jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2103724 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre |
| Avocat requérant | CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2021, M. A C B, représenté par Me Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 17 janvier 2021, par laquelle le ministre de l'Éducation nationale a rejeté sa demande indemnitaire ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 31 376,88 euros en réparation des préjudices qu'il a subis en raison de la dégradation de ses conditions de travail et de l'illégalité de son licenciement pour insuffisance professionnelle, avec intérêts de droit à compter de la date de sa demande indemnitaire préalable ;
3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
M. C B soutient que :
- la responsabilité de l'État est engagée en raison de la dégradation fautive de ses conditions de travail, de l'absence de reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif dont il est victime, de l'absence de placement en congé de longue maladie et de l'illégalité de son licenciement pour insuffisance professionnelle sur le fondement de faits imputables à son état de santé ;
- il a subi un premier préjudice financier d'un montant de 6 300 euros correspondant à la différence entre l'allocation d'aide au retour à l'emploi et son salaire ;
- il a subi un second préjudice financier d'un montant de 10 076,88 euros correspondant à la partie de son indemnité de licenciement qui ne lui a pas été versée ;
- il a subi un préjudice moral pour lequel une indemnisation à hauteur de 15 000 euros doit lui être accordée.
La requête a été communiquée au recteur de l'académie de Versailles, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Robert, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B a été recruté le 17 novembre 2000 en qualité d'enseignant contractuel en génie civil construction en vue de prendre en charge l'enseignement théorique et professionnel de la finition dans les classes des sections d'enseignement général et professionnel adapté (SEGPA). Il a bénéficié d'un contrat à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2007. Par une décision du 22 juin 2018, le recteur de l'académie de Versailles a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle. Le 17 novembre 2020, M. C B a effectué une demande indemnitaire préalable auprès du ministre de l'Éducation nationale, sollicitant la réparation des préjudices découlant de la dégradation de ses conditions de travail et de son licenciement. Par la présente requête, M. C B demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire et la réparation des préjudices qu'il a subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision, par laquelle le ministre de l'Éducation nationale a rejeté la demande indemnitaire préalable formée par M. C B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande, qui a donné à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir les sommes auxquelles il prétend, les conclusions de M. C B tendant à l'annulation de la décision contestée sont sans objet. Par suite, elles ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'État :
S'agissant de la faute tirée de la dégradation des conditions de travail du requérant :
3. M. C B soutient que, alors qu'il avait globalement donné satisfaction à sa hiérarchie au cours de ses dix-sept premières années d'enseignement, il a été victime d'une dégradation fautive de ses conditions de travail à compter de l'année scolaire 2016-2017, où il a fait l'objet d'évaluations négatives et d'un comportement hostile de la part de son nouveau supérieur hiérarchique. Toutefois, il résulte de l'instruction que le requérant a fait l'objet d'une évaluation négative le 29 mars 2017, puis, d'un rapport d'inspection défavorable le 18 avril 2017 à la suite duquel son supérieur hiérarchique lui a transmis les recommandations préconisées par l'inspectrice et a mis en place un accompagnement pédagogique avec l'aide d'un tuteur extérieur à l'établissement. Si M. C B fait état de l'impact de ces difficultés professionnelles sur sa santé mentale et ses conditions de travail, les mesures précitées, qui ne s'accompagnent d'aucun propos ou comportement vexatoire, ne permettent pas d'établir que son supérieur hiérarchique aurait adopté une attitude hostile de nature à porter atteinte à ses droits et à sa dignité. En outre, ces mesures s'inscrivent dans l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, visent à accompagner le requérant dans sa mission pédagogique et sont justifiées par l'objectif d'assurer un enseignement de qualité aux élèves. Dans ces conditions, M. C B n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de l'État serait engagée en raison d'une dégradation fautive de ses conditions de travail.
S'agissant de la faute tirée de l'absence de reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif dont souffre le requérant :
4. Aux termes de l'article 2 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État : " La réglementation du régime général de sécurité sociale ainsi que celle relative aux accidents du travail et aux maladies professionnelles sont applicables, sauf dispositions contraires, aux agents contractuels visés à l'article 1er du présent décret. ". Aux termes de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale : " Les dispositions du présent livre sont applicables aux maladies d'origine professionnelle sous réserve des dispositions du présent titre. () / Peut être également reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu'elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d'un taux évalué dans les conditions mentionnées à l'article L. 434-2 et au moins égal à un pourcentage déterminé. / Dans les cas mentionnés aux deux alinéas précédents, la caisse primaire reconnaît l'origine professionnelle de la maladie après avis motivé d'un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles. La composition, le fonctionnement et le ressort territorial de ce comité ainsi que les éléments du dossier au vu duquel il rend son avis sont fixés par décret. L'avis du comité s'impose à la caisse dans les mêmes conditions que celles fixées à l'article L. 315-1. / Les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d'origine professionnelle, dans les conditions prévues aux septième et avant-dernier alinéas du présent article. Les modalités spécifiques de traitement de ces dossiers sont fixées par voie réglementaire. ".
