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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103410

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103410

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103410
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHALIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2021, la société anonyme d'habitat à loyer modéré (SAHLM) immobilière 3F, représentée par Me Halimi, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 266,71 euros en réparation des préjudices subis à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupante d'un logement sis 6 rue Gaston Appert à Villeneuve-la-Garenne, ainsi qu'une somme de 500 euros par mois de retard pris par le préfet des Hauts-de-Seine pour lui accorder ce concours à compter du 1er février 2017 ;

2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la réception par l'administration de sa demande indemnitaire préalable ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens ;

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupante du logement sis 6 rue Gaston Appert à Villeneuve-la-Garenne ;

- les préjudices subis s'élèvent à 10 266,71 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues durant la période allant du 1er février 2018 au 31 décembre 2019 ainsi qu'à 500 euros par mois de retard pris par le préfet des Hauts-de-Seine pour lui accorder le concours de la force publique, et ce, à compter du 1er avril 2017.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut d'une part, à la limitation de l'indemnisation demandée par la société requérante à hauteur de 6 299,18 euros, d'autre part, à la subrogation de l'Etat dans les droits de la société requérante, enfin au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir que :

- deux protocoles transactionnels ont été signés par la société requérante de sorte que par deux arrêtés des 6 décembre 2017 et 6 août 2018, cette dernière s'est vue verser les sommes respectives de 3 051,74 euros et de 2 824,76 euros correspondant à la période de responsabilité allant du 1er avril 2017 au 31 janvier 2018 ;

- l'indemnisation de la société requérante est due pour la période de responsabilité de l'Etat allant du 1er février 2018 au 31 décembre 2019, date d'arrêt des comptes ;

- la société requérante ne justifie pas du préjudice de 500 euros par mois qu'elle invoque ni des frais non compris dans les dépens ainsi que les entiers dépens.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme d'habitat à loyer modéré (SAHLM) immobilière 3F demande la condamnation de l'Etat à lui réparer le préjudice financier résultant du refus de concours de la force publique pour l'exécution d'une ordonnance du tribunal d'instance d'Asnières du 6 juin 2016, autorisant l'expulsion des occupants d'un logement à usage d'habitation sis 6 rue Gaston Appert à Villeneuve-la-Garenne.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".

3. En vertu de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. En l'espèce, l'autorité judiciaire n'a pas, dans son ordonnance du juge des référés du 6 juin 2016 du tribunal d'instance d'Asnières, privé les occupants du bénéfice de l'application des dispositions de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles.

4. Si ces dispositions exigent des autorités de police qu'elles sursoient, au cours de la période dite de "trêve hivernale", à prêter le concours de la force publique en vue de l'expulsion d'un occupant sans titre ordonnée par l'autorité judiciaire, elles ne font pas obstacle à ce que l'administration soit valablement saisie pendant cette même période d'une demande de concours de la force publique dont le rejet est susceptible d'engager la responsabilité de l'État. Une demande de concours de la force publique formulée pendant cette période fait ainsi courir le délai à l'issue duquel, en l'absence de réponse, naît une décision implicite de refus de nature à engager la responsabilité de l'État. Cependant, un refus de concours intervenant pendant la trêve hivernale n'engage la responsabilité de l'État, au plus tôt, qu'à compter de la fin de celle-ci.

5. Il résulte de l'instruction que le commandement de quitter les lieux a été signifié à l'occupant des lieux le 31 août 2016 et reçu en préfecture le 5 septembre 2016. Par ailleurs, la société anonyme d'habitat à loyer modéré immobilière 3F a requis du préfet des Hauts-de-Seine le concours de la force publique le 16 novembre 2016. Le préfet disposait donc d'un délai de deux mois pour se prononcer, soit jusqu'au 16 janvier 2017. Toutefois, le refus implicite du préfet des Hauts-de-Seine intervenant pendant la période de trêve hivernale, ne peut, en application des dispositions précitées, engager la responsabilité de l'Etat qu'à la fin de celle-ci, soit à partir du 1er avril 2017.

