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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103149

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103149

mercredi 7 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103149
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation11ème Chambre
Avocat requérantHERDEIRO CARLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2021, M. A B, représenté par Me Herdeiro, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 février 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a rejeté son recours préalable obligatoire contre une décision du 22 octobre 20220 par laquelle elle lui a réclamé un indu de revenu de solidarité active et de prestations familiales d'un montant de 21 934,14 euros pour la période du 1er octobre 2017 au 31 août 2020 ;

2°) d'annuler la lettre du 1er décembre 2020 intitulé " remboursement immédiat de votre dette " par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui rappelle qu'il reste redevable d'une dette de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 320,14 euros au titre de l'année 2019 ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 4 février 2021 est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il démontre sa présence régulière et permanente sur le territoire français entre juillet 2017 et septembre 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine conclut à l'incompétence de la juridiction administrative concernant l'indu d'allocation familiales, à sa mise hors de cause concernant les conclusions relatives à l'indu de revenu de solidarité active et au rejet de la requête.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine conclut à sa mise hors de cause concernant les conclusions relatives à l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année et au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Robert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Bénéficiaire du revenu de solidarité active, M. A B a fait l'objet d'un contrôle à l'issue duquel les services de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine ont estimé que l'intéressé ne résidait plus sur le territoire français de manière régulière et permanente depuis au moins juillet 2017. En conséquence, par une décision du 22 octobre 2020, ladite caisse lui a réclamé la somme de 21 934,14 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active et de prestation familiales pour la période du 1er octobre 2017 au 31 août 2020. Par la présente requête, M. B conteste la décision du 4 février 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre cette décision et la lettre du 1er décembre 2020 intitulé " remboursement immédiat de votre dette " par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui rappelle qu'il reste redevable d'une dette de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 320,14 euros

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative en ce qui concerne l'indu d'allocations familiales :

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales comprennent : (); 2°) les allocations familiales ; () ". En vertu des dispositions de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole ; / () ". L'article L. 142-8 de ce code dispose que : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : / 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 ; / () ".

3. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 142-1 et L. 142-8 du code de la sécurité sociale que le tribunal judiciaire est seul compétent pour connaître en première instance des litiges auxquels donne lieu l'application de la législation de sécurité sociale et qui ne relèvent pas, par leur nature, d'un autre contentieux. Il en est ainsi des contestations relatives aux prestations familiales énumérées à l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale. Dès lors, il n'appartient qu'au tribunal judiciaire spécialement désigné de connaître du recours relatif à l'indu de prestations familiales contesté par la requérante. Par suite, comme le fait valoir la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine, les conclusions présentées par M. B relatives à l'annulation de la décision lui réclamant un indu d'allocations familiales doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur la demande de mise hors de cause de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine :

4. La décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active a été prise par la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine qui assure la gestion de ces prestations, par délégation, pour le compte du département, lequel en assure le financement. Il s'ensuit que le président du conseil départemental a seul qualité, en l'absence de stipulation contraire de la convention de gestion prévue par l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, pour défendre devant le tribunal administratif sur les demandes tendant à l'annulation des décisions des organismes payeurs en matière de revenu de solidarité active. Il y a lieu, dès lors, de mettre hors de cause la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine s'agissant de cet indu.

Sur la demande de mise hors de cause du département des Hauts-de-Seine :

5. Aux termes de l'article R. 134-2 du code de l'action sociale et des familles, créé par le décret n° 2020-1073 du 18 août 2020, entré en vigueur le 21 août 2020 : " Les directeurs des organismes de sécurité sociale représentent l'État devant le tribunal administratif dans les litiges relatifs aux décisions qu'ils prennent pour son compte concernant les prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale en application du présent code. ". Il résulte de l'article 4 de ce décret que les dispositions de ce décret sont applicables aux instances en cours. Par ailleurs, aux termes de l'article 5 du décret du 28 décembre 2016 : " Les aides exceptionnelles régies par le présent décret sont à la charge de l'État. Elles sont versées par les organismes débiteurs des prestations mentionnées aux articles 1er et 3. ". Ainsi, il y a lieu de mettre hors de cause le département des Hauts-de-Seine s'agissant des conclusions relatives à l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année.

