mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2104547 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SYLVAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 avril 2021, M. et Mme B A, représentés par Me Sylvain, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. et Mme A soutiennent que :
- l'administration a méconnu les dispositions des articles L. 57 et L. 55 du livre des procédures fiscales en ne leur ayant pas notifié à leur adresse au Royaume-Uni les propositions de rectification au titre des années 2015 et 2016 ;
- au titre des rehaussements pour l'année 2015, l'administration a requalifié à tort la somme de 160 000 euros au titre des revenus de capitaux mobiliers alors qu'il s'agissait de salaires versés par la société Green Park Content ;
- au titre des rehaussements pour les années 2015 et 2016, c'est à tort que l'administration a procédé à une rectification dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux des revenus tirés de la location de leur résidence principale dès lors qu'il ne s'agissait pas d'une location meublée ;
- au titre des rehaussements pour les années 2015 et 2016, les rehaussements sont entachés d'une irrégularité procédurale, la taxation d'office pour activité occulte ne pouvant être retenue s'agissant d'une activité civile.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2021, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction du contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.
L'administrateur général des finances publiques fait valoir que les moyens invoqués par M. et Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Richard, rapporteure ;
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle portant sur les années 2014 et 2015 et d'un contrôle sur pièces pour l'année 2016. L'administration fiscale leur a notifié, par une proposition de rectification du 9 août 2018 au titre des années 2015 et 2016, différentes rectifications dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et dans celle des bénéfices industriels et commerciaux, générant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, assortis de pénalités. Par une réclamation en date du 15 mai 2020, M. et Mme A ont contesté les impositions supplémentaires. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision de rejet du 9 février 2021. M. et Mme A demandent la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation / () ". Une proposition de rectification doit, en principe, pour satisfaire aux exigences de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, être notifiée à la dernière adresse communiquée par le contribuable à l'administration fiscale aux fins d'y recevoir ses courriers. Cette adresse est celle connue de l'administration fiscale à la date d'envoi du pli contenant la proposition de rectification.
3. D'autre part, lorsque le pli contenant la notification de la proposition de rectification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, il incombe à l'administration fiscale de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.
4. Il résulte de l'instruction que les propositions de rectification s'agissant des années 2014 et 2015 et de l'année 2016 ont non seulement été adressées au domicile français de M. et Mme A à Presles, mais également à leur domicile britannique à Londres le 9 août 2018. L'administration produit ainsi les copies des premières pages des propositions de rectification et des enveloppes les contenant comportant la date du 13 août 2018 de vaine présentation des courriers, et le motif de leur non-distribution et de retour à leur expéditeur, à savoir celui de " pli non réclamé ". Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification des propositions de rectification doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions supplémentaires :
Quant à la charge de la preuve :
5. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. ".
6. Il résulte de l'instruction que les requérants n'ont pas répondu à la proposition de rectification qui leur a été régulièrement adressée le 9 août 2018. Dans ces conditions, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions au titre des années 2015 et 2016 leur incombe.
Quant aux redressements dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers :
7. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". Pour soumettre à l'impôt sur le revenu des revenus sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, il incombe à l'administration d'établir qu'ils ont été mis à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts.
8. Il résulte de l'instruction que l'administration a constaté l'appréhension par M. et Mme A de diverses sommes, pour un montant total de 160 000 euros, en provenance de la société Green Park Content dont M. A est le dirigeant et l'actionnaire. Cette somme a été imposée dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers par l'administration fiscale. Si les requérants font valoir qu'une partie de cette somme correspond à des versements de salaires à hauteur de 100 000 euros en provenance de la société Green Park Content et de 23 865 euros en provenance de Doutissima Limited, nouvelle dénomination sociale de la société Green Park Content Ltd, ils n'apportent aucun justificatif au soutien de leurs allégations. Dans ces conditions, les requérants n'apportent pas la preuve qui leur incombe de ce que l'administration fiscale aurait à tort regardé la somme de 160 000 euros, dont il n'est pas contesté qu'elle a été appréhendée par M. et Mme A, comme un revenu distribué par la société Green Park Content au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, au titre de l'année 2015.
Quant aux redressements dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux :
9. En premier lieu, aux termes de l'article 35 du code général des impôts : " I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / () / 5° Personnes qui donnent en location un établissement commercial ou industriel muni du mobilier ou du matériel nécessaire à son exploitation, que la location comprenne, ou non, tout ou partie des éléments incorporels du fonds de commerce ou d'industrie ; () ". Aux termes de l'article 155 du même code " () / IV. - 1. Sous réserve du 2, l'exercice à titre professionnel implique la participation personnelle, directe et continue à l'accomplissement des actes nécessaires à l'activité. / 2. L'activité de location directe ou indirecte de locaux d'habitation meublés ou destinés à être loués meublés est exercée à titre professionnel lorsque les deux conditions suivantes sont réunies : / 2° Les recettes annuelles retirées de cette activité par l'ensemble des membres du foyer fiscal excèdent 23 000 € ; / 3° Ces recettes excèdent les revenus du foyer fiscal soumis à l'impôt sur le revenu dans les catégories des traitements et salaires au sens de l'article 79, des bénéfices industriels et commerciaux autres que ceux tirés de l'activité de location meublée, des bénéfices agricoles, des bénéfices non commerciaux et des revenus des gérants et associés mentionnés à l'article 62. ".
10. Si M. et Mme A contestent avoir donné en location à la société Waiheke, dont M. A était le dirigeant, un local meublé, ils se bornent, à cet égard, à produire des contrats de bail, silencieux sur le caractère meublé ou non du local litigieux, alors qu'il résulte de l'instruction que le local litigieux correspond à la résidence principale de M. et Mme A, que la société Waiheke, lors de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet, ne disposait d'aucun meuble à l'actif de son bilan, et que par un courriel du 30 janvier 2018, M. A a indiqué au vérificateur que la location litigieuse était " consentie meublée ". Dans ces conditions, M. et Mme A ne sont pas fondés à contester la requalification en bénéfices industriels et commerciaux des revenus tirés de cette activité de location au titre des années 2015 et 2016.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales alors applicable : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. / Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : () / 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 ". Aux termes de l'article L. 169 du même livre : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte ou lorsqu'il est bénéficiaire de revenus distribués par une personne morale exerçant une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. () ".
12. Il résulte de l'instruction que les rectifications opérées par l'administration fiscale dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux de M. et Mme A au titre des années 2015 et 2016, l'ont été selon la procédure de taxation d'office, au motif qu'ils résultaient d'une activité occulte au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, tirée de la mise en location d'un établissement commercial muni du mobilier nécessaire.
13. Si les requérants contestent la régularité du recours à la procédure de taxation d'office, au motif que " s'agissant d'une activité civile, la procédure de taxation d'office retenue pour activité occulte est irrégulière ", il résulte de ce qui a été dit au point 10 que l'administration était fondée à considérer que les requérants exerçaient, durant les années 2015 et 2016, une activité occulte de mise en location d'un établissement commercial meublé, imposable dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. et Mme A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme que M. et Mme A demandent au titre des frais qu'ils ont engagés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction du contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
M. Viain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARD
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026