jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2103682 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ARENTS-TRENNEC |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mars 2021 et 1er juillet 2021 sous le n° 2103682, et une pièce complémentaire, enregistrée le 22 mai 2023, la société Efem, représentée par Me Trennec, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de
36 500 euros et la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 6 618 euros ;
2°) de la décharger du paiement de la somme totale de 41 118 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de compétence ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter des observations écrites ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2020 par le jugement n° 2010680 du 7 avril 2023 du tribunal de Cergy-Pontoise ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que M. D est de nationalité bulgare ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 626-1 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que MM. D et B C ont présenté des titres d'identité de pays européens dont le caractère frauduleux n'était pas manifeste et dont la société a pu de bonne foi tenir compte.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 2 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2023.
II. Par une requête enregistrée le 12 novembre 2021 sous le n° 2114649, la société Efem, représentée par Me Trennec, demande au tribunal :
1°) d'annuler les titres de perception du 16 février 2021 par lesquels l'État a mis à sa charge les sommes de 36 500 euros et de 4 618 euros, correspondant à l'application, respectivement, de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et de la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) de la décharger du paiement de la somme de 41 118 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les décisions sont illégales en raison de l'illégalité de la décision du 3 février 2021 par laquelle l'OFII l'a sanctionnée, qui est entachée de plusieurs illégalités externes et internes, visées sous la requête n° 2103682.
Ni, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, ni l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ni la direction départementale des finances publiques de l'Essonne, à qui la requête a été communiquée, n'ont produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 2 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code pénal ;
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure ;
- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'un contrôle par les services de police le 28 septembre 2020 sur un chantier à Ermont, dans le Val-d'Oise, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, au vu du procès-verbal établi lors de cette opération de contrôle établissant l'emploi de deux ressortissants étrangers, dépourvus de titre de séjour les autorisant à travailler en France, avisé la société Efem, par lettre du 10 décembre 2020, qu'indépendamment des poursuites pénales susceptibles d'être engagées, il envisageait de la rendre redevable de la contribution spéciale, sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail et de la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 3 février 2021, l'OFII a mis à la charge de cette société la somme totale de 41 118 euros au titre de ces deux contributions. Le 16 février 2021, deux titres de perception ont été émis par la direction départementale des finances publiques du Val-d'Oise visant à la récupération de cette somme, à l'encontre desquelles la société Efem a formé un recours gracieux, enregistré le 9 avril 2021 et qui a fait l'objet d'un rejet implicite de l'ordonnateur. Par les deux requêtes, la société Efem demande l'annulation de la décision du 3 février 2021 ainsi que celle des titres exécutoires et sollicite également la décharge des sommes ainsi mises à sa charge.
2. Les requêtes dans les instances enregistrées sous les numéros 2103682 et 2114649 ont été introduites par la même société requérante et présentent à juger des questions communes, qui ont fait l'objet d'une même instruction. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions d'annulation et de décharge de la requête n° 2103682 :
3. En premier lieu, par une décision du 19 décembre 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur le même jour, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation à Mme F A, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général de l'OFII pour signer, notamment, les décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 8253-3 du code du travail: " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ". Enfin, l'article R. 8253-4 de ce code dispose : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1, la liquide et émet le titre de perception correspondant ".
5. Il résulte de l'instruction qu'en réponse à la lettre de l'OFII du 10 décembre 2020 l'invitant à présenter ses observations, la société Efem a présenté des observations écrites par un courrier du 23 décembre 2020, préalablement à l'intervention de la décision attaquée. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'un vice de procédure.
6. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.
7. Si la requérante se prévaut de l'illégalité de l'arrêté du 6 octobre 2020 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a sanctionné d'un arrêt d'activité d'une durée de 30 jours, arrêté annulé par une décision n° 2010680 du 7 avril 2023 de la présente juridiction, la décision de l'OFII n'a pas été prise pour l'application de cet arrêté, qui ne constitue pas davantage sa base légale. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cet arrêté à l'appui de son recours contre la décision ayant mis à sa charge les contributions spéciales et forfaitaires.
8. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que les deux salariés en cause sont de nationalité turque. Par suite, la société n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur de fait quant à leur nationalité.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine.
10. D'une part, il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 4 ou en décharger l'employeur.
11. D'autre part, il résulte de ces dispositions que les contributions qu'elles prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque tout à la fois, d'une part, et sauf à ce que le salarié ait justifié avoir la nationalité française, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. De même, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un État pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
12. Il résulte de l'instruction que M. C B, ressortissant turc, a été recruté par la société Efem sur présentation d'une fausse carte d'identité roumaine sous le nom G. De même, il résulte de l'instruction que M. D, également ressortissant turc, a été recruté sur présentation d'une fausse carte d'identité bulgare portant toutefois son véritable patronyme. Si la société fait valoir avoir été diligente lors du recrutement de ces deux salariés en exigeant l'original de leurs pièces d'identité qui attestaient de leur qualité de ressortissants européens, il résulte de l'instruction que la société ne comptait, à la date du contrôle que cinq salariés et que le gérant de cette société, lui-même de nationalité turque, procédait directement au recrutement des salariés. Il résulte en outre de cette même instruction que le gérant de la société requérante a lui-même indiqué aux services de police qu'il parlait turc avec M. B, dont il soutient à l'instance qu'il était de nationalité roumaine. De plus, M. D a indiqué lors de son audition par les services de police avoir été recruté par un autre salariésde la société Efem, issu de la même ville que lui en Turquie et qui avait pleinement connaissance de sa situation administrative. Il résulte en outre des déclarations des deux salariés aux services de police que ces derniers ont indiqué qu'ils n'avaient pas signé de contrats de travail et qu'il ne leur était pas remis de fiches de paie, affirmation que la production tardive par la société requérante de contrats de travail signés des salariés ne permet pas de remettre en cause. L'ensemble de ces éléments suffit à établir que l'employeur avait pleinement connaissance que les salariés qu'il entendait embaucher ne disposaient pas de la qualité de ressortissant européen et était donc en mesure de déceler que les titres d'identité qui lui avaient été présentés revêtaient un caractère frauduleux. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne pourra qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête n° 2103682 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions présentées à fin de décharge.
Sur les conclusions d'annulation et de décharge de la requête n° 2114649 :
14. Il résulte de ce qui a été dit au point 13 que la décision du 3 février 2021 du directeur général de l'OFII n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des titres de perceptions contestées en raison de l'illégalité de la sanction qui les fonde. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation et de décharge présentées dans la requête n° 2114649.
Sur les frais liés aux litiges :
15. Il n'y a pas lieu de mettre ni à la charge de l'OFII, ni à la charge de l'État, qui ne sont les parties perdantes dans aucune des instances, les sommes réclamées par la société Efem sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Les requêtes n° 2103682 et 2114649 de la société Efem sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Efem, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
Mme Monteagle et M. E, premiers conseillers,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
M. MonteagleLa présidente,
signé
C. Van Muylder
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2103682 et 2114649
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026