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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103633

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103633

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103633
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2103633 :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 15 mars et 22 juin 2021, 24 juin et 23 août 2022, et un mémoire récapitulatif enregistré le 16 mars 2023, la SAS RENOVABAT, représentée par Me Bertacchi, avocat, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée, au titre du mois de novembre 2020, pour un montant de 1 044 522 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS RENOVABAT soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- c'est à tort qu'elle a soumis à la taxe sur la valeur ajoutée les ventes de matériaux facturées à ses clients, dès lors que ces ventes, non détachables des prestations d'installation, étaient soumises au régime d'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée ;

- elle est fondée à demander le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée, facturée à tort, qu'elle a acquittée, dès lors qu'elle justifie, par la production de factures rectificatives, avoir éliminé tout risque de perte fiscale pour le Trésor ;

- elle n'est pas prescrite à demander le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée facturée à tort à la société Priorité Energie, le 22 août 2017, dès lors que l'encaissement des sommes correspondantes a eu lieu entre février et juin 2018 ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 août et 17 novembre 2021, et les 2 février et 22 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer à hauteur de la somme de 179 372 euros, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que :

- elle a procédé à des dégrèvements, en cours d'instance, à hauteur d'une somme de 179 332 euros ;

- les moyens invoqués par la SAS RENOVABAT ne sont pas fondés.

II - Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2107017 :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 mai, 22 juin et 24 décembre 2021, et les 24 juin et 25 juillet 2022, et un mémoire récapitulatif enregistré le 20 octobre 2022, la SAS RENOVABAT, représentée par Me Bertacchi, avocat, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la restitution de la taxe sur la valeur ajoutée collectée à tort pour la période du 1er décembre 2017 au 30 novembre 2020, à hauteur d'une somme de 814 847 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS RENOVABAT soutient que :

- elle justifie exercer son activité au titre de contrats de sous-traitance, de sorte que les prestations de fourniture et installation qu'elle réalisait, qui constituent des opérations uniques, étaient bien soumises dans leur ensemble, au régime d'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée ;

- elle est fondée à demander le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée, facturée à tort, qu'elle a acquittée, dès lors qu'elle justifie, par la production de factures rectificatives, avoir éliminé tout risque de perte fiscale pour le Trésor ;

- elle n'est pas prescrite à demander le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée facturée à tort à la société Priorité Energie, le 22 août 2017, dès lors que l'encaissement des sommes correspondantes a eu lieu entre février et juin 2018.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 novembre 2021, 2 février et 21 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer à hauteur de la somme de 533 229 euros, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que :

- elle a procédé à des dégrèvements, en cours d'instance, à hauteur d'une somme de 533 225 euros ;

- les moyens invoqués par la SAS RENOVABAT ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS RENOVABAT qui a pour activité l'installation et la vente de systèmes de chauffage, ainsi que de tous types d'isolants thermiques, a réalisé pour le compte de ses clients des prestations de vente et d'installation de matériaux isolants. Dans le cadre de ces opérations, la société requérante a facturé à ses clients de la taxe sur la valeur ajoutée, à un taux de 20 %, grevant le produit des ventes de matériaux. Toutefois, par une proposition de rectification du 4 juin 2021, l'administration fiscale a informé la SAS Premium Energy, cliente de la SAS RENOVABAT, que c'était à tort qu'elle avait procédé à la déduction, sur ses déclarations mensuelles, de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle avait acquittée auprès de la requérante, dès lors que les prestations de fourniture et d'installation d'isolants étant indissociables, elles étaient soumises dans leur ensemble au régime d'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée. Estimant avoir facturé à tort de la taxe sur la valeur ajoutée à ses clients, et avoir ainsi indûment déclaré de la taxe sur la valeur ajoutée collectée au Trésor, sur la période du 1er décembre 2017 au 30 novembre 2020, à hauteur d'une somme de 1 860 429 euros, la SAS RENOVABAT a par un courrier du 15 décembre 2020 demandé, d'une part, sur le fondement de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, la restitution de la taxe indûment acquittée sur cette période à hauteur d'une somme de 814 847 euros, et, d'autre part, sur le fondement de l'article 242-0 A de l'annexe II au code général des impôts, le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 1 044 522 euros. Par des décisions des 18 janvier 2021 et 30 mars 2021, l'administration fiscale a rejeté la demande de remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée, et partiellement fait droit à la demande de restitution de taxe sur la valeur ajoutée. Par ces requêtes, enregistrées sous les n°s 2103633 et 2107017, la SAS RENOVABAT demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée, au titre du mois de novembre 2020, pour un montant de 1 044 522 euros, et de prononcer la restitution de la taxe sur la valeur ajoutée collectée à tort pour la période du 1er décembre 2017 au 30 novembre 2020, à hauteur d'une somme de 814 847 euros.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2103633 et 2107017 concernent le même contribuable, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

