vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2103904 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GIBSON DUNN & CRUTCHER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 mars et 17 novembre 2021, ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré le 21 mars 2023, la SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION, représentée par Me Delaurière, avocat, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge ou, à défaut, la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020, à raison d'un ensemble immobilier dont elle est propriétaire situé 9, rue Noël Pons à Nanterre ;
2°) de prononcer la restitution des sommes versées à ce titre, assorties des intérêts moratoires en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de la l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION soutient que :
- la décision rejetant sa réclamation préalable a été signée par une autorité incompétente ;
- l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article 1380 du code général des impôts, dès lors que l'immeuble dont elle est propriétaire ne pouvait, eu égard à l'ampleur des travaux dont il faisait l'objet, être qualifié de propriété bâtie ;
- l'administration fiscale a commis des erreurs dans la qualification juridique des faits en retenant que les travaux dont faisait l'objet l'immeuble en litige n'affectaient pas de manière significative son gros œuvre et ne le rendaient pas impropre à toute utilisation au 1er janvier 2020 ;
- à supposer même qu'il soit passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties, l'immeuble en litige aurait dû se voir appliquer le tarif " DEP 2 " applicable aux lieux de dépôt couverts ;
- le refus de classement de l'immeuble en " DEP 2 " constitue une rupture d'égalité devant les charges publiques.
Par des mémoires en défense enregistrés les 9 août 2021 et 18 août 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par la SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION ne sont pas fondés.
Le mémoire en défense du directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise, en date du 6 juillet 2023, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION, propriétaire d'un ensemble immobilier situé 9, rue Noël Pons à Nanterre, a engagé sur celui-ci d'important travaux de rénovation. Par une réclamation du 31 juillet 2020, rejetée par l'administration fiscale le 19 janvier 2021, la société requérante a demandé le dégrèvement de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020, estimant que les travaux affectant l'immeuble lui avaient fait perdre sa qualité de propriété bâtie. La SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION demande au Tribunal de prononcer la décharge, ou à défaut, la réduction de cette imposition.
Sur les conclusions aux fins de décharge et de réduction :
2. Les irrégularités qui peuvent entacher la décision par laquelle l'administration fiscale rejette une réclamation contentieuse n'ont d'influence ni sur la régularité de la procédure d'imposition, ni sur le bien-fondé des impositions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de rejet de la réclamation préalable formée par la SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION ne peut qu'être écarté comme inopérant.
3. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Aux termes de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties () sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ".
4. Un immeuble passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui fait l'objet de travaux entrainant sa destruction intégrale avant sa reconstruction ne constitue plus, jusqu'à l'achèvement des travaux, une propriété bâtie assujettie à la taxe foncière en application de l'article 1380 du code général des impôts. Il en va de même lorsqu'un immeuble fait l'objet de travaux nécessitant une démolition qui, sans être totale, affecte son gros œuvre d'une manière telle qu'elle le rend dans son ensemble impropre à toute utilisation. En revanche, la seule circonstance qu'un immeuble fasse, ultérieurement à son achèvement et alors qu'il est soumis à ce titre à la taxe foncière sur les propriétés bâties, l'objet de travaux qui, sans emporter ni démolition complète ni porter une telle atteinte à son gros œuvre, le rendent inutilisable au 1er janvier de l'année d'imposition, ne fait pas perdre à cet immeuble son caractère de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts.
