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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103629

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103629

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103629
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBOILEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 mars 2021, le 24 juin 2022 et le 3 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Serrano-Bentchich, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier Victor Dupouy d'Argenteuil à lui verser la somme de 11 600 euros en réparation des préjudices résultant de la perte des bijoux de son épouse décédée ;

2°) de mettre à la charge de centre hospitalier Victor Dupouy une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les bijoux de son épouse, aujourd'hui décédée, ont été perdus lors de son séjour au centre hospitalier Victor Dupouy en raison de fautes commises par cet établissement de nature à engager sa responsabilité ;

- le centre hospitalier Victor Dupouy doit être condamné à lui verser la somme 10 100 euros en réparation de son préjudice matériel et 1 500 euros en réparation de son préjudice moral subis en raison de cette perte.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 novembre 2021 et le 5 septembre 2022, le centre hospitalier Victor Dupouy, représenté par Me Boileau, conclut à ce que le montant d'indemnisation mis à sa charge soit limité à la somme de 2 675,44 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- la perte des bijoux en son sein n'est pas contesté ;

- M. A n'établit pas l'ampleur du préjudice dont il se prévaut.

Par ordonnance du 3 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure ;

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Zerna, substituant Me Serrano-Bentchich, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. L'épouse de M. B A a été prise en charge par le service d'accueil des urgences du centre hospitalier Victor Dupouy à Argenteuil le 23 mai 2020 puis est décédée. M. A a demandé au centre hospitalier Victor Dupouy de lui restituer les bijoux de son épouse, qui l'a informé que ces bijoux n'avaient pas pu être retrouvés. Par un courrier du 13 novembre 2020, M. A a demandé au centre hospitalier Victor Dupouy de l'indemniser des préjudices subis du fait de cette perte. Cette demande est restée sans réponse. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Victor Dupouy à lui verser la somme de 11 600 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier Victor Dupouy :

2. Aux termes de l'article L. 1113-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Les établissements de santé, ainsi que les établissements sociaux ou médico-sociaux hébergeant des personnes âgées ou des adultes handicapés, sont, qu'ils soient publics ou privés, responsables de plein droit du vol, de la perte ou de la détérioration des objets déposés entre les mains des préposés commis à cet effet ou d'un comptable public, par les personnes qui y sont admises ou hébergées. () ". Par ailleurs, l'article R. 1113-4 du même code dispose que : " Le dépositaire remet au déposant un reçu contenant l'inventaire contradictoire et la désignation des objets déposés et, le cas échéant, conservés par lui conformément à l'article R. 1113-3. () ".

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la défunte épouse de M. A avait déposé à l'hôpital, le 23 mai 2020, plusieurs objets de valeur ayant fait l'objet d'un inventaire du même jour listant deux alliances, une bague argentée, un bracelet, un collier, une paire de boucles d'oreille et une prothèse dentaire. Un second inventaire du 30 mai 2020 lors d'un transfert liste une prothèse et un troisième inventaire daté du 31 mai 2020 établi par le service de médecine polyvalent, liste les mêmes bijoux, à l'exception du collier, en précisant que les boucles d'oreilles sont " dorées ". Le centre hospitalier Victor Dupouy ne conteste pas que les bijoux de la défunte, tels que listés par le premier inventaire complet du 23 mai 2020, ont été égarés en son sein, ce qui est de nature à engager sa responsabilité en application des dispositions précitées de l'article L. 1113-1 du code de la santé publique.

En ce qui concerne l'évaluation du préjudice matériel de M. A :

4. Il résulte de l'instruction et notamment des factures versées à l'instance par M. A que l'une des alliances achetée le 17 novembre 1986 au prix de 7 920 francs français (facture du centre commercial Carrefour Bords de Seine) peut être valorisée, à la date du présent jugement, en application d'un convertisseur de l'INSEE, à la somme de 2 387 euros. Il résulte en outre de l'instruction qu'ont été acquis le 6 septembre 2012 une bague argentée et un bracelet en or blanc pour les sommes respectives de 99 euros et 149 euros (facture Histoire d'Or n°95091200007080) et un collier en or blanc avec pavage de diamants pour un montant de 299 euros (facture Histoire d'Or n°95091200007081). Ces bijoux peuvent être valorisés à hauteur de ces montants.

5. Si M. A soutient également que les boucles d'oreille de la requérante égarées par le centre hospitalier Victor Dupouy sont celles mentionnées sur une facture du 17 novembre 1986, il ne l'établit pas dès lors que l'inventaire du 31 mai 2020 indique que celles-ci sont dorées, tandis que celles figurant sur ladite facture sont en or gris. Par suite, M. A, n'établit pas la valeur des boucles d'oreille dorées de la défunte inventoriées par le centre hospitalier Victor Dupouy en dépit d'une mesure d'instruction en ce sens. Par ailleurs, M. A ne produit aucun élément permettant d'établir la valeur de la deuxième alliance perdue listée à l'inventaire en dépit également d'une mesure d'instruction en ce sens.

6. Il résulte de ce qui précède que le préjudice matériel de M. A doit être fixé à la somme de 2 934 euros.

En ce qui concerne l'évaluation du préjudice moral de M. A :

7. M. A se prévaut d'un préjudice moral en raison de la perte de bijoux appartenant à sa femme, décédée, et notamment celle de son alliance. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 2 500 euros.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier Victor Dupouy doit être condamné à verser la somme totale de 5 434 euros à M. A.

Sur les frais liés au litige

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Victor Dupouy la somme de 1 500 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : Le centre hospitalier Victor Dupouy versera à M. A la somme de 5 434 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier Victor Dupouy versera à M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier Victor Dupouy.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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