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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103269

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103269

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103269
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL DES DEUX PALAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2021, la société civile immobilière Boréal, représentée par Me Faugeras Caron, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 19 907,60 euros en réparation des préjudices subis à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupante d'un local commercial sis 117 avenue d'Argenteuil à Asnières-sur-Seine ;

2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 15 octobre 2020, date à laquelle l'administration a réceptionné sa demande indemnitaire préalable et de leur capitalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupante du local commercial sis 117 avenue d'Argenteuil à Asnières-sur-Seine ;

- les préjudices subis s'élèvent à une somme de 19 907,60 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues durant la période allant du 11 août 2019 au 8 mars 2021, ainsi qu'aux honoraires et frais d'huissiers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut d'une part, à la limitation de l'indemnisation demandée par la société requérante à hauteur de 17 645,59 euros, d'autre part, à la subrogation de l'Etat dans les droits de la société requérante, enfin, au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir que la période de responsabilité de l'Etat s'étend sur la période allant du 13 août 2019 au 8 mars 2021, date d'arrêt des comptes par la société requérante.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure,

- et les observations de Me Dumon, substituant Me Faugeras Caron, représentant la SCI Boréal.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière Boréal demande la condamnation de l'Etat à lui réparer les préjudices financiers résultant du refus de concours de la force publique pour l'exécution d'une ordonnance du tribunal de grande instance de Nanterre du 16 avril 2019, autorisant l'expulsion de la société occupant le local commercial sis 117 avenue d'Argenteuil à Asnières-sur-Seine.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".

3. Il résulte de l'instruction que le commandement de quitter les lieux a été signifié à l'occupant des lieux le 15 mai 2019. Par ailleurs, la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services a requis du préfet des Hauts-de-Seine le concours de la force publique le 11 juin 2019 (demande enregistrée le 12 juin 2019). Le préfet disposait donc d'un délai de deux mois pour se prononcer, soit jusqu'au 12 août 2019. Le refus implicite du préfet des Hauts-de-Seine engage donc la responsabilité de l'Etat à partir du 13 août 2019.

4. Il y a ainsi lieu de tenir l'Etat responsable de l'inexécution de l'ordonnance d'expulsion précitée entre le 13 août 2019 et le 8 mars 2021, date à laquelle la société requérante a arrêté les comptes.

En ce qui concerne les préjudices allégués :

5. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.

6. Il résulte des décomptes et pièces produits par les parties que sur la période de responsabilité de l'Etat énoncée au point 4 du présent jugement, le montant total de la dette locative dont était redevable l'occupant s'élevait à la somme de 18 655,37 euros, calculée sur la base d'une indemnité d'occupation mensuelle de 995,38 euros sur une période de cinq cent soixante-treize jours. Il y a donc lieu de fixer à la somme de 18 655,37 euros, l'indemnité due par l'Etat à la société civile immobilière Boréal en réparation de son préjudice locatif.

7. En second lieu, la société requérante demande une indemnité de 257,61 euros correspondant aux honoraires versés au commissaire de justice pour effectuer les itératives réquisitions des 3 octobre 2019, 22 janvier 2020 et 6 août 2020. Il résulte de l'instruction que les diligences de celui-ci, retranscrites sur les factures produites à l'instance par la société requérante, sont imputables au refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique. Il s'ensuit qu'il y a lieu de faire une exacte appréciation de l'indemnité due par l'Etat, à ce titre, en fixant son montant à une somme de 257,61 euros.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à la somme de 18 912,98 euros, l'indemnité due par l'Etat à la société civile immobilière Boréal en réparation des préjudices subis, résultant du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique, sur la période du 13 août 2019 au 8 mars 2021.

Sur la subrogation :

9. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'Etat dans les droits que détiendrait la société civile immobilière Boréal à l'encontre de l'occupante du local commercial en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'Etat, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.

Sur les intérêts :

10. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. Il résulte de l'instruction que la demande de la société civile immobilière Boréal a été reçue par l'administration le 15 octobre 2020. La société requérante a donc droit aux intérêts des loyers échus avant la date du 15 octobre 2020 ainsi qu'aux intérêts correspondant à l'indemnité en capital citée au point 8 du présent jugement, à compter du 15 octobre 2020.

Sur la capitalisation des intérêts :

11. L'article 1343-2 du code civil, dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

12. En l'espèce, la capitalisation des intérêts ayant été demandée pour la première fois le 8 mars 2021, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 15 octobre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens que la civile immobilière Boréal a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société civile immobilière Boréal la somme de 18 912,98 euros avec intérêt au taux légal à compter du 15 octobre 2020, date à laquelle la demande préalable indemnitaire préalable a été réceptionnée par l'administration. Les intérêts échus à la date du 15 octobre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.

Article 2 :Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de la SCI Boréal à l'encontre de l'occupante du local commercial en cause durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.

Article 3 : L'Etat versera à la SCI Boréal une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Boréal et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin La présidente,

signé

S. Edert

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21032692

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