Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104619

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2104619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées au greffe du tribunal administratif de Versailles les 11 décembre 2020 et 6 mars 2021 sous le numéro 2008381 et transmises au tribunal administratif de Cergy-Pontoise par une ordonnance du 30 mars 2021, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 1er mars 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 22 juillet 2020 devant la commission des recours des militaires à l'encontre de sa notation annuelle au titre de l'année 2020.

Il soutient que :

- l'évaluation de la " qualité des services rendus " au niveau " bon " est injustifiée dès lors qu'il avait obtenu la note " excellent " au titre de l'année 2019, cette évaluation ne reflète pas son investissement professionnel et il n'a pas été averti préalablement à la baisse de sa notation ;

- cette notation l'a empêché de bénéficier d'une prime à laquelle il pouvait légitiment prétendre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2024, le ministre des armées conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, au rejet de celle-ci.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre la notation annuelle portant sur l'année 2020, à laquelle s'est substituée la décision de la commission des recours miliaires ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme Fléjou pour exercer les fonctions prévues par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fléjou,

- et les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. A, officier marinier entré dans l'armée en 1988, est affecté à la direction centrale du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) depuis le 9 juillet 2018 en qualité d'adjoint au chef de section. Le 19 juin 2020, il s'est vu notifier son bulletin de notation portant sur l'année 2020 par l'autorité notant au second degré. Le 22 juillet 2020, l'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette notation devant la commission des recours des militaires (CRM). Par une décision du 1er mars 2021, la ministre des armées a rejeté ce recours. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 1er mars 2021 de la ministre des armées, prise suite au recours administratif préalable obligatoire dirigé contre sa notation au titre de l'année 2020.

2. Aux termes de l'article L. 4135-1 du code de la défense : " Les militaires sont notés au moins une fois par an. / La notation est traduite par des notes et des appréciations qui sont obligatoirement communiquées chaque année aux militaires. / A l'occasion de la notation, le chef fait connaître à chacun de ses subordonnés directs son appréciation sur sa manière de servir () ". L'article R. 4135-1 du code de la défense dispose que : " La notation est une évaluation par l'autorité hiérarchique des qualités morales, intellectuelles et professionnelles du militaire, de son aptitude physique, de sa manière de servir pendant une période déterminée et de son aptitude à tenir dans l'immédiat et ultérieurement des emplois de niveau plus élevé ". Aux termes de l'article R. 4135-2 du même code : " La notation est traduite : / 1° Par des appréciations générales, qui doivent notamment comporter les appréciations littérales données par l'une au moins des autorités chargées de la notation ; / 2° Par des niveaux de valeur ou par des notes chiffrées respectivement déterminés selon une échelle ou selon une cotation définie, dans chaque force armée ou formation rattachée, en fonction des corps qui la composent () ".

3. Il ressort des dispositions susvisées que la notation d'un militaire constitue une appréciation par l'autorité hiérarchique des qualités et des aptitudes dont il a fait preuve pendant la période de notation, et relève du pouvoir discrétionnaire du notateur. Seul l'usage anormal de ce pouvoir est de nature à entraîner l'irrégularité de la notation et, par voie de conséquence, son annulation.

4. M. A doit être regardé comme invoquant l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision de la ministre des armées du 1er mars 2021, dès lors que l'item portant sur la " qualité des services rendus " était évaluée à " excellent " pour l'année 2019 et qu'il n'a obtenu que le niveau " bon " pour l'année 2020, que cette évaluation ne reflète pas sa manière de servir, qu'il n'a pas fait l'objet de remontrances ni de sanctions disciplinaires au cours de l'année évaluée, n'a pas davantage été averti des critiques de ses supérieurs préalablement à l'édiction de cette notation et que cette évaluation l'a empêché de bénéficier d'une prime à laquelle il pouvait prétendre.

5. Il ressort des termes de la décision contestée que, pour rejeter le recours formé par M. A, la ministre des armées s'est d'une part fondée sur les lacunes constatées par les supérieurs hiérarchiques de M. A dans sa manière de servir au cours de la période évaluée, en particulier d'un " manque de pertinence " au regard des " impératifs de commandement du personnel " et d'un manque de " suivi des formations " ainsi que sur l'absence de prise en compte des axes d'améliorations lui ayant été fixés au cours de son précédent entretien d'évaluation, et d'autre part sur l'inopérance du surplus de son argumentation.

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du bulletin de notation annuel de M. A au titre de l'année 2020, que celui a obtenu l'appréciation " perfectible " à sept des vingt compétence évaluées, notamment à celles relatives à sa " capacité à rendre compte ", à la " réalisation de la mission " ou encore à la " maitrise de soi ", que l'évaluation globale de la " qualité des services rendus " a été fixée à " bon ", correspondant à " C " sur une échelle allant d' " excellent " (A) à " insuffisant " (F) et sa note chiffrée à " + 1 ". Les appréciations littérales figurant sur ce bulletin font quant à elles état de l'expérience de M. A et de sa maîtrise technique, tout en soulignant la nécessité pour l'intéressé d'" améliorer la compréhension de son positionnement au sein de son unité d'appartenance pour prendre en compte avec davantage de pertinence les impératifs de commandement du personnel, de suivi des formations, ainsi que des exigences de la recherche opérationnelle " et de s'" adapter aux évolutions du service ". A cet égard, le ministre des armées produit en défense un rapport circonstancié du supérieur hiérarchique de M. A, faisant état du refus de l'intéressé d'appliquer un ordre, de défaillances dans le suivi des formations, du manque de pertinence du requérant dans l'encadrement de jeunes recrues et de la difficulté pour celui-ci de se remettre en question, malgré les axes d'amélioration de sa pratique professionnelle lui ayant été fixés lors de sa précédente évaluation. Si le requérant soutient que ces évaluations ne reflètent pas sa manière de servir, caractérisée par son investissement professionnel sans faille, et produit deux courriers collectifs de félicitations à l'appui de ses allégations, il n'apporte toutefois ainsi aucun élément ne nature à contredire les appréciations de ses supérieurs, alors au demeurant que les différents aspects de son évaluation sont cohérents entre eux. De même, s'il soutient que celle-ci porte sur des événements antérieurs à la période évaluée, il ne l'établit pas. Par ailleurs, les circonstances que M. A n'aurait pas été prévenu des lacunes dont fait état sa notation au titre de l'année 2020 préalablement à son édiction ou que cette évaluation l'aurait privé d'une chance de percevoir une prime, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Enfin, M. A ne saurait utilement se prévaloir de ce que sa notation établie au titre de l'année 2020 ne serait pas cohérente avec celle de l'année précédente, la notation des militaires étant arrêtée annuellement.

7. Par suite, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation portée par la ministre des armées sur la manière de servir de M. A. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, dès lors, être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la M. B A et au ministre des armées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

V. Fléjou

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2104619