6. Toutefois, il résulte des articles 6, 2044 et 2052 du code civil que l'administration peut, ainsi que le rappelle désormais l'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration, afin de prévenir ou d'éteindre un litige, légalement conclure avec un particulier un protocole transactionnel, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public. A cet égard, il résulte de l'instruction et notamment des termes des arrêtés du 6 décembre 2017 et du 6 août 2018, qu'en vertu de deux protocoles transactionnels, la société requérante a accepté une indemnisation totale de 5 876,50 euros pour la période couvrant le 1er avril 2017 au 31 janvier 2018 et a renoncé à toutes actions et prétentions concernant les préjudices subis sur cette période en raison du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui octroyer le concours de la force publique.

7. Il y a ainsi lieu de tenir l'Etat responsable de l'inexécution de l'ordonnance du juge des référés citée au point 1 du présent jugement, entre le 1er février 2018 jusqu'au 31 décembre 2019, date à laquelle la société requérante a arrêté les comptes.

En ce qui concerne les préjudices allégués :

8. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.

9. En premier lieu, il résulte des décomptes et des pièces produits par la société requérante que, sur la période de responsabilité de l'Etat le montant total de la dette locative dont était redevable l'occupant s'élevait à la somme de 10 288,73 euros desquels il convient de déduire, la somme de 3 987,66 euros correspondant aux versements aux bailleurs de l'allocation logement sur cette période, faute pour la société requérante d'avoir clairement manifesté sa volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période. Il y a donc lieu de fixer à la somme de 6 299,18 euros, l'indemnité due par l'Etat à la société anonyme d'habitat à loyers modérés immobilière 3F en réparation de son préjudice locatif.

10. En second lieu, la société requérante demande que l'Etat lui verse une indemnité complémentaire de 500 euros par mois de retard pris par le préfet des Hauts-de-Seine à lui octroyer le concours de la force publique, et ce à compter du 1er avril 2017. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante aurait subi un préjudice distinct de celui cité au point 9 du présent jugement. Par suite, il y a lieu d'écarter la demande d'indemnisation à ce titre, de la société requérante.

11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à la somme de 6 299,18 euros, l'indemnité due par l'Etat à la société anonyme d'habitat à loyer modéré immobilière 3F en réparation du préjudice locatif cité au point 9 du présent jugement, résultant du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique, sur la période du 1er février 2018 au 31 décembre 2019.

Sur la subrogation :

12. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'Etat dans les droits que détiendrait la société anonyme d'habitat à loyer modéré immobilière 3F à l'encontre de l'occupant du local en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'Etat, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.

Sur les intérêts :

13. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. Il résulte de l'instruction que la demande de la société anonyme d'habitat à loyer modéré immobilière 3F a été reçue par l'administration le 16 juillet 2019. La société requérante a donc droit aux intérêts des loyers échus avant la date du 16 juillet 2019.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens que la société anonyme d'habitat à loyer modéré immobilière 3F a exposés. En revanche, la société requérante ne justifie pas avoir exposé des frais compris dans les dépens et les conclusions tendant à ce que de tels frais soient mis à la charge de l'Etat doivent ainsi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société anonyme d'habitat à loyer modéré immobilière 3F la somme de 6 299,18 euros avec intérêt au taux légal à compter du 16 juillet 2019, date à laquelle la demande indemnitaire préalable a été réceptionnée par l'administration.

Article 2 :Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de la société anonyme d'habitat à loyer modéré immobilière 3F à l'encontre de l'occupant du bien en cause durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.

Article 3 : L'Etat versera à la société anonyme d'habitat à loyer modéré immobilière 3F une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à la société anonyme d'habitat à loyer modéré immobilière 3F et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin La présidente,

signé

S. Edert

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21034102

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