5. M. C B soutient que l'État a commis une deuxième faute en ne reconnaissant pas l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif qui lui a été diagnostiqué le 20 mars 2018.
6. Toutefois, en tant qu'agent contractuel de l'État, le requérant ne relève pas du régime applicable aux fonctionnaires relatif à la reconnaissance d'une maladie imputable au service, mais du régime général de la sécurité sociale et de la réglementation relative aux maladies professionnelles.
7. En l'espèce, si M. C B démontre être suivi depuis novembre 2016 pour un syndrome anxieux, de l'hypertension et des troubles du sommeil ayant évolué en un syndrome anxio-dépressif diagnostiqué le 20 mars 2018, pour lequel il a fait l'objet d'une reconnaissance de qualité de travailleur handicapé le 13 décembre 2018, il ne résulte pas de l'instruction que M. C B aurait effectué une démarche visant à ce que la caisse primaire d'assurance maladie qualifie de maladie professionnelle ce syndrome anxio-dépressif, pour lequel il a fait l'objet de nombreux arrêts de travail. Or, en l'absence de toute demande en ce sens, le recteur de l'académie de Versailles n'était pas tenu d'examiner d'office si le syndrome anxio-dépressif dont souffre le requérant relevait du champ des maladies professionnelles. Par suite, M. C B n'est pas fondé à soutenir que l'État a commis une faute en s'abstenant de se prononcer sur le caractère de maladie professionnelle de l'affection dont il souffre depuis le 20 mars 2018.
S'agissant de la faute tirée de l'absence de placement en congé de longue maladie :
8. M. C B soutient que l'État a commis une troisième faute en ne le plaçant pas en congé de longue maladie. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait adressé une demande de congé de longue maladie à l'administration. En outre, il a fait l'objet, à la demande de l'administration, d'un examen par le médecin du service de prévention le 8 septembre 2017 afin d'examiner son éligibilité à un congé de longue maladie et cet examen a conclu que son état de santé ne relevait pas d'un tel congé. Dès lors, M. C B n'est pas fondé à soutenir que l'État aurait commis une faute en ne le plaçant pas en congé de longue maladie.
S'agissant de la faute tirée de l'illégalité du licenciement pour insuffisance professionnelle :
9. M. C B soutient que son licenciement pour insuffisance professionnelle est illégal, dès lors que le dossier administratif qui lui a été communiqué était incomplet, que la décision de licenciement est fondée sur une inspection effectuée en son absence, que le motif réel de son licenciement repose sur des faits imputables à son état de santé et que son parcours professionnel n'a pas été pris en compte.
Quant à l'incomplétude du dossier administratif communiqué au requérant :
10. Aux termes de l'article 45-2 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 : " L'agent contractuel peut être licencié pour un motif d'insuffisance professionnelle. L'agent doit préalablement être mis à même de demander la communication de l'intégralité de toute pièce figurant dans son dossier individuel, dans un délai suffisant permettant à l'intéressé d'en prendre connaissance. Le droit à communication concerne également toute pièce sur laquelle l'administration entend fonder sa décision, même si elle ne figure pas au dossier individuel. ".
11. Il résulte de l'instruction que M. C B a pu consulter son dossier administratif le 23 mai 2018, préalablement à sa comparution devant la commission consultative paritaire. S'il résulte également de l'instruction que son dossier administratif était incomplet, le requérant n'établit pas que des éléments utiles à sa défense, ou dont il n'avait pas connaissance par les autres pièces versées au dossier, ne lui ont pas été communiqués, les documents manquants étant décrits comme des " appréciations et des constats ". Il ne démontre pas non plus qu'il aurait demandé en vain la communication de documents qui auraient été utiles à sa défense. En outre, il n'apparaît pas que la décision litigieuse aurait été prise au regard de ces éléments. Ainsi, l'incomplétude qu'il dénonce n'ayant pas été susceptible de le priver d'une garantie ou d'exercer une influence sur le sens de la décision en litige, la circonstance que le dossier administratif du requérant n'ait pas été complet n'est pas de nature à entacher la décision de licenciement d'illégalité.