Sur le bien-fondé des indus :

6. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. En premier lieu, si M. B soutient que la décision du 4 février 2021 est insuffisamment motivée, il résulte de l'instruction qu'elle mentionne les motifs pour lesquels son recours administratif à l'encontre de la décision de 22 octobre 2020 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active et de prestations familiales a été rejeté, à savoir que les éléments qu'il a apporté ne remettent pas en cause les conclusions de l'enquête effectuée par la caisse d'allocations familiales et que ses relevés de compte démontrent une présence en Italie. Sur ce point, la décision précitée du 22 octobre 2020, dont le requérant avait nécessairement connaissance, précise que les indus litigieux sont dus au fait que l'intéressé, son épouse et leurs trois enfants ne résident plus sur le territoire français depuis au moins juillet 2017 et que le centre d'intérêt de la famille se situe en Italie depuis cette date. Par suite, M. B a été mis à même de comprendre les motifs de la décision attaqué et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, d'une part, l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 du même code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".

10. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

11. En l'espèce, l'indu en litige, qui couvre la période allant du 1er octobre 2017 au 31 août 2020, a été mis à la charge de M. B au motif que l'intéressé ne résidait plus de manière régulière et permanente en France. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'enquête du 13 octobre 2020 rédigé par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine, que l'intéressé ne s'est pas présenté aux convocations de la caisse, que ses relevés de compte ne font apparaitre aucun retrait ou paiement effectué sur le territoire français entre juillet 2017 et mai 2019, puis depuis septembre 2019, qu'ils révèlent à l'inverse des retraits et paiements réguliers en Italie depuis juillet 2017, que ses enfants ne sont pas scolarisés dans un établissement de la commune de Bagneux où la famille déclare être hébergée, que les quatre déclarations trimestrielles antérieures à mars 2020 ont été établies informatiquement par le biais d'une adresse IP basée en Italie, qu'aucune demande de remboursement de soin n'a été formulée auprès de la CNAM pour Mme B et les enfants du couple depuis 2018, qu'une seule demande de remboursement de soin a été formulée pour le requérant à la suite d'un examen médical réalisé le 28 juillet 2020. En outre, le requérant ne produit aucune pièce qui démontrerait la présence de son épouse et de leurs trois enfants en France pendant la période précitée. Ainsi, s'il justifie avoir candidaté en ligne à de nombreuses offres pour des emplois en région parisienne entre 2017 et 2020, il démontre sa présence à un unique entretien de recrutement ayant eu lieu le 20 février 2019. Dans ces conditions, l'attestation d'hébergement chez son frère et la facture de téléphonie mobile d'août 2020 ne sauraient, à elles-seules, démontrer une résidence sur le territoire français entre le 1er octobre 2017 et 31 août 2020. Par suite, en estimant que M. B ne justifiait pas résider en France de manière stable et effective pour la période en litige, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine n'a commis ni erreur de fait, ni erreur manifeste d'appréciation. Elle a ainsi pu lui réclamer à bon droit l'indu de revenu de solidarité active contesté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 du décret n°2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. Une seule aide est due par foyer. ".

13. En égard à ce qui a été dit au point 11 ci-dessus, le requérant n'ayant pas droit au bénéfice du revenu de solidarité active au titre du mois de novembre 2019 ou de décembre 2019, il n'est pas fondé, en tout état de cause, à contester un courrier lui rappelant qu'il est redevable d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2019.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine est mise hors de cause s'agissant des conclusions relatives à l'indu de revenu de solidarité active.

Article 3 : Le département des Hauts-de-Seine est mis hors de cause s'agissant des conclusions relatives à l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, et au département des Hauts de-Seine.

Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

D. Robert

Le président,

signé

T. Bertoncini

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, et au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui les concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

.

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