5. La SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION fait valoir que l'immeuble dont elle est propriétaire fait l'objet, depuis le 21 mai 2019, d'un projet de démolition, pour lequel elle a obtenu un permis de construire valant permis de démolir, en date du 21 novembre 2019, ayant pour objet la restructuration des bureaux existants, d'une surface de 46 348 m2, et la création d'une extension en surélévation de 8 085 m2, pour un budget total supérieur à 70 millions d'euros, dont 14 millions d'euros concernant les travaux relatifs au gros œuvre. La requérante soutient, par ailleurs, qu'au 1er janvier 2020, de nombreuses fenêtres de l'immeuble avaient été déposées, qu'il avait été procédé à la dépose d'une grande partie des installations électriques, du système d'alimentation en eau, ainsi que du système de chauffage et de climatisation, rendant l'immeuble impropre à toute utilisation, et qu'au 31 décembre 2020, seule l'ossature en béton de l'immeuble subsistait, que les façades avaient été dénudées, et que 84 % des allèges et 65 % des linteaux du bâtiment avaient fait l'objet d'un agrandissement. Toutefois, il résulte de l'instruction, et en particulier du procès-verbal d'huissier du 30 décembre 2019, qu'au 1er janvier 2020 l'immeuble en litige disposait encore d'une structure de bâti couverte d'un toit, avec des planchers, plafonds et murs à tous les niveaux, accessibles par des escaliers, et que seules quelques fenêtres avaient fait l'objet d'une dépose. Dans ces conditions, cet immeuble ne pouvait être regardé comme ayant fait l'objet, au 1er janvier 2020, de travaux de démolition affectant son gros œuvre d'une manière telle qu'ils le rendent dans son ensemble impropre à toute utilisation. Par suite, la SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait méconnu l'article 1380 du code général des impôts, ni qu'elle aurait commis une erreur dans la qualification juridique des faits en retenant que son immeuble présentait encore la qualité de propriété bâtie.
6. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. / Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat () II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. / Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II () ". Aux termes de l'article 1517 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " I. 1. Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi qu'à la constatation des changements d'utilisation des locaux mentionnés au I de l'article 1498. / Il en va de même pour les changements de caractéristiques physiques ou d'environnement () II. - 1. Les valeurs locatives résultant des changements mentionnés au I du présent article sont appréciées : () b) Pour les biens évalués selon les règles prévues au II de l'article 1498, à la date mentionnée au A du même II () ". Enfin, aux termes de l'article 1406 de ce code : " I. - Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret. Il en est de même pour les changements d'utilisation des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 1498, pour les changements de catégorie des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 146 de la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 et pour les changements de méthode de détermination de la valeur locative en application des articles 1499-00 A ou 1500 du présent code () ".
7. Il résulte de ces dispositions que des travaux intervenus sur un immeuble ne peuvent être pris en compte, pour la détermination de sa valeur locative, que s'ils répondent aux conditions posées par l'article 1517 du code général des impôts. En vertu de l'article 1406 de ce code, il appartient aux propriétaires de porter à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix-jours de leur réalisation définitive, les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties.
8. La SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION fait valoir que, eu égard aux travaux dont il faisait l'objet, l'immeuble en litige ne pouvait pas être utilisé en qualité d'immeuble de bureaux, et qu'il aurait dû être classé la catégorie DEP 2 (lieu de dépôt ouvert) et non BUR 2 (local à usage de bureaux d'agencement récent). Toutefois, il n'est pas contesté que la société requérante n'a pas informé l'administration d'un changement d'affectation de l'immeuble en cause selon les modalités définies par les dispositions précitées du I de l'article 1406 du code général des impôts. Par ailleurs, la circonstance que les travaux effectués aient temporairement rendu l'immeuble impropre à un usage de bureau n'est pas de nature à le regarder comme ayant fait l'objet d'un changement de destination. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que l'immeuble en litige ait été rendu disponible pour un usage de dépôt pendant la durée des travaux. Par suite, les locaux détenus par la SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION devaient donc toujours être regardés comme étant à usage de bureaux au 1er janvier 2020.
9. La SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du principe d'égalité des contribuables devant les charges publiques, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, les impositions qui lui ont été assignées résultent de l'exacte application des dispositions législatives précitées du code général des impôts.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge et de réduction présentées par la SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. L'État n'étant pas, dans cette instance, la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société la SNC RIVE DÉFENSE PROMOTION et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, M. Viain, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026