenses non justifiées, portées en réduction du résultat imposable de la société, qui caractérisent une pratique consistant à imputer de façon systématique des dépenses personnelles, sans lien avec son activité ou engagées au bénéfice personnel de son gérant, et qui n'a pu être faite qu'en connaissance de cause, l'administration fiscale a suffisamment motivé les pénalités mises à la charge de la société requérante. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit en conséquence être écarté.
11. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que l'application des intérêts de retard et de la majoration prévus par les dispositions précitées des articles 1727 et 1729 du code général des impôts présente un caractère confiscatoire contraire à la Constitution et au droit européen, la société IPMTS n'a pas assorti le moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la société IPMTS n'est pas fondée à obtenir la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2014 et 2015.
Sur les frais liés au litige et les dépens :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme que la société IPMTS demande au titre des frais qu'elle a engagés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du même code, les conclusions présentées à ce titre par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société IPMTS est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société IPMTS et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
M. Viain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARD
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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