En ce qui concerne l'affaire enregistrée sous le n° 2103633 :

3. Par une décision en date du 1er février 2022, postérieure à l'enregistrement de la requête, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise a prononcé le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont se prévaut la SAS RENOVABAT, à hauteur d'une somme de 179 372 euros. La requête de la SAS RENOVABAT est, dans cette mesure, devenue sans objet.

En ce qui concerne l'affaire enregistrée sous le n° 2107017 :

4. Par des décisions en date des 4 août 2021 et 28 janvier 2022, postérieure à l'enregistrement de la requête, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise a prononcé la restitution de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par la SAS RENOVABAT à hauteur des sommes de 106 552, 189 371 et 237 306 euros. La requête de la SAS RENOVABAT est, dans cette mesure, devenue sans objet.

5. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a, le 30 mars 2021, avant l'enregistrement de la requête, par sa décision d'acceptation partielle de la réclamation préalable formée par la SAS RENOVABAT, prononcé la restitution de la somme de 249 408 euros. Par suite, la SAS RENOVABAT n'est pas recevable à demander la restitution de cette somme.

Sur les conclusions aux fins de remboursement et de restitution de la taxe sur la valeur ajoutée :

6. Aux termes du 3. de l'article 283 du code général des impôts : " Toute personne qui mentionne la taxe sur la valeur ajoutée sur une facture ou tout autre document en tenant lieu est redevable de la taxe du seul fait de sa facturation. ". Toutefois, ainsi que l'a jugé la Cour de justice des Communautés européennes dans son arrêt du 13 décembre 1989 Genius Holding BV (C-342/87), le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée implique qu'une taxe indûment facturée puisse être régularisée, sans que cette régularisation ne dépende d'un pouvoir d'appréciation discrétionnaire de l'administration fiscale. La Cour a également dit pour droit, notamment dans son arrêt du 18 juin 2009 Staatssecretaris van Financiën c/ Stadeco BV (C-566/07), que les mesures que les États membres ont la faculté d'adopter afin d'assurer l'exacte perception de la taxe et d'éviter la fraude ne doivent pas aller au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre de tels objectifs et qu'elles ne peuvent être utilisées de manière telle qu'elles remettraient en cause la neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée, laquelle constitue un principe fondamental du système de cette taxe. Ce principe ne s'oppose toutefois pas à ce qu'un État membre subordonne la correction de la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée par erreur sur une facture à la condition que l'émetteur de la facture initiale ait envoyé à son destinataire une facture rectifiée ne mentionnant pas la taxe sur la valeur ajoutée si cet émetteur n'a pas éliminé complètement, en temps utile, le risque de perte de recettes fiscales.

7. Si la SAS RENOVABAT demande le remboursement ou la restitution de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a facturée à tort à ses clients, et indûment versée au Trésor pour la période du 1er décembre 2017 au 31 novembre 2020, dès lors que les prestations ayant fait l'objet des facturations relevaient du régime d'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée prévu au 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts, elle ne justifie pas, par la seule production des factures adressées à ses clients et de ses déclarations mensuelles de taxe sur la valeur ajoutée sur la période en litige, avoir effectivement reversé au Trésor la taxe sur la valeur ajoutée indûment collectée auprès de ses clients. Au surplus, la société requérante n'établit ni avoir effectivement adressé les factures rectificatives qu'elle produit à ses clientes, ni avoir éliminé en temps utile tout risque de pertes fiscales, ces factures ayant été établies plus de deux ans après les factures initiales. Par suite, la SAS RENOVABAT n'est pas fondée à demander le remboursement ou la restitution de la taxe sur la valeur ajoutée indûment collectée qu'elle aurait reversé au Trésor pour la période du 1er décembre 2017 au 31 novembre 2020.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de restitution et de remboursement présentées par la SAS RENOVABAT doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les requêtes de la SAS RENOVABAT à hauteur des dégrèvements mentionnés aux points 3 et 4 du présent jugement.

Article 2 : Les surplus des conclusions des requêtes de la SAS RENOVABAT sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS RENOVABAT et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2107017

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