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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103845

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103845

lundi 21 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSCALBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2021, M. A D, représenté par Me Scalbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Cergy lui a notifié sa sortie du lieu d'hébergement pour demandeur d'asile dans lequel il était hébergé ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui proposer un lieu d'hébergement ou, à titre subsidiaire de lui revaloriser son allocation pour demandeur d'asile afin de lui permettre de se loger, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII somme de 1 300 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente et l'OFII n'établit pas qu'elle a été prise après consultation du directeur du centre d'établissement ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pu présenter des observations préalables en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'entretien préalable ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité et est disproportionnée " avec sa dignité ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant afghan né le 4 avril 1995, a présenté une demande d'asile enregistrée le 29 avril 2019 en procédure dite " Dublin " et, le lendemain, a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le 29 janvier 2020, sa demande d'asile a été requalifiée en procédure normale. Le 9 avril 2020, il a été orienté au sein du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile de Saint-Prix (Val-d'Oise). Par courrier du 4 janvier 2021, le gestionnaire du centre d'hébergement l'a informé de sa décision de mettre fin à sa prise en charge en raison de son comportement violement à l'encontre d'un autre résident. Par décision du 28 janvier 2021, dont il demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII à Cergy lui a notifié sa sortie du lieu d'hébergement.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. B, directeur territorial de l'OFII à Cergy, qui a reçu une délégation à cette fin par une décision du directeur général de cet établissement en date du 2 janvier 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 février 2019. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 744-3, L. 744-5 et R. 744-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles elle a été prise. Elle mentionne également que le 4 janvier 2021, le gestionnaire du centre d'hébergement a informé l'OFII de ce que le requérant a eu un comportement inapproprié et a agressé un autre résident. Dès lors, la décision attaquée est suffisamment motivée et permet au requérant de la contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, de sortie de ce lieu et de changement de lieu sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 744-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le 4 janvier 2021, le gestionnaire du centre d'hébergement pour demandeurs d'asile au sein duquel le requérant était hébergé lui a indiqué qu'il entendait mettre fin à sa prise en charge au sein de cet établissement en raison de son comportement violent et en a informé l'OFII. Ainsi, la décision attaquée du 28 janvier 2021 du directeur territorial de l'OFII à Cergy de sortie du lieu d'hébergement, conformément aux dispositions citées au point précédent, a été prise après consultation du directeur du lieu d'hébergement.

6. D'autre part, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissent entièrement la situation des demandeurs d'asile et, en particulier, la mise en œuvre des conditions matérielles d'accueil. Or, les dispositions précitées de l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas de procédure contradictoire préalablement à la décision de sortie du lieu d'hébergement. En tout état de cause, à supposer même que cette décision de sortie d'un lieu d'hébergement puisse être regardée comme une décision de retrait partiel des conditions matérielles d'accueil entrant dans les prévisions du 1° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le requérant a été informé le 4 janvier 2018 par le gestionnaire du lieu d'hébergement de ce qu'il entendait mettre fin à sa prise en charge suite à l'agression commise le même jour sur un autre résident. Ainsi, l'intéressé a été mise à même, avant l'intervention de la décision attaquée, le 28 janvier 2021, de présenter des observations. Par suite, le moyen tiré de de ce que le principe du contradictoire aurait été méconnu doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " u code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ".

8. Il résulte de ces dispositions que si l'OFII doit apprécier la vulnérabilité du demandeur d'asile avant de prononcer une décision de sortie d'un lieu d'hébergement, elle n'est toutefois pas tenu de le convoquer à un entretien de vulnérabilité. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'offre de prise en charge produit par le directeur général de l'OFII et signé par M. D le 30 avril 2019, que ce dernier a bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII, en présence d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. Lors de cet entretien, l'intéressé n'a fait état d'aucun problème de santé ou de besoins particuliers en matière d'accueil. En outre, il ressort des pièces du dossier que, préalablement à la décision contestée, le 28 janvier 2021, il a bénéficié d'un nouvel entretien de vulnérabilité au cours duquel il n'a fait état d'aucun problème de santé ou de besoin en matière d'accueil. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité avant l'intervention de la décision attaquée.

9. En cinquième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de prendre la décision attaquée, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant et en particulier de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

10. En sixième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé en ne précisant quels seraient les faits retenus par l'OFII qui seraient erronés. En particulier, il ne conteste pas avoir agressé un autre résident le 4 janvier 2021, fait sur lequel s'est fondé l'OFII pour prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En septième et dernier lieu, M. D soutient qu'il présente une situation de vulnérabilité dès lors qu'il n'est pas hébergé et que cela accentue sa détresse psychologique. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé âgé de vingt-six ans et célibataire n'établit pas présenter des problèmes de santé ou des besoins particuliers en matière d'accueil. En particulier, il ne justifie pas souffrir de troubles psychologiques. Par ailleurs, il continue à percevoir l'allocation pour demandeur d'asile et a déclaré, lors de son entretien le 28 janvier 2021, avoir de la famille à Paris. En outre, il ne conteste pas, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le 4 janvier 2021, avoir agressé un autre résident du centre d'hébergement et, ainsi que le relève le gestionnaire du centre d'hébergement, ne pas respecter le personnel du centre ni le règlement malgré plusieurs mises en garde. Dans ces conditions, le directeur territorial de l'OFII à Cergy, en prononçant sa sortie du lieu d'hébergement n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et n'a pas porté atteinte au droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetés, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère et M. Weiswald, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2023.

Le Président-rapporteur,

signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J.-B WeiswaldLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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