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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103758

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103758

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103758
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROUGEOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 mars 2021, 1er juin 2022 et 27 février 2023, la commune de Saint-Cloud, représentée par Me Rougeot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable du 13 novembre 2020 ;

2°) de condamner l'Etat, sur le fondement de la responsabilité pour faute, subsidiairement de la responsabilité sans faute et très subsidiairement sur le fondement de la responsabilité contractuelle, à lui verser la somme de 389 331,6 euros correspondant au prélèvement opéré sur ses ressources fiscales prévu à l'article L.302-7 du code de la construction et de l'habitation assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 novembre 2020 et des intérêts des intérêts ;

3°) de condamner l'Etat, sur le fondement de la responsabilité pour faute, subsidiairement de la responsabilité sans faute et très subsidiairement sur le fondement de la responsabilité contractuelle, à lui verser la somme de 3 226 687,07 euros en réparation du préjudice correspondant à la majoration du prélèvement opéré sur ses ressources fiscales, en application de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 21 décembre 2021, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 novembre 2020 et des intérêts des intérêts ;

4°) de condamner l'Etat à intégrer 280 logements sociaux, dans l'inventaire des logements sociaux de la commune de Saint-Cloud ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-à titre principal, elle est fondée à rechercher la responsabilité pour faute de l'Etat au titre des relations contractuelles entre le département et l'Etat, lequel aurait dû engager une action en annulation de la vente et s'opposer au changement de destination de caserne Sully ; elle n'a pu faire valoir son droit de priorité ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à rechercher la responsabilité sans faute de l'Etat , compte tenu du préjudice anormal et spécial que lui a causé l'Etat en ne s'opposant pas à ce que le département des Hauts-de-Seine modifie la destination du site de la caserne Sully ;

- à titre infiniment subsidiaire, elle est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de l'Etat, dés lors qu'il a méconnu les stipulations du protocole d'accord du 1er août 2016 qui le liait à la commune et au département des Hauts-de-Seine et a ainsi engagé sa responsabilité contractuelle envers elle ;

- elle peut se prévaloir d'un préjudice résultant de l'absence de réalisation des 280 logements sociaux prévus sur le site de la caserne Sully pendant la période triennale 2017 - 2019, qui sera réparé par une somme de 114 749,19 euros, correspondant à l'absence de prise en compte de ces logements dans la base de liquidation du prélèvement opéré sur ses ressources fiscales en application de l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation, et par une somme de 3 226 687,07 euros, correspondant à la majoration de 170 % de ce prélèvement ayant assorti la décision du préfet des Hauts-de-Seine de prononcer par arrêté du 21 décembre 2020 la carence de la commune à atteindre ses objectifs triennaux de logements sociaux pour la période 2017 - 2019.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 avril 2022 et le 23 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il n'y a pas lieu à statuer sur la requête et que les moyens soulevés par la commune de Saint-Cloud ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de l'urbanisme ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Baude, rapporteur,

-les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

-et les observations de M. A et de Me Rougeot, représentant la commune de Saint-Cloud, et de Mme C et de M. B, représentant le préfet des Hauts-de-Seine.

Une note en délibéré présentée par la commune de Saint-Cloud a été enregistrée le 30 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

Par un acte de vente du 24 novembre 2016, l'Etat a cédé au département des Hauts-de-Seine le site de la caserne Sully, situé sur le territoire de la commune de Saint-Cloud. Cette vente, faisant suite à un protocole d'accord du 1er août 2016 conclu entre la commune, l'Etat et le département, avait pour objet initial la réalisation par le département d'un programme de 7 700 m² de logements sociaux et de 13 000 m² destinés à l'accueil des archives départementales. Cette destination a été modifiée par le département en vue d'accueillir sur le site le musée du Grand Siècle. Par la présente requête, la commune de Saint-Cloud recherche la responsabilité pour faute, sans faute et contractuelle de l'Etat compte tenu de ce changement de destination, lequel la prive de 7000 m2 de logements sociaux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Lorsque le juge du plein contentieux est saisi de conclusions tendant à l'octroi d'une somme d'argent, il ne lui appartient pas d'apprécier la légalité de la décision rejetant la demande préalable présentée devant l'administration, qui a pour seul objet de lier le contentieux, mais de se prononcer sur le droit à réparation de l'intéressé. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande préalable sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Par un courrier en date du 15 juillet 2016, la commune de Saint-Cloud a informé l'Etat qu'elle n'entendait pas exercer le droit de priorité qu'elle détient en application de l'article L. 240-1 du code de l'urbanisme. Par un protocole tripartite, en date du 1er août 2016 conclu entre l'Etat, la commune de Saint-Cloud et le département des Hauts-de-Seine, l'Etat s'est engagé à céder le site de la caserne Sully, située sur le territoire de la commune au département, en vue de la réalisation par les parties d'un programme de 7 700 m² de logements sociaux et de 13 000 m² destinés à l'accueil des archives départementales. Par un acte de vente du 24 novembre 2016 la propriété de la caserne a été cédée au département en vue d'y réaliser le programme indiqué dans le protocole. La destination des lieux a été ultérieurement modifiée par le département afin d'y construire le musée du Grand Siècle. Par un protocole du 7 octobre 2022, l'Etat et le département ont modifié les engagements pris par le département dans le protocole du 1er août 2016. Par la signature de ce protocole l'Etat doit être regardé comme ayant accepté de modifier l'objet en vue duquel la vente de la caserne Sully avait été initialement consentie.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de l'Etat :

3. Il résulte de l'instruction qu'aucune disposition du protocole d'accord du 1er août 2016, ni de l'acte de vente du 24 novembre 2016, ne comportait d'échéancier même prévisionnel de réalisation de logements sociaux et des archives départementales, et que la réalisation de ce programme était subordonnée à des études préalables de faisabilité et à d'éventuelles mesures de dépollution avant travaux. Eu égard à ces aléas et aux délais inhérents à la conception des immeubles, à la mobilisation des financements nécessaires et au choix des constructeurs de cette opération de grande envergure, il n'est pas établi que les 280 logements du programme auraient pu être réalisés avant 2019 ou à tout le moins auraient pu être regardés comme constituant un projet de logements sociaux en cours de réalisation au sens de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, et pris en compte dans les résultats de la commune sur la période triennale 2017 - 2019. Il n'est pas d'avantage établi que la commune, en l'absence de protocole, aurait été en mesure de prendre l'initiative d'acquérir la caserne Sully et de réaliser elle-même un programme de logements sociaux comparable à celui envisagé par le département. Par ailleurs, si la réalisation de 280 logements aurait permis à la commune d'approcher, sans l'atteindre toutefois, l'objectif quantitatif de 341 logements qui lui était imparti pour la période triennale 2017-2019, l'absence de toute précision dans le protocole sur la nature des logements sociaux à réaliser ne permet pas d'établir que ce programme aurait permis à la commune d'atteindre également l'objectif de répartition entre les catégorie " PLAI " ou " PLS " fixé par le préfet pour la période triennale 2017 - 2019, notamment dans l'hypothèse, nullement exclue par les termes du protocole, ou une part substantielle de ces 280 logements aurait été classée dans la catégorie dite " PLS ". Il résulte enfin des termes du protocole transactionnel conclu entre la commune et le département, autorisé par leurs délibérations des 29 septembre 2022 et 19 septembre 2022, que le département a versé à la requérante une indemnité de 2 134 995 euros visant à réparer plusieurs chefs de préjudice dont celui, explicitement mentionné dans le protocole, que la commune soutient avoir subi à raison du prélèvement opéré par l'Etat sur ses ressources fiscales et majoré en application de l'arrêté de carence du 21 décembre 2020.

4. Il résulte de tout ce qui précède que l'abandon du programme de construction de logements sociaux sur le site de la caserne Sully n'est pas de nature à avoir causé à la commune un préjudice anormal et spécial au titre de la période triennale 2017-2019. Une telle condition étant nécessaire à l'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de la responsabilité sans faute, il s'ensuit qu'il y a lieu de rejeter les conclusions.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute de l'Etat :

5. La commune de Saint-Cloud soutient que l'Etat a commis des fautes en ne respectant pas les termes de la convention du 1er aout 2016 et en acceptant le changement de destination de la caserne Sully par un protocole du 7 octobre 2022. Elle lui fait notamment grief de ne pas avoir engagé d'actions juridictionnelles en vue de remettre en cause cette vente ou de contraindre le département à en respecter les termes.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'abandon du programme de construction de logements sociaux sur le site de la caserne Sully a été motivé par la volonté du département des Hauts-de-Seine de réaliser sur celui-ci un projet culturel muséal majeur susceptible de contribuer à l'attractivité du département des Hauts-de-Seine et de la commune de Saint-Cloud. En outre le protocole du 7 octobre 2022 comportait plusieurs engagements du département en faveur du logement social de nature à concourir aux objectifs poursuivis par les dispositions des articles L. 302-5 et suivants du code de la construction et de l'habitation, et notamment l'acquisition de titres participatifs de l'établissement Hauts-de-Seine Habitat pour 70 millions d'euros et le versement d'une contribution de 2,5 millions d'euros à la réalisation du projet de logements sociaux dit " D " sur la commune de Saint-Cloud. Dans ces conditions l'évolution du programme de construction envisagé initialement, représentait un motif d'intérêt général que le préfet pouvait valablement prendre en considération pour ne pas s'opposer à la volonté du département de faire évoluer les termes de l'acte de vente du 24 novembre 2016.

7. En second lieu, la commune de Saint-Cloud, soutient que l'Etat se serait abstenu de demander la révision du prix de la vente, alors pourtant que ce prix tenait compte de ce que le site cédé était destiné à accueillir des logements sociaux. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction, et notamment des termes du protocole du 7 octobre 2022 et des courriers des 7 juillet 2020 et 13 août 2021 adressés par le préfet des Hauts-de-Seine au président du département, que l'Etat aurait formellement renoncé à se prévaloir des stipulations de l'acte de vente du 24 novembre 2016 prévoyant le versement d'un complément de prix en cas de modification du programme. En tout état de cause un tel renoncement était insusceptible de porter atteinte aux intérêts de la commune de Saint-Cloud, celle-ci n'ayant pas vocation à percevoir un tel complément de prix.

8. Il résulte de ce qui précède que la commune de Saint-Cloud n'est pas fondée à soutenir que l'Etat aurait commis des fautes de nature à engager sa responsabilité en ne s'opposant pas au changement de destination de la caserne de Sully.

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle de l'Etat :

9. Il résulte de l'instruction que le protocole du 1er août 2016 conclu entre la commune de Saint-Cloud, l'Etat et le département des Hauts-de-Seine prévoyait l'engagement de l'Etat de vendre le site de la caserne Sully au département une fois acquis le délaissement par la commune de son droit de priorité et l'engagement du département d'y réaliser 7 700 m² de logements sociaux ainsi qu'un bâtiment destiné aux archives départementales. Il ne comportait toutefois aucune date d'échéance même prévisionnelle pour cette réalisation, indiquait que la concrétisation de ce programme était subordonnée à des études préalables de faisabilité, renvoyait à une délibération ultérieure de l'assemblée départementale l'approbation de la vente et à une délibération ultérieure du conseil municipal la décision de renoncer à son droit de priorité sur la cession. Il ne précisait aucun prix de vente envisagé par les parties et soumettait l'aliénation du site à l'accord ultérieur du ministre de la Défense. L'effet utile de ce protocole était ainsi d'exprimer une simple intention d'agir dans un sens déterminé. Il ne peut ainsi être regardé comme un contrat ayant créé des droits et des obligations réciproques envers les parties. Par suite, les conclusions tendant à rechercher la responsabilité de l'Etat au titre de ses relations contractuelles avec la commune doivent être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions indemnitaires de la commune, et par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à ce que l'Etat intègre dans l'inventaire des logements sociaux réalisés sur le territoire de la commune de Saint-Cloud 280 logements sociaux supplémentaires, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins-de-non-recevoir opposées en défense.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Elle peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Cloud demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er :La requête présentée par la commune de Saint-Cloud est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Cloud et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressé au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.

Le rapporteur,

F. -E. Baude

La présidente,

S. Edert La greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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