Quant aux motifs fondant la décision de licenciement pour insuffisance professionnelle :
12. M. C B soutient que la décision de licenciement est fondée sur une inspection effectuée en son absence Toutefois, il résulte de l'instruction que le licenciement du requérant n'est pas fondé sur le seul rapport suivant l'inspection effectuée le 23 mars 2018, mais aussi sur le rapport suivant l'inspection effectuée le 18 avril 2017, les objectifs fixés par courrier du 4 mai 2017, le bilan suivant le rapport d'inspection du 15 juin 2017 et les bilans de progression des 17 octobre 2017 et 2 mai 2018. En outre, si M. C B n'était pas présent lors de la visite d'inspection effectuée le 23 mars 2018 en raison d'un arrêt de travail, il n'a pas pris contact avec l'inspectrice, alors qu'il avait été invité à le faire, ni produit les documents demandés. En l'absence de l'intéressé, l'inspectrice a effectué un contrôle sur pièces, en l'espèce le cahier de texte numérique de la classe, le plan de formation et les classeurs des élèves, qui a mis en évidence des carences dans l'enseignement dispensé par M. C B, malgré l'accompagnement dont il a bénéficié. Dans ces conditions, dès lors que le requérant a été prévenu de l'inspection du 23 mars 2018 et de la possibilité de transmettre ses observations, que le rapport d'inspection se base sur des éléments objectifs et que le licenciement de l'intéressé ne se fonde pas sur ce seul rapport, la circonstance que M. C B était absent lors de l'inspection du 23 mars 2018 n'est pas de nature à entacher d'illégalité la procédure de licenciement.
Quant à l'absence de prise en compte de l'état de santé du requérant :
13. Il résulte de l'instruction que M. C B est suivi pour un syndrome anxieux depuis novembre 2016 pour des raisons tant personnelles que professionnelles et ce, préalablement à la dégradation alléguée de ses conditions de travail. En outre, suite aux arrêts de travail du requérant entre mai 2017 et juin 2017, son supérieur a sollicité une consultation auprès du médecin du service de prévention afin d'examiner son éligibilité à un congé de longue maladie. Enfin, le requérant n'a jamais effectué de demande de congé de longue maladie ou de reconnaissance de maladie professionnelle, ni abordé les difficultés liées à son état anxio-dépressif auprès de son supérieur ou du rectorat de l'académie de Versailles. Par suite, M. C B n'est pas fondé à soutenir que l'administration a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de son état de santé.
Quant à l'absence de prise en compte du parcours professionnel du requérant :
14. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé ou correspondant à son grade et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions. Toutefois, une telle mesure ne saurait être subordonnée à ce que l'insuffisance professionnelle ait été constatée à plusieurs reprises au cours de la carrière de l'agent ni qu'elle ait persisté après qu'il ait été invité à remédier aux insuffisances constatées. Par suite, une évaluation portant sur la manière dont l'agent a exercé ses fonctions durant une période suffisante et révélant son inaptitude à un exercice normal de ses fonctions est de nature à justifier légalement son licenciement.
15. Il résulte des éléments exposés au point 12 que le licenciement pour insuffisance professionnelle de M. C B est fondé sur plusieurs rapports d'évaluation, d'inspection et de progression au cours des années 2017 et 2018, qui ont relevé des défaillances dans ses méthodes d'enseignement et le suivi des élèves. La circonstance, que le requérant ait fait l'objet d'évaluations plutôt positives au cours de sa carrière, ne fait pas obstacle à ce qu'il soit licencié pour insuffisance professionnelle au regard d'éléments objectivement établis. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que M. C B a fait l'objet d'évaluations mitigées entre 2004 et 2018, dont plusieurs soulignent le manque d'adaptation de son enseignement aux élèves de SEGPA et l'absence de projet pédagogique adapté. Enfin, si le requérant soutient qu'il s'est efforcé de suivre les préconisations du rapport suivant l'inspection effectuée le 18 avril 2017, il résulte de l'instruction que, malgré sa bonne volonté apparente, il s'est montré peu assidu au cours des séances d'accompagnement professionnel et n'a pas donné suite aux demandes de structuration de son enseignement et de définition de ses objectifs pédagogiques. Par suite, M. C B n'est pas fondé à soutenir que l'administration a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de son parcours professionnel.
En ce qui concerne les préjudices :
16. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute de l'État, les conclusions indemnitaires présentées par M. C B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. C B soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au recteur de l'académie de Versailles.
Copie en sera adressée à la ministre de l'Éducation nationale.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Prost, premier conseiller.
M. Robert, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre2024.
Le rapporteur,
signé
D. Robert
Le président,
signé
P.-H. d'ArgensonLa greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne à la ministre de l'Éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°2